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Le syndrome du nid vide


Avec le départ des enfants de la maison familiale, l’espace de vie commun, le frigo et l’emploi du temps surchargé d’antan se retrouvent vides. Il préfigure aussi le grand retour du couple en tête-à-tête… Comment, dans cette période de transition particulière, gère-t-on ce baby blues tardif et les retrouvailles bizarres avec son conjoint ?

Un grand silence… Ainsi Mounia qualifie-t-elle l’ambiance du foyer a posteriori. Ses deux jumeaux ont plié bagages en simultané après le bac, destination la France. “Exit les chamailleries continuelles, les copains qui débarquent à l’improviste, le chariot de courses rempli à ras bord, les exigences et les corvées mais aussi les éclats de rires qui résonnent, le mouvement incessant et l’affection bourrue… On s’est retrouvés comme de vieux idiots, mon mari et moi, complètement estomaqués et désorientés”, raconte-t-elle. De couple parental qui a passé une bonne tranche de sa vie à éduquer, protéger, faire grandir, on repasse au duo de la case départ. Les années en plus et l’insouciance en moins. Dans ce méli-mélo d’émotions, outre les appréhensions légitimes pour son enfant lâché dans le monde, un tas de sentiments ambivalents émergent qui ne disent pas leur nom : sensation d’inutilité, solitude, détresse, perte des repères. Et pour les mamans généralement très investies dans le quotidien des rejetons, la donne s’avère encore plus marquée. “J’ai ressenti le manque criant de leur présence lorsque le cadet a rejoint sa sœur un an plus tard pour poursuivre ses études. Pendant trois mois, j’étais sur le fil de la dépression et je me suis recroquevillée sur moi-même”, avoue Sanae. La promesse d’une liberté d’action retrouvée s’est donc plutôt muée en paralysie. Sans compter que son compagnon, toujours en lévitation sur sa planète boulot, n’a pas accordé grande importance à ses sombres états d’âme…

Un moment de vérité pour le couple

Au sein de nos sociétés contemporaines, les enfants sont le centre de gravité autour duquel tournoie une grande partie de notre énergie. Vaille que vaille, au milieu des tracas de la vie et des sujets qui fâchent, le couple parental est bien obligé de faire avancer le schmilblick. “J’ai toujours relativisé nos mésententes de couple, mobilisée que j’étais sur les autres fronts”, souligne Naoual, inquiète d’un futur à deux aux perspectives plus réduites. “Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir se dire ou faire ensemble désormais ?”, se demandent ceux qui ont oublié le mode d’emploi du tête-à-tête exclusif. Encore plus difficile quand on a prioritairement existé en tant que “papa-maman de”. Et clairement, l’identité flottante qui en découle peut se révéler fortement anxiogène. Le ciment affectif qui colmatait les brèches, lorsqu’il est craquelé, peut déboucher sur une véritable crise du couple mûr. D’un seul coup, on perçoit l’autre comme une sorte d’étranger en la demeure. Presque ennuyée par sa présence. Agressée  par son indifférence à nos angoisses. Assaillie par les histoires de sens à donner à sa nouvelle existence. Manque de bol, les jeunes poussins quittent le poulailler lors d’une phase des plus critiques pour leurs aînés. En effet, ces derniers (dont la moyenne d’âge va de quarante-cinq à soixante ans), subissent les affres des interrogations existentielles, de la pré-ménopause ou encore du départ en retraite… Rivage de la vieillesse versus dépeuplement de la baraque : aïe, la double peine !

Anticiper la désertification du nid

La page qui va se tourner, il faut la voir venir de loin. Et donc s’y préparer bien en amont. Une fois qu’on a fait sienne la célèbre phrase du poète Khalil Jibrane, “vos enfants ne vous appartiennent pas”, on intègre généralement que l’autonomisation est le but de toute éducation et qu’elle signe la mission réussie des parents. Bien. L’acceptation du cours inévitable des choses est déjà en soi une attitude positive. à charge maintenant pour vous de glisser hors du carcan de la dépendance au foyer avec un tour de piste d’avance… Les petits monstres ont beau toujours résider à la maison, la vie ne tourne plus strictement autour d’eux. Amina confie : “Ma sœur, après que ses gosses sont partis, restait accrochée à eux sur Skype et WhatsApp sans plus se soucier ni de son mari ni de sa vie perso. Pour ne pas sombrer dans ce scénario d’épouvante, j’ai bien veillé à remplir mon emploi du temps en reprenant des cours de théâtre ou en suivant mon mari sur ses parcours de golf le week-end. J’ai instauré aussi un rituel de déjeuner hebdomadaire avec les copines.” Ce début de distanciation psychique avec l’inéluctable séparation permettra de minimiser la portée du trauma. Un premier pas aussi vers l’épanouissement de soi et la réalisation de projets longtemps battus en brèche par encombrement du disque dur cérébral et de l’agenda…

Se recentrer sur le “nous deux”

Ne pas se perdre de vue avec son compagnon apparaît comme essentiel dans ce moment de transition délicat. On a donc obligation de s’écouter mutuellement, voire de craquer et de verser toutes les larmes de son corps si on en ressent le besoin… à condition de le faire dans ses bras ! Et quand la tempête passe, on voit bientôt tous les avantages de cette nouvelle configuration de tourtereaux libérés des parasitages et des responsabilités parentales. Et si on commençait par renouer avec l’intimité conjugale qui s’est perdue dans les sonneries stridentes du réveil matinal ? La connexion “sexo-tendre” établie, il faut se redonner des raisons de “rechoisir” l’autre, en faisant appel à notre mémoire capricieuse et tout ce qui nous avait séduit en lui au siècle dernier. Réactivation de passions communes ou fédération autour de nouveaux projets, le puzzle se réassemble au gré des envies de chaque couple. Bingo ! Cette ère qui s’ouvre peut parfois se révéler mille fois plus excitante que la précédente.

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