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Est-il juste agité ou hyperactif ?


Face à un enfant à l’énergie débordante, les parents sont souvent dépassés. Canaliser, réprimander, aider… Ils oscillent entre des attitudes contradictoires. Sans compter qu’une question les travaille méchamment : leur enfant “monté sur ressorts” serait-il atteint d’hyperactivité ?

“Il remue sans arrêt les mains et les pieds, se contorsionne, se lève, se rassoit deux secondes, va embêter sa sœur, pousse un cri effrayant, repart en courant… Les repas sont devenus infernaux, comme les séances télé ou les devoirs”, confie Samira, débordée par son fils de sept ans qui ne tient pas en place. L’espace se rétrécit avec un énergumène aussi agité qu’on doit surveiller de près de peur qu’il ne se fasse mal ou se blesse. Cette excitation envahissante dépasse le simple cadre du foyer, puisqu’à l’école, sa maîtresse excédée se plaint régulièrement de ses difficultés à maîtriser le petit ou à solliciter son attention.

Lorsque l’enfant est intenable, ses parents l’étiquètent comme hyperactif, se disant parfois qu’il s’agit d’un trait de caractère qui lui passera avec l’âge. Ils essayent tant bien que mal de prendre leur mal en patience jusqu’à la supposée accalmie de l’adolescence. Souvent, ils ne retiennent aussi que le côté agité, très pénible à vivre au quotidien, en focalisant uniquement sur cette attitude générale mouvementée et incohérente. Seulement voilà, on ne voit parfois que l’arbre qui cache la forêt… Une cohorte d’autres signes (étourderie, oubli, impulsivité, logorrhée verbale) sont susceptibles de mettre la puce à l’oreille.

Et si c’était un TDA/H?

Nadia a entendu parler pour la première fois du “trouble déficit de l’attention/ hyperactivité” chez sa pédiatre. “Je lui avais exposé les difficultés d’intégration de Mourad, mon fils, au sein de sa classe. Sur ses bulletins, j’avais droit à des remarques soulignées en rouge : dissipé, perturbe la bonne marche des cours, la tête dans les nuages, n’écoute pas, interrompt ses camarades…” Au vu du tableau décrit, le médecin l’a orienté vers un pédopsychiatre pour pousser plus loin les investigations, parce que tous les enfants dits turbulents ne sont pas nécessairement à ranger dans la rubrique fourre-tout de l’hyperactivité. En effet, à son échelle, le petit diable déchaîné n’exprime peut-être qu’une agitation tout à fait naturelle. Et à condition que cette dernière n’excède pas le cap des six ans, il n’y a pas toujours lieu de s’inquiéter.

La pose d’un diagnostic de TDA/H est complexe et obéit à un certain nombre de critères. Parmi eux on compte le besoin de gigoter en permanence, qui s’accompagne d’une grosse dépense physique, le déficit d’attention qui empêche l’enfant de se concentrer et le conduit à des oublis, ainsi qu’une propension à l’impulsivité et à l’impatience. Il agit, parle trop vite ou encore s’énerve sans motif. Ces manifestations doivent survenir dans plusieurs environnements différents (maison, école, activités extra-scolaires…). Néanmoins, d’un enfant à l’autre (trois garçons pour une fille en moyenne), les symptômes ne sont pas tous présents ensemble et leur intensité est variable. Peuvent s’y ajouter des difficultés d’acquisition du langage écrit (comme la dyslexie) ou des troubles de la coordination et de la motricité. Pour boucler la boucle, un sentiment d’impuissance et une vraie douleur sont perceptibles dans l’entourage immédiat.   

Gérer sa souffrance et la nôtre

Car les deux parties souffrent. L’enfant en butte aux moqueries de ses camarades de classe véhicule une estime de lui qui frise le zéro. Au sein de son établissement scolaire, sur le volet disciplinaire, il est exposé aux redoublements ou à l’exclusion, tandis qu’à la maison, il essuie brimade sur brimade de la part de ses parents. En effet, la plupart du temps, les géniteurs déboussolés comme Samira ne savent plus sur quel pied danser : “Que ce soit mon mari ou moi, nous sommes très fatigués et sur nos gardes en permanence. Et cette crispation nous fait quelquefois perdre toute patience. Bizarrement, lorsqu’il nous voit en colère, ses bêtises s’accentuent.” Sans compter que le climat délétère a aussi des conséquences sur la fratrie dérangée par le petit hyperactif.  Or, au contraire, on est censé lui aménager un cadre de vie apaisé, at home, pour soulager le quotidien. Les hurlements, les punitions coercitives et le rapport de force n’ont pour résultat que d’enfermer davantage l’enfant dans son trouble et son mal-être.

Dans le management d’un enfant hyperactif, les parents jouent un rôle clé et des  règles simples permettent de l’aider. On régule le niveau sonore en supprimant les musiques fortes, les vidéos violentes, les jeux à caractère bruyant ou les querelles interminables. Pour offrir un exutoire à son trop plein d’énergie, la pratique d’une activité physique régulière est très bénéfique et favorise la qualité du sommeil. En outre, vigilance et sécurité doivent être de mise à l’extérieur comme au sein du foyer car l’enfant hyperactif est inconscient du danger. Sur le plan de l’interaction relationnelle pure, la clé du process réside à la fois dans la simplification des choses et dans la valorisation des réussites du rejeton. En clair, organiser sa journée selon un rythme rassurant et immuable (le changement et la nouveauté le déstabilisent), imposer quelques règles prioritaires sans trop charger la barque, lui donner des objectifs simples à réaliser, découper les tâches et les apprentissages de base, car il a du mal à s’y consacrer longtemps, répéter sans sévir  et surtout le féliciter à chaque effort couronné de succès.

Une prise en charge axée sur le psycho-éducatif

En dehors des cas extrêmes, dont les troubles perturbent trop fortement la vie familiale et scolaire et imposent la prescription de médicaments psychostimulants, on va donc plutôt privilégier l’accompagnement psychothérapique et la réadaptation de l’environnement aux besoins particuliers de l’enfant. à cet égard, la coordination s’avère essentielle entre parents placés en première ligne, enseignants et professionnels de santé (pédopsychiatre, orthophoniste…). Si le TDA/H ne se guérit pas à proprement parler, on peut vivre avec de façon plus confortable et améliorer considérablement ses symptômes. En outre, plus le diagnostic est précoce, meilleures en seront les répercussions sur l’avenir du petit monstre. υ

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