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La fille de mon mari est en compèt’ avec moi !


Une famille recomposée plus tard, on se retrouve à gérer la “belle” demoiselle de notre conjoint. L’épouse toute fraîche et la graine de femme se jaugent et se soupèsent, se disputant les faveurs d’un bonhomme un peu perdu dans ces luttes de pouvoir. Ambiance…

Belle-fille envahissante et papa taiseux

“Mon mari a deux enfants d’un premier lit. Or autant, avec le garçon, le courant est vite passé, autant j’ai tout de suite ressenti l’animosité de sa fille, âgée de douze ans, à mon endroit”, témoigne Nadia. Et pour cette dernière, les week-ends ont bientôt ressemblé à une guerre d’influence larvée, où chacune avance ses pions, comptable pointilleuse des preuves d’intérêt dispensées à sa personne. Au milieu de la piste : un grand échalas, réceptacle de flux d’amour convergents et point d’intersection d’une rivalité féminine aussi vieille que le monde.

Œdipe reviendrait-il titiller les fondements de la famille reconstituée ? Anissa a vécu péniblement ses débuts de conjugo : “Ma belle-fille, âgée de quinze ans, me parlait poliment mais faisait comme si je n’existais pas. Toute l’attention de mon mari devait être tournée vers elle. Dès que j’allais vaquer à une occupation quelconque, elle se retrouvait avec lui, à papoter, allongée sur notre lit. Elle le sollicitait sans arrêt pour me couper l’herbe sous le pied et interférait dans nos conversations.” Dans cette configuration, Anissa a eu beau se tasser pour lui faire de la place, la donzelle était en passe de la faire tomber du fauteuil. Elle reprend : “Lorsqu’excédée, j’ai fini par demander à mon mari de poser quelques limites, il a pris la chose à la légère. Puis, un jour que je revenais à la charge, il m’a asséné que je devais arrêter avec ces stupides jalousies de bonne femme.” Ayant peur de s’attirer les foudres du père gaga devant sa petite princesse, la dame a ravalé sa langue. Clairement, le monsieur, un tantinet laxiste, coincé entre le marteau et l’enclume, a préféré fermer les yeux sur les débordements de l’enfant : “Je pense qu’il a eu peur que sa fille ne se fâche et ne mette plus les pieds à la maison”, regrette-t-elle. Sans doute la culpabilité du divorce et de la séparation lui évoque des souvenirs pas si lointains…   

Marâtre, moi ?

Ah, le rôle de belle-mère… Ne pas voler la place de la mère, jongler entre autorité et proximité, marquer les territoires respectifs… Non seulement on marche sur des œufs mais en plus, le lien peut se rompre à tout instant. “C’est précisément ce statut flou, sans attache biologique, qui ne permet pas de tancer vertement l’enfant quand elle dépasse les bornes. Je reste l’intruse qui lui a pris l’amour de son papa adoré”, soupire Nadia.

Mais dans ce feuilleton à rebondissements multiples, même une belle-mère pétrie des meilleures intentions du monde peut devenir une “Cruella”. Ghita a pris les armes : “Sa fille Meryem, treize ans, habite avec nous. Nos rapports ont toujours été tendus mais depuis que j’ai eu un bébé, elle est carrément devenue odieuse avec moi. Je ne supporte plus ses critiques sur mon rangement, ma cuisine… En retour, je lui balance pas mal d’horreurs aussi, le tout en l’absence de son paternel chéri, bien évidemment.” Une escalade qui n’augure rien de bon pour la paix du foyer et ne fait que gangréner davantage le processus. Selon la psychanalyste Catherine Audibert, auteure de l’essai “Le complexe de la marâtre”, la donne peut être très difficile à vivre pour une nouvelle arrivante vulnérable. Son besoin de légitimité contrarié se heurte à ce bloc père-fille sur lequel elle a peu de prise. Sans compter que c’est souvent la belle-mère qu’on incrimine en priorité, avec toujours cette image de “méchante” qui prévaut dans l’imaginaire populaire.

Empathie avec la chipie de service

Et si vous relativisiez un tant soit peu ? Après tout, il ne s’agit que d’une gamine à peine sortie de l’enfance, qui peine à trouver ses marques et se réfugie dans les bras du premier homme de sa vie : son papa ! Paumée plutôt que perverse. À la recherche de repères plutôt que nourrissant un dessein diabolique. Prise en tenailles dans un conflit de loyauté envers sa propre génitrice (voire manipulée par cette dernière), elle rechigne à se rapprocher de vous. L’erreur consisterait à envisager les choses de manière trop personnelle ou de contre-attaquer avec fébrilité, en rajoutant de l’huile sur le feu. Dans les faits, si nounours viril est coopératif, c’est à lui qu’échoit la mission de la mise au point salutaire. La petite diablesse doit intégrer que votre existence n’amoindrit en rien l’affection qu’il lui porte, mais que votre couple a aussi besoin d’oxygène pour respirer. Avec des limites au mélange des genres et un respect mutuel de part et d’autre.

Mais le vrai hic se pose quand l’apprentie belle-mère se retrouve démunie et privée de mentor. Elle n’a alors d’autre choix que de puiser dans ses propres ressources et ranger ses susceptibilités au placard. S’éviter le piège grossier de la rivalité avec une gamine immature, noyée dans le champ de bataille émotionnel de l’adolescence. En revanche, vous n’avez ni à vous excuser d’exister ni à l’inverse à chercher à être aimée par elle à tout prix. Pour dépassionner le conflit, il faut toujours garder à l’esprit que ses rebuffades et son attachement filial aux allures exhibitionnistes ne sont pas dirigés contre votre personne mais bien contre votre rôle de belle-mère.

Histoire de rééquilibrer la triade infernale, un embryon de relation doit pouvoir voir le jour. Certes, basé sur une fournée d’efforts unilatéraux et sans attendre de contrepartie dans un premier temps. Comme Anissa qui a tracé son sillon avec patience : “J’ai compris que je ne gagnerai rien en essayant de la décoller de force de son père. Par contre, en parallèle, j’ai multiplié les tête-à-tête avec elle, l’accompagnant à ses activités préférées, lui achetant ce qui lui faisait plaisir. Et quand elle se crispe, on se pose à deux et on discute calmement pour ne pas rester sur une rancœur ou un non-dit. Au bout de deux ans, il y a du progrès dans l’air !” Ou comment glaner des points sans sacrifier à une règle essentielle : l’ado, même importée le temps d’un week-end ou des vacances, ne doit jamais être reléguée au second plan. 

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