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Laurence Dudek : “Les parents ne sont pas tous outillés pour protéger leurs enfants” (Interview)

Écrit par Leïla Ouazry

Contrairement aux adultes, les enfants sont vulnérables face à internet. Ils n’ont pas assez de recul pour mesurer les risques qui les guettent sur la toile, certains ne sont même pas conscients qu’ils puissent en exister. Décryptage.

Internet permet aujourd’hui un accès facile des enfants aux sites pornographiques. Quelles en sont les conséquences sur ces enfants ? Et que doit-on faire pour en atténuer les effets ?

D’abord, je voudrais attirer votre attention sur la formulation de cette question : ce n’est pas “un accès facile des enfants aux sites pornographiques” mais un accès facilité des sites pornographiques aux enfants, car la pornographie est une intrusion dans la vie des enfants (et des adultes) : aucun enfant ne recherche la pornographie sur internet, les sites viennent à eux. Soit par hasard au cours d’une navigation non sécurisée, soit par un tiers (un enfant plus âgé qui initie ou un adulte qui lui-même s’y adonne sans prévoir d’en protéger les autres personnes qui vivent avec lui).

Pour ce qui est d’ “atténuer les effets de la pornographie sur les enfants”, c’est comme si vous demandiez “comment faire pour qu’on puisse les poignarder en plein cœur sans que cela ne leur fasse trop mal ?”… La pornographie, c’est de la violence pure : il est impossible d’en atténuer les effets, il faut les soigner par la thérapie. Malheureusement, de plus en plus d’adultes confondent la pornographie, qui est une caricature de la sexualité accentuant les fantasmes de toute puissance et de domination par le viol (même quand il est présenté tel un simulacre de consentement mutuel), avec la réalité : beaucoup de jeunes s’initient à la sexualité par le biais toxique et pervers de la pornographie, sans se rendre compte de l’impact que cela peut avoir sur la construction de leur vie sexuelle d’adulte.

Malgré la volonté des parents de protéger leurs enfants de ce phénomène, ils ne sont pas tous outillés pour pouvoir le faire de manière efficace…

Que doivent faire les adultes pour être sûrs que leurs enfants en soient protégés ?

Les enfants imitent les adultes : c’est une constante à tout âge, inhérente aux neurones miroirs qui président au processus de cognition sociale et aux apprentissages (par observation et par expérience). C’est pourquoi il est impératif de bannir la pornographie d’abord chez les adultes et sur tous les supports (télévision, vidéo, internet, réseaux sociaux…) afin d’éviter que les enfants ne tombent dessus “par hasard” (ce n’est pas le hasard, c’est la responsabilité de l’adulte qui prend ce risque). Interdire, faire peur, menacer, punir, tout ceci est inefficace en matière d’éducation.

Accompagner, prendre le temps, ne pas laisser l’enfant livré à lui-même et surtout qu’il sache que quoi qu’il arrive, il pourra en parler sans se faire punir ou subir des reproches, afin qu’il ne soit pas tenté de se cacher ou de mentir mais qu’il puisse parler de ce qu’on lui raconte à l’extérieur (les copains à l’école en particulier) et demander conseil en toute confiance à ses parents plutôt qu’aller chercher de l’information dans des espaces non-sécurisés.

Est-ce que l’Etat pourrait mettre en place certains dispositifs orientés vers les fournisseurs d’accès à internet pour limiter les dégâts ?

La pornographie est un fléau, tant pour les adultes que pour les enfants. Elle ne présente aucun intérêt culturel ni d’aucune sorte, hormis une manne financière issue de l’exploitation du corps humain. Elle devrait faire l’objet d’une grande cause nationale de prévention, afin que les dégâts qu’elle provoque sur les enfants et sur les adultes en termes de santé mentale soient connus de tous et que, tout comme pour le tabac ou les drogues, chacun en connaisse la toxicité.

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L’avis d’Aboubakr Harakat, psychologue-sexologue

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