A la une c'est mon histoire

Nommer la souffrance

Écrit par Latifa Abousaïd

Nawal, 45 ans, raconte sa longue errance médicale suite à une dépression éprouvante. Elle explique la quête douloureuse d’un bon psy sachant écouter. Édifiant !

J’ai vécu les affres du post partum après une grossesse qui s’était plutôt bien déroulée. Je suis retournée au travail avec la bénédiction de mes médecins : ma gynécologue et mon psychiatre. Maman s’est occupée du bébé et, traînant une culpabilité lancinante comme de nombreuses mamans dans mon cas, j’ai souhaité assurer un max au boulot pour me “racheter” à mes propres yeux d’abord et pour retrouver de la reconnaissance auprès de ma hiérarchie et mes collègues ensuite. J’ai essayé de tenir bon en tirant sur mes réserves jusqu’à épuisement des dites réserves, jusqu’à l’écroulement, l’hospitalisation.

Mon errance médicale débuta à la sortie de la clinique. Je repris le travail. Une reprise en dents de scie entrecoupée de nombreux arrêts et mises en disponibilité pour raisons médicales. J’ai consulté de nombreux psy et j’ai expérimenté, à mon corps défendant, l’impuissance thérapeutique des professionnels de la santé mentale. J’ai surtout souffert de l’absence de l’écoute. Ma dépression a réveillé des  démons endormis. J’ai souhaité en parler à mes thérapeutes, partager avec eux ce que je savais de mon mal. Mais je me suis heurtée à un mur d’incompréhensions. Florilège : Une psychiatre renommée, experte auprès des tribunaux, m’a écoutée attentivement et au bout de 20 mn chrono a levé la séance, prononçant ce diagnostic : “vous  êtes un TAG (terrain d’anxiété généralisée). Les médicaments seuls ne suffisent pas. Prenez une série de rdv auprès de mon assistante pour des séances de TCC (Thérapie comportementale et cognitive).” Les 20 minutes m’ont coûté 500 DH. Et je n’ai pas suivi de TCC. En revanche, j’ai repris contact avec le  psychiatre qui m’a accompagnée lors de ma dépression post partum et qui m’a prescrit un nouvel antidépresseur.

Mon mal être persistant, j’ai essayé de trouver un thérapeute à même de m’aider. J’ai trouvé sur le Web l’adresse d’une coach certifiée qui pratique le yoga et propose une écoute du corps via la danse. Comme j’aime danser, j’ai pris un rdv. Elle m’a écoutée attentivement en prenant des notes et m’a appris, au bout de 40 minutes, que sa collaboratrice – la thérapeute qui propose la danse comme art/thérapie – était  rentrée chez elle en France. Qu’elle-même propose du yoga et du dessin “pour  sortir ce qui se trame en notre for intérieur et qui cherche à se dire” je la dixite. J’ai moyennement apprécié le fait qu’elle ait tu au téléphone l’absence de la thérapeute par expression corporelle (danse). Elle a empoché au passage 330 DH pour 45 minutes écoulées à décrire mes attentes.

Je décidai de fuir les coachs qui, certes, écoutent mais chargent jusqu’à 800 DH la séance et aident rarement les souffrants lourds de mon acabit. Retour vers la médecine officielle.

Les médecins psychiatres du haut de leur Bac + 10  sont plus fiables mais malheureusement, ils croient savoir mieux que vous ce que vous ressentez. La vérité est qu’il leur est difficile de supporter la souffrance toute la journée ! Ils ne sont pas formés pour. Ils ne savent pas gérer les émotions des patients et ils se réfugient derrière leur rôle de prestataires. Certains vous prescrivent des psychotropes et vous renvoient chez un collègue pour une thérapie psy.

J’ai fini par opter pour une paire de psychiatre prestataire et un psychiatre psychanalyste pour l’écoute. J’ai vécu des hauts et des bas. La maladie mentale est coriace. Au plus fort des crises, j’ai eu droit aux arrêts médicaux. Quand une amie très proche, traversant elle-même une période de hautes turbulences, impliquant sa vie pro et son couple m’a conseillé un psychologue clinicien qui opère autrement, par l’écoute et par la narration écrite, j’ai été séduite. Cette amie sait mon amour de la littérature et du cinéma. J’aime bien écrire et beaucoup lire et regarder des films. Nombre de fois je lui ai raconté mon identification à telle ou telle héroïne de film ou de roman vivant des affres similaires aux miennes.

Cette amie sait le réconfort que peut apporter la solidarité avec d’autres souffrants fussent-elles des personnages de fiction. Une projection que ne reconnaît pas la médecine officielle. J’ai donc pris rdv avec ce psy. Une première séance  concluante d’une heure avec ce thérapeute doté de charisme m’a rempli d’espoir. Il m’a expliqué sa démarche qui consiste en un suivi régulier via des exercices écrits par messagerie entre les rdv. Il m’a promis de me communiquer des  titres de littérature et divers  textes à lire compatibles avec mon cas. Prix de la première consultation : 500 DH. Conquise, je pris un second rdv. J’ai effectivement reçu plusieurs mails de ce psy, fourmillants de généralités sur sa pratique et de tests de personnalité… à tout venant. J’ai moyennement apprécié cette espèce d’uniformisation et surtout l’absence des titres promis. Lors du second rdv, j’ai ramené mes propres textes, mes tentatives d’aller mieux via l’écrit. Il a parcouru attentivement et longuement mon journal (temps pris sur la durée du rdv) s’est excusé de l’oubli d’envoi des propositions de lecture.  Coût à partir du second rdv : 400 DH la séance de 45 minutes.  Il n’y eut pas de troisième rdv auprès de ce psy, car aucune réponse personnalisée de sa part à mes envois écrits suite aux devoirs envoyés par ses soins.

Je me suis mise à alimenter régulièrement mon journal. Je sais que l’on ne peut pas faire l’économie d’un travail sur soi pour sortir du tunnel de la maladie mentale et que la thérapie n’élimine pas la souffrance. 

Si je témoigne aujourd’hui c’est pour affirmer haut et fort ceci : Ce n’est pas la peine de perdre son temps et son argent auprès d’un psy qu’il  soit psychiatre, psychanalyste ou psychologue si la consultation ne dure pas au minimum 45 minutes. Si le thérapeute n’accorde pas une vraie écoute rien ne peut se passer. Une thérapie qui réussit est une rencontre entre l’expertise du professionnel traitant (médecin psychiatre ou psy) et le savoir du patient : seul ce dernier sait ce qu’il vit.

Au bout de nombreuses années d’errance médicale, je sais aujourd’hui que  guérir est un long chemin vers soi. Ce que j’attends de mon thérapeute – qui reste toujours à trouver- n’est pas la guérison totale, ni la fin des souffrances mais bien un accompagnement respectueux de mon être à même de m’apporter un soulagement et une consolation possibles. υ

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