Parents

Doit-on se confier à ses ados?

Écrit par Latifa Abousaïd

À l’adolescence, on a souvent tendance à considérer ses enfants comme des adultes. Doit-on pour autant les associer à la gestion des crises que traverse la famille ?

quelques mois de l’épreuve du bac de son fils de 17 ans, Nadia apprend, atterrée, qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Doit-elle en parler à son fils ? Elle décide, en accord avec son mari, de taire la nouvelle à la famille. Son ado n’a pas besoin de ce poids supplémentaire sur les épaules au moment où il doit gérer le stress des examens. 

Cacher à ses enfants les choses graves de la vie est un réflexe chez un grand nombre de parents et ce, pour différentes raisons. Certains pensent que ce que vit le couple parental ne concerne pas les enfants ; quand d’autres jugent utile de communiquer avec leurs ados seulement lorsqu’il s’agit de gérer devoirs et examens, visites médicales, achats divers… Sans compter ceux qui ne savent pas aborder  “l’inconfortable” (addiction, maladie, décès…), et qui optent pour la solution de facilité, à savoir le silence, afin de ne pas s’exposer aux questions de l’ado et épargner ce dernier.

L’adolescence et la soif  de vérité 

Même les parents qui ont pour habitude d’aborder des sujets délicats avec leurs enfants (sexualité, disparition de la parentèle âgée…) changent leur manière de communiquer lorsque ceux-ci atteignent l’adolescence. Ils “sentent” que leurs ados désirent marquer une distance. Conversations et confidences se font donc de plus en plus rares. 

Mais est-ce vraiment protéger les ados que de taire ou cacher des vérités qui dérangent ? Ne vaut-il pas mieux les associer aux tourments que traverse la famille ? “L’adolescence est aussi l’âge où on veut être soi-même, où l’on veut imposer “sa” vérité à la terre entière sans arrondir les angles”, explique Madame Tazi, pédopsychiatre. “C’est une période où l’ado cultive une sincérité farouche, et il attend la même authenticité de la part de ses interlocuteurs ; parents inclus, évidemment. Tout mensonge, minimisation ou occultation de la part des adultes est particulièrement mal vécu par le jeune qui y verra une insulte à son intelligence et un déni de ses valeurs.”

L’effet boomerang des non-dits 

Une bonne alternative serait de dire à son ado que l’on traverse des turbulences mais qu’on désire, au moins dans un premier temps, les garder pour soi, le temps d’y voir plus clair. Cette approche a le mérite d’être sincère.  “Cacher systématiquement la vérité peut engendrer l’effet contraire du but recherché”, tient à préciser Mdame Tazi. Au lieu d’épargner son enfant, on crée autour de lui un climat empreint d’anxiété et d’angoisse. Or, il n’y a rien de pire pour un adolescent que de sentir que quelque chose ne va pas tout en étant tenu à l’écart. Dans quatre cas sur cinq, il va imaginer le pire ! Certains spécialistes de l’adolescence parlent même d’un “sixième sens”. L’ado déteste se sentir infantilisé mais, en même temps, il craint d’être à l’origine de ce qui va de travers dans sa famille. Ses parents ne s’entendent plus? Il s’imaginera être à l’origine des querelles du couple ! Il est témoin malgré lui de conflits entre ses parents ? Il pensera qu’ils vont divorcer ou qu’ils ne le perçoivent pas comme étant suffisamment qualifié pour être mis au courant car ses résultats scolaires sont mauvais, par exemple. C’est là tout le paradoxe de cette période délicate.

Les jeunes ne veulent plus être traités comme des enfants mais ils sont immensément anxieux face à l’avenir. Ils ont besoin du soutien indéfectible de leurs parents même s’ils cultivent le désir intense de s’affranchir de la tutelle affective parentale, préférant se confier à leurs pairs.

Faire le tri dans les confidences 

Mais comment faire le tri entre désagréments du quotidien et grands malheurs qui, parfois, mettent à mal la vie de la cellule familiale ?  L’adolescent désire savoir ce qui se passe dans le cocon familial… mais pas tout ! Il faut garder à l’esprit qu’il n’est plus tout à fait un enfant et pas encore un adulte accompli. L’idéal est de parler de ses expériences, occupations et préoccupations de père, de mère, de conjoint, tout en demeurant respectueux de l’âge de son enfant, de sa maturité. Un ado n’a pas besoin de connaître les affres et dysfonctionnements de la vie sexuelle de ses parents. Mais la maladie grave, la mort, le chômage sont des sujets qui peuvent être abordés de façon pédagogique et non anxiogène. Il n’y a pas une seule manière d’introduire ces questions graves. Il faut sans cesse jongler entre la communication et le respect de ses capacités à digérer la nouvelle.  Madame Tazi rappelle que “les parents ont le droit de demander à leur enfant ce qu’il accepte d’entendre tout en restant vigilants, attentifs et attentionnés aux impressions qu’il manifeste”. 

En la matière, il faut accepter de marcher sur un fil, et garder son équilibre entre secret d’État et annonce faite à son enfant !  Les revers, les coups durs, les échecs, les disparitions font partie de la vie. Tous les parents aimeraient épargner la souffrance à leurs enfants, mais ce n’est pas possible. En outre, choisir de protéger sa progéniture en cachant la vérité peut en fragiliser certains au lieu de leur apporter confort et sérénité. L’apprentissage de ce qui fait mal fait partie des devoirs des parents. À chaque parent de trouver le juste milieu entre ce qui se dit, ce qui se tait, dans le respect de soi, celui de son enfant et de la sphère privée de chacun.

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