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Dangers sur la toile pour nos enfants : Les réponses d’Aboubakr Harakat

Écrit par Leïla Ouazry

Contrairement aux adultes, les enfants sont vulnérables face à internet. Ils n’ont pas assez de recul pour mesurer les risques qui les guettent sur la toile, certains ne sont même pas conscients qu’ils puissent en exister. Décryptage.

À cause d’un accès facile, la pornographie s’est relativement “banalisée”. Qu’en dites-vous ?

L’accès à la pornographie sur internet s’est vulgarisé par la force des choses. Il n y a pas de garde-fous. Sauf quand les parents sont avertis et mettent des filtres. Le modèle économique des sites gratuits est de générer du trafic pour se financer à travers la pub. Les éditeurs essayent à tout prix de faire venir les visiteurs sur leur site, pour cela ils vont chercher du contenu de plus en plus trash. Une fois que les enfants découvrent cela, ils vont mordre à l’hameçon et seront plus demandeurs, plus voraces, voire accros. C’est aux parents qu’incombe la responsabilité de contrôler, ils doivent acquérir la pédagogie des méfaits d’une liberté d’usage d’internet non encadrée, sans filtres et sans limites sur les enfants.

Vous dites que les enfants peuvent devenir accros aux films X, qu’est-ce que cela engendre ?

Dans les films pornos, il n y a pas de sentiments, pas d’amour, pas de scénarios, … On frappe à une porte et on passe automatiquement à l’acte. Ce qui donne une idée fausse sur la sexualité, qui se résume à une copulation anarchique sans sentiments, sans respect, sans plaisir, …où les corps se tamponnent, s’entrechoquent, … c’est à la limite du pugilat, du fighting. Si on grandit avec ces images, c’est certain qu’on sera influencé. Les films pornos s’adresse à notre cerveau reptilien, à ce qu’il y a de plus primitif en nous. Il est certain que cela influence leur développement, que ce soit sur le plan sexuel ou autre.

À 11, 12 ans, on se construit par mimétisme, est-ce que ces films peuvent faire office d’éducation sexuelle ?

En effet, à cet âge, il n y pas l’outil critique. Les films sont regardés par une majorité de garçons, qui veulent appliquer ce qu’ils voient. Cela crée des discordances, des frustrations, voire des violences. La pornographie donne une fausse idée que la performance sexuelle se mesure. Les femmes y sont considérées comme des objets. Les garçons n’ont aucune notion de ce qu’est le consentement. Un ado de 12 ans qui découvre ses premiers émois sexuels devant un X, c’est terrible. Il est fasciné, cela lui procure une excitation et ensuite une dépendance. C’est une violence qu’on lui fait.

Résultat, on se retrouve avec des jeunes adultes qui ont une sexualité délabrée.

Comment peut-on limiter les dégâts de cette emprise ?

Un parent se doit d’évoluer avec son enfant. Certes, il y a 30 ans, il n’y avait pas le net, cependant les parents n’ont pas le droit de dire qu’ils ignorent ce qui se passe autour d’eux. L’école a également un rôle à jouer, en collaboration avec les associations des parents d’élèves. Les établissements scolaires ne peuvent pas tout seuls mettre en place des programmes dédiés à la sensibilisation et à l’éducation sexuelle. L’idée étant d’amener des experts pour informer les enfants, répondre à leurs questions, leur expliquer les conséquences et les dangers de la pornographie. D’ailleurs certaines écoles le font. Mais c’est trop peu, eu égard à la gravité de la question. L’adolescence est synonyme d’orage hormonal, donc si nous -c’est à dire les parents et l’école- on ne leur apporte pas les réponses nécessaires à leurs questions, ils vont se ruer sur la première source qui peut leur donner ce qu’ils cherchent.

S’il y a un seul message à véhiculer ?

En attendant qu’il y ait des programmes en bonne et due forme, les parents, en collaboration avec les établissements scolaires devront s’atteler à la tâche pour espérer un usage sécurisé d’internet et éviter une emprise aux conséquences ravageuses. 

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