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La pédagogie Montessori appliquée à la maison


La pédagogie Montessori a le vent en poupe au Maroc. Cette méthode éducative alternative et révolutionnaire est adoptée par de plus en plus d’écoles privées. Mais l’appliquer à la maison est tout autant possible. Mode d’emploi.

C’est la formule magique en vogue pour éduquer nos chers chérubins : la pédagogie Montessori. Basée sur la liberté et le développement sensoriel de l’enfant, elle a été élaborée au début du XXème siècle par la pédagogue engagée Maria Montessori. Son principe ? Que l’enfant redevienne acteur de son apprentissage, et l’adulte son accompagnateur afin de le rendre, dès son plus jeune âge, le plus autonome possible, éveiller sa créativité et booster sa confiance en soi. “Depuis deux ans, la pédagogie Montessori connaît un véritable engouement au Maroc”, a constaté Malika Actoufe, formatrice à l’association Montessori Sans Frontières Maroc et cofondatrice, aux côtés de Fatima Ezzit, de la start-up Eveil Montessori Maroc, avant de prévenir : “Il ne faut pas suivre l’effet de mode, mais plutôt être convaincu des bienfaits de cette pédagogie qu’on peut très bien appliquer à la maison.” En effet, la méthode Montessori, c’est avant tout un état d’esprit.

Un “mini” aménagement

“Et si on appelait à la rescousse Valérie Damidot de l’émission française D&co ?”. Ce serait la première idée qui pourrait passer dans la tête d’un tas de parents. Car qui dit pédagogie Montessori dit repenser l’intérieur de la maison pour qu’un certain nombre de meubles soit à la portée de l’enfant, et ce, dès ses 18 premiers mois. La raison : il doit être en mesure de se servir tout seul. Un début de vie en toute autonomie qui peut effrayer certains parents mais qui est nécessaire selon cette approche novatrice.  “Au fil du temps, l’enfant prendra confiance en lui et, par conséquent, du plaisir”, assure Malika Actoufe. Dans sa chambre, on opte alors pour un mini-portique dans lequel on y accroche quelques habits déjà présélectionnés. Le bambin enfilera, comme un grand, ce dont il a envie. Dans la cuisine, on installe une petite table sur laquelle il pourra, entre autres, faire son jus de fruits et tartiner son bout de pain. Dans la salle de bain aussi, on lui aménage un petit coin toilette. “On n’a pas besoin d’acheter des meubles hors de prix, rassure Fatima Ezzit. On peut très bien les lui bricoler. Par exemple, prenez une chaise à sa hauteur sur laquelle vous faites un trou pour y insérer une bassine, et déposer, sur le dossier, un miroir.” Ingénieux et économique.

La vertu des erreurs et des émotions

“La main est l’outil de l’intelligence”, insiste Malika Actoufe, reprenant une citation du philosophe Aristote. Ainsi, il est important de laisser faire l’enfant, même si ce n’est pas réalisé comme on le souhaiterait. Le but est tout bonnement de lui donner le goût d’apprendre. Mais, “au Maroc, le problème est le rôle donné au personnel de maison, pointe du doigt Fatima Ezzit. La nounou, voire le chauffeur assiste l’enfant. Résultat, on découvre à la maternelle des bambins qui ne savent même pas s’essuyer après un passage aux toilettes”. Et d’aller jusqu’à dire que “si, très jeunes, on ne les laisse pas faire, ils peuvent plus tard développer des troubles.” En clair, cela y va de leur intérêt. Aussi, les punir n’aura aucun effet s’ils font une bêtise ou un caprice. À l’inverse de l’explication qui les laisserait cogiter. “Par exemple, si notre enfant hurle dans une boutique parce qu’il veut des bonbons, on lui expliquera que la prochaine fois, on ne pourra pas l’emmener avec nous vu son comportement, argumente Malika Actoufe. Ou encore si deux enfants se disputent, on écoutera tout d’abord les deux versions avant de leur demander de se mettre à la place de l’autre.” Le travail sur l’empathie est l’un des points clefs de la recette Montessori.

La liberté, un mot d’ordre dès la naissance

La pédagogie Montessori est une éducation “hors norme” qu’il faudrait déjà appliquer progressivement dès la naissance du bébé. En effet, ladite méthode recommande de remplacer le lit sans barreau par un matelas posé au sol entouré de cousins. “L’objectif est double, explique Malika Actoufe. D’un côté, on libère l’espace autour du bébé, lui permettant ainsi d’avoir un champ de vision plus large et non restreint par les barreaux. De l’autre, il développera un autre rapport au coucher qui ne sera plus synonyme de moments désagréables.” En effet, il ne sera plus “enfermé”. Au contraire, il sera “libre de ses mouvements”. “Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut zapper l’histoire avant d’aller dormir, tient-elle à préciser. On l’accompagne toujours jusqu’au sommeil.” Dans sa chambre, on peut également accrocher un miroir afin qu’il découvre son corps et soit stimulé, agrandissant au passage son champ de vision.

Une question de temps

Pour la spécialiste, il est important d’aider l’enfant – sans le contraindre ni le forcer – à exploiter au mieux ses aptitudes et sa personnalité. Pour cela, l’adulte doit s’adapter au rythme de son petit bout de chou. En clair, réorganiser ses journées et prendre le temps, du matin au soir. “Rentrez chez vous de bonne humeur et avant 18 h”, insiste Malika Actoufe. À la maison, on évite les écrans, notamment les portables, qui n’aident en rien au développement des tout-petits. On jette, de préférence, son dévolu sur les jeux pour stimuler leur imagination. “On opte notamment pour des puzzles adaptés, des jeux d’enfilage et d’encastrement en bois que le bébé pourra porter sans problème à sa bouche”, indique-t-elle. Côté vocabulaire, on évite de prononcer des onomatopées du type “miam miam” pour lui indiquer l’heure du repas ou du goûter. “Dès le départ, on doit employer le mot exact, sinon on double son apprentissage, fait-elle remarquer. Vous imaginez l’enfant apprendra des onomatopées dont il devra se défaire avant de connaître au final le bon terme.” Un long chemin ! Et d’enchaîner : “On doit aussi travailler sur les émotions avec son enfant. Par exemple, lorsqu’il nous a réalisé un dessin, on ne lâche pas un simple regard sur la feuille : “c’est beau”. On lui demande plutôt de décrire le contenu et ce qu’il a voulu exprimer.” Et pour développer ses sens (vue, odorat, ouïe, toucher), on n’hésite pas à l’emmener avec nous à l’extérieur comme au marché, à la plage ou dans la forêt. En d’autres termes, la méthode Montessori est une belle rencontre entre l’enfant et ses parents qui l’accompagnent, tout simplement mais sûrement, à la vie. 

eveil-montessori.ma

Le coin lecture Montessori

Les livres regorgent de conseils et autres petites astuces pour développer la pédagogie Montessori. Malika Actoufe et Fatima Ezzit, cofondatrices de la start-up Eveil Montessori Maroc ont sélectionné pour Femmes du Maroc quelques pépites. La liste ? “Montessori de la naissance à 3 ans. Apprends-moi à être moi-même” et “Apprends-moi à faire seul. La pédagogie Montessori expliquée aux parents (3-6 ans)” de Charlotte Poussin, Édition Eyrolles, “Obtenir sans punir. Les secrets de la manipulation positive avec les enfants” de Christophe Carré, Édition Eyrolles, “Développer l’estime de soi de son enfant ? Les clefs d’une éducation bienveillante” de Petra Krantz Lind, Édition Eyrolles, et “Le grand guide des pédagogie alternatives” avec à l’intérieur 140 idées d’activités de 0 à 12 ans, de Madeleine Deny et Anne-Cécile Pigache, Édition Eyrolles.

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