c'est mon histoire

Moi, Nadia, 47 ans, ex-cocaïnomane

Écrit par Latifa Abousaïd

On peut tomber dans l’enfer de la drogue à tout âge. à 45 ans, Nadia, addict au travail, a pour la première fois touché à la cocaïne. Une descente en enfer dont elle commence à peine à émerger…

Enfant, adolescente et jeune adulte, je n’ai vécu que pour mes études. Puis une fois mes diplômes en poche, je n’ai plus vécu que pour mon boulot. Je me suis mariée avant de vite divorcer, mon ex supportant mal le fait que ma carrière passe avant lui.

J’ai grimpé les échelons  jusqu’à  figurer dans le peloton de tête de ma boîte. Numéro trois dans l’organigramme, j’étais devenue une sorte de vitrine de notre firme. Je remplissais parfaitement ce rôle. Compétente, à l’aise avec les clients, les fournisseurs, le personnel, les médias…  à l’aise aussi avec mon corps. Sans être un canon de beauté, je présentais bien, j’avais du charisme, de la prestance. Incontournable, incollable sur tous les sujets liés à l’entreprise, j’étais heureuse au boulot.

Je tirais une exaltation indéfinissable de mes activités professionnelles. à mes proches qui déploraient mon célibat, je répétais que je ne changerais de job pour rien au monde… Travailler sans relâche, c’est relever un défi permanent, aller au bout de soi, se maintenir au top de ses capacités physiques et intellectuelles. Je vivais sur un petit nuage. Ma jouissance, pleine et entière, je la tirais de mon travail.

Les années ont passé et un beau jour, le directeur principal a embauché une jeune trentenaire au poste d’assistante. Ce fut le début de mon enfer. J’ai tout d’abord collaboré avec cette jeune femme sans aucune méfiance. Brillante et avenante, elle était fort agréable et j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec elle.

Insidieusement, elle a commencé à marcher sur mes plates-bandes. De loin en loin, c’est elle que la direction envoyait pour représenter notre label lors de rencontres importantes, activité dont j’avais l’exclusivité à date.

Puis, elle est devenue quasi omniprésente, le sourire collé aux lèvres. Elle apprenait vite. Carriériste dans l’âme, elle ne rechignait devant aucune tâche.

Petit à petit, on m’a enlevé des missions pour les lui affecter. Je le pris très mal car en dehors du boulot, je n’existais pas.

Je me suis mise à fréquenter assidûment un cabinet de chirurgie esthétique pour effacer les signes du temps. Là, je fis la connaissance d’une jeune femme adorable et drôle. Comme j’avais plus de temps libre, j’acceptais un jour de l’accompagner chez ses amis. La drogue circulait. Fragile, j’ai sauté le pas et fumé quelques joints. Je me sentais euphorique :  ces substances annihilaient mon amertume. J’ai continué à fréquenter ces gens. Je n’avais quasiment plus de contacts avec mes proches.

Des mois après cette première soirée, j’ai fait mon baptême de cocaïne. Mais les premiers sniffs ne m’ayant pas procuré d’effets particuliers, j’ai commencé à la fumer. Cela donne des sensations plus fortes et plus immédiates. Mais ma consommation a augmenté. Comme j’avais besoin de beaucoup plus d’argent, j’ai commencé à être à découvert. Je me suis retrouvée happée par une spirale infernale tout en ayant la fausse impression d’être maîtresse de la situation.

Puis j’ai commencé à m’administrer la cocaïne par injection. Se garrotter le bras et s’injecter le poison décuplait le plaisir. Je me piquais régulièrement et j’ai plus d’une fois flirté avec l’overdose.

Quand on se drogue, on n’évolue plus qu’entre initiés. On ne fréquente plus que ceux et celles qui peuvent avoir le bon filon ou vous dépanner en cas de besoin. La famille, les proches, les collègues de boulot, bref les non-pourvoyeurs de poudre deviennent sans intérêt. Des obstacles en quelque sorte.

La drogue était devenue plus forte que ma volonté. Je savais, au fond de moi, que je ne pouvais briser seule les chaînes de cette dépendance. Je n’avais plus confiance en personne. La drogue m’enfermait dans une voie sans issue. Mais sans la drogue, le quotidien n’avait plus aucun sens. Je continuais à aller au boulot mais l’enthousiasme était éteint. On ne me confiait plus de missions exaltantes.

Durant mes moments de lucidité, le remords et le mal-être m’amenaient à prendre la ferme décision d’arrêter la cocaïne. Mais comment affronter la dépression ? En reprenant une dose de cocaïne. L’implacable cercle vicieux se répétait à longueur de temps. C’est ainsi que la drogue maintient sa poigne et exerce son pouvoir : se shooter, dans ces situations d’extrême détresse mentale, est un acte de survie.

Le déclic est venu le jour où une compagne d’infortune, qui fréquentait le même cercle d’addicts que moi, s’est touchée une veine en se piquant dans la jambe et a dû être hospitalisée d’urgence. La vue de tout ce sang a levé le voile. J’ai consulté un psychiatre. Arrêté et rechuté à maintes reprises. On entre facilement dans le circuit des drogués, mais pour en sortir, on emprunte un chemin de croix où l’on trébuche souvent. Il est très facile de replonger. Les tentations sont très fortes et le désir de retrouver les sensations que procure la drogue fait oublier qu’elle nous fait aussi souffrir. J’ai démarré une thérapie avec un psychiatre qui m’aide à sortir de cet enfer. Le travail psychologique m’a fait comprendre que j’ai toujours fonctionné selon le schéma d’une personnalité borderline. J’apprends à gérer les émotions négatives liées à l’âge et au vieillissement. à accepter le temps qui passe. à redéfinir mes attentes concernant le travail, à sortir de l’addiction. Le chemin est long. Mais j’ai l’impression de commencer, à 47 ans, à faire connaissance avec moi-même.

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