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Des préados sous influence !

Écrit par Latifa Abousaïd

Elles s’adonnent encore à des jeux de fillette, mais assistent à la métamorphose de leur corps. Elles tentent de construire une féminité toute neuve dans un environnement saturé par des modèles féminins hypersexualisés. Comment les accompagner ?

On ne nait pas femme, on le devient. Et c’est la puberté qui fait accéder les fillettes de 8, 9 ans au statut d’adolescentes. Les certitudes de l’enfance s’ébranlent. Débute alors une longue traversée faite de questionnement(s) existentiel (s): qui suis-je, qui serai-je dans un avenir proche ?

La préado sait que le cocon familial ne peut plus contenir sa soif de conquête du monde. Elle sait qu’elle doit obédience à sa nouvelle communauté : les ados ! La quête d’appartenance et d’acceptation occupe le plus clair de son temps car essentielle à son identité en devenir. Ce qui ne va pas sans des sentiments mélangés de confusion, peur, frustration, anxiété. La préado est curieuse. Sa curiosité est nourrie et stimulée par les paroles et actions qui semblent couler de source pour son entourage mais qui lui sont obscures. Elle aimerait être rassurée, soutenue jusqu’à ce qu’elle trouve pied dans ce nouvel océan. Elle revendique autonomie et liberté afin de faire ses propres choix. Elle cherche à se rassurer sur la qualité de sa féminité et se met à tester les outils offerts par son environnement, qu’il s’agisse de vêtements, cosmétiques ou attitudes. Elle cherche des modèles d’inspiration. Loin du cocon familial.

Cachez-moi ce parent que je ne saurai voir !

Vers 9, 10 ans, la préado commence à se détacher des parents pour mieux s’identifier à ses pairs. Elle subit de nouvelles pressions exercées par le monde extra muros, hors du nid familial. Des pressions qui sont par moments en contradiction avec les règles de conduite à la maison, imposées par les parents.

Des parents qui appréhendent différemment la traversée de ce pont entre enfance et adolescence. Certains cherchent à accroitre le contrôle sur l’enfant. D’autres sont tentés d’abandonner, s’avouant vaincus avant même d’avoir mené bataille ! Car, en face, l’ennemi est redoutable : Internet et des médias omniprésents via foultitude d’écrans qui accompagnent les enfants H 24 et qui narguent l’autorité parentale. Les parents se rendent bien compte que les médias encouragent chez les fillettes “une formation de soi en tant qu’objet sexuel.” Ils constatent que leurs filles sont sous influence : ces dernières sont conscientes qu’une apparence sexualisée est valorisée par la société subjuguée par les médias et elles se sexualisent donc elles-mêmes en acquiesçant à ce standard qui rend équivalent le fait d’être attirante avec le fait d’être sexy.

Les parents avertis tâtonnent afin de trouver la meilleure stratégie pour développer chez leurs filles un sens critique face à la commercialisation de la sexualité. Chacun sa méthode.  Nawal, 41 ans, maman de Mayssoun, 12 ans, raconte : “J’ai imposé ma présence au cours de la fête d’anniversaire de ma fille. Elle fêtait ses 11 ans. Je suis arrivée avec ma récolte de photos de mannequins soigneusement collectées via sites Internet et toutes sortes de revues. J’ai bénéficié de l’effet surprise et j’ai puisé dans ma longue expérience de professeur pour aiguiser et maintenir la conversation auprès de ces jeunes filles âgées de 9 à 12 ans. Je leur ai montré toutes sortes de photos de mannequins aux attitudes plus ou moins franchement aguichantes. J’ai soumis à leur regard des corps de femmes où l’on ne voit qu’une partie : cou, mains, pieds, chute de reins, la partie que l’on juge intéressante pour vendre. Et j’ai dirigé l’échange sur la finalité de cette technique : contribuer à accentuer la disponibilité sexuelle de la femme. Disponibilité suggérée aussi par toutes ces positions où l’on voit des femmes photographiées jambes écartées. J’ai montré des photos de femmes exagérément dévêtues posant avec des hommes vêtus. Des femmes souvent passives, n’accomplissant aucune tâche contrairement aux hommes en pleine action sur le même shoot photo. Des mises en scène où les hommes sont actifs, virils, en pleine action alors que les femmes sont astreintes à des poses lascives, passives, qui sous-entendent une séduction et une disponibilité permanentes aux désirs des mâles.

Toutes les copines de ma fille ont relevé que les pubs montrent des filles habillées sexy pour vendre toutes sortes de produits. Toutes ont montré beaucoup de bon sens à propos de ce qu’il est exagéré de faire ou non, porter ou non, pour paraitre sexy, dans le coup. Elles ont avoué porter des vêtements désapprouvés par les parents, se maquiller, adopter parfois des attitudes qui les mettent mal à l’aise mais qu’elles le font quand même car tout le monde le fait et c’est le prix à payer pour trouver sa place dans le groupe.”

Des normes contradictoires

Les amies de Mayssoune, comme d’autres préados, sont informées que des jeunes filles n’hésitent pas à se déshabiller devant leur webcam. Elles savent ce que le terme sexe oral signifie. Et pourtant, elles sont davantage dans la coquetterie que dans la séduction ! Elles n’ont ni la maturité physique, ni la maturité émotionnelle nécessaires pour comprendre ce qui se joue quand il est question de séduction. Encore moins quand il s’agit de sexualité. Les préadolescentes sont lancées dans l’âge adulte beaucoup trop tôt… Elles ont du mal à cerner tout ce qui accompagne leur développement psycho-sexo-affectif. Elles sont déroutées par des normes et demandes sociales auxquelles elles sont soumises de la part des médias et de la part des parents. Normes, parfois, férocement contradictoires : elles doivent obéir à des injonctions qui leur demandent d’être à la fois innocentes et séductrices, vierges et expertes en sexe !

Les parents ont une mission et des objectifs : assurer le bien-être et la sécurité de leur enfant. Les modalités mises en place pour atteindre les objectifs des parents et ceux des préados sont rarement en harmonie. Le tout est de réaliser que ce sont les modalités qui sont à remettre en cause et que les besoins des préados et des parents s’accordent, convergent.

Il faut trouver les bons arguments, le bon ton pour faire comprendre à la concernée que même en disant non à la stratégie qu’elle déploie pour être acceptée (attributs et attitudes empruntées aux femmes adultes et qui ne sont pas de son âge) on dit oui à son bien-être, oui à son désir d’acceptation et de reconnaissance par ses pairs. L’essentiel dans toute interaction consiste à garder le dialogue possible. La préado a besoin d’être écoutée, d’exprimer sa perception du monde et de se sentir suffisamment reconnue dans sa démarche auprès de ses parents pour poser des questions sur des sujets sensibles et embarrassants. Parents de préados, bon courage ! 

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