A la une c'est mon histoire

L’amour frappe deux fois

Écrit par Khadija Alaoui

L’amour peut-il sonner deux fois à notre porte ? Sarah répond à cette question par l’affirmative, elle qui a vécu par deux fois ce doux et merveilleux sentiment. Elle nous raconte.

Je me suis mariée avec l’amour de ma vie. Nous nous connaissions depuis toujours, habitions dans le même quartier et fréquentions la même école. Nos parents étaient amis et s’entendaient à merveille, et tous nous prédisaient l’union de nos deux destinées. Quand nos mères évoquaient le sujet, je rougissais et je m’enfuyais. Mais au fond de moi-même, l’idée ne me déplaisait pas du tout, malgré mon jeune âge. J’avais 8 ans, Salim en avait 10. Nos chemins se sont pourtant perdus. Ses parents ont déménagé dans une autre ville, et nous avons perdu tout contact avec eux.

Des années plus tard, mon père est rentré un jour à la maison tout excité : il avait rencontré nos voisins d’antan qui avaient déménagé dans le même nouveau quartier que nous à Salé. Très vite, nos mères ont renoué le contact, et j’ai revu Salim. Il était aussi beau que dans mon souvenir. Tout naturellement, nous avons commencé à nous voir, à discuter de tout et de rien. J’ai su qu’il poursuivait ses études à Paris, et que dès qu’il décrocherait son diplôme, il rentrerait au pays. Je venais pour ma part de décrocher mon Bac, et comptais étudier à Rabat.

En septembre, Salim est reparti en France, et j’ai repris le chemin de mon école. Aux amies qui me demandaient de me joindre à elles pour sortir, je répondais invariablement que j’étais fiancée et que je préférais me consacrer à mes études. En fait, chaque soir, à 21 heures précises, j’avais rendez-vous par skype avec Salim. Pendant une heure, nous discutions. On parlait chacun de sa journée, comme si nous étions à quelques pâtés de maisons l’un de l’autre et non pas à des milliers de kilomètres. Nous avions beaucoup d’affinités et de centres d’intérêts communs, et nos discussions nous rapprochaient encore davantage.

Pendant les vacances, nous devenions inséparable. Nos parents qui avaient remarqué notre attirance réciproque nous ont ouvertement parlé du sujet. Il a été convenu de nous marier dès que Salim termine ses études. Il me resterait encore une année d’études dont 6 mois de stage pratique.Je garde un souvenir ébloui de notre mariage qui s’est concrétisé 15 ans après notre première rencontre. Nous étions fusionnels, amoureux fous… Notre belle histoire d’amour a donné naissance à deux magnifiques jumelles, Rania et Dania. Salim me traitait comme une reine. C’était un merveilleux papa, et nos filles l’adoraient… Notre conte de fée s’est terminé de façon tragique. Un chauffard nous a privées de l’homme de notre vie, de l’amour de ma vie.

Je ne me rappelle plus des jours qui ont suivi le décès de mon Salim. On m’avait hospitalisée, mise sous antidépresseur, ma mère a pris en charge mes filles. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, car en ôtant la vie à Salim, ce chauffard assassin m’avait condamnée à mort… La vie toutefois a repris le dessus. Je ne pouvais pas continuer à me lamenter sur moi-même. Il fallait que je me reprenne en main. J’ai dû suivre une thérapie pour faire mon deuil. Près de 15 mois après le décès de mon mari, j’ai repris du poil de la bête. Mes filles avaient besoin d’une maman forte, et j’étais bien décidée à leur servir de père et de mère.

Dans la boîte où je travaillais et qui m’avaient octroyé un congé sabbatique, je reprenais mes repères. J’avais à peine 33 ans, j’étais veuve et mère de deux enfants. Je savais que j’étais condamnée à vivre une vie de solitude, et que mon seul objectif était d’assurer l’avenir de mes filles. Je me consolais en me disant que j’ai eu ma part de bonheur ici-bas. Le temps a fini par panser mes blessures, et à rendre moins douloureux le souvenir de l’être perdu. Mes fillettes sont devenues de belles jeunes filles prêtes à voler de leurs propres ailes. J’allais me retrouver seule dans notre grand appartement, et je songeais sérieusement à en changer pour un studio plus intime. C’est ainsi que j’ai rencontré Jamal. Il était grand, élancé, les tempes grisonnantes et avait un charme fou. Ce sont ces détails qui m’ont mis la puce à l’oreille : comment pourrais-je songer au physique d’un homme avec qui je devais conclure une affaire ?

Jamal cherchait à acheter un appartement pour l’offrir à sa fille unique qui se marie. Il a eu le coup de foudre pour l’appartement et voulait concrétiser l’achat sur le champ. Je n’étais pas pressée de vendre, surtout que je n’avais pas encore trouvé le studio dont je rêvais. Cela n’a pas empêché Jamal de m’inviter à dîner. J’ai décliné avec politesse. Le lendemain, il m’envoie un énorme bouquet de roses blanches en réitérant son invitation. Sa galanterie me séduit. Étant seule depuis l’installation de mes filles au Canada, j’ai fini par accepter. Un dîner ne prête pas à conséquence, il faut le considérer comme un dîner d’affaires, me suis-je persuadée. Pourtant, moi qui ne me maquille presque jamais, j’ai pris un temps fou à maquiller mes yeux, à brosser mes longs cheveux et à mettre un gloss. J’ai aussi choisi avec soin un tailleur pantalon qui sied à merveille à ma silhouette toujours gracile.

J’avais convenu avec Jamal de nous retrouver directement au restaurant. En arrivant, je le trouve déjà attablé, le regard fixé sur la porte. En m’apercevant, son visage s’éclaire d’un large sourire, et il se lève avec empressement pour m’accueillir. Ce premier dîner fut suivi par d’autres rendez-vous, toujours aussi galants.

D’abord réticente à l’idée de fréquenter un homme autre que mon défunt mari, j’ai fini par apprécier l’immense culture de Jamal, sa disponibilité, son sens de l’écoute, son grand cœur, ses attentions, sa délicatesse… Nos échanges m’ont appris qu’il était lui aussi veuf, et qu’il avait perdu sa femme emportée brutalement par un cancer foudroyant du pancréas. Nos histoires étaient presque similaires. Lui aussi avait mis sa vie entre parenthèse depuis la disparition de sa femme et s’était consacré à l’éducation de sa fille. Il ne m’a pas caché qu’il avait tenté de refaire sa vie, mais qu’il n’avait jamais franchi le pas, car n’ayant pas rencontré celle avec qui il était sûr de vouloir finir ses jours.

Une multitude de sentiments contradictoires tourbillonnait en moi. Avais-je le droit de trahir la mémoire de Salim ? Pouvais-je aimer un autre homme ? Que vont dire mes filles ? Que vont penser les proches de Salim et ma famille ? Jamal sentait ma réticence à m’engager. Et lui qui me téléphonait chaque soir arrête brusquement ses coups de fil. Je ne savais plus quoi penser. Je me surprenais à guetter la sonnerie du téléphone. En vain. Je dois l’avouer, le son de sa voix chaude me manquait, nos conversations me manquaient. Une semaine plus tard, n’y tenant plus, je l’appelle. Il me répond simplement : “je passe te voir”. Je m’attendais au pire. Quand je lui ouvre la porte, il me dit de but en blanc : “veux-tu m’épouser ?” Interloquée, je le regarde sans répondre. Il me met dans la main, une petite boîte, me suppliant de porter la bague. Il me fixe rendez-vous dans le même restaurant où nous avons dîné la première fois. “Si tu portes la bague, c’est un oui. Dans le cas contraire, je sors de ta vie définitivement”, me dit-il sur un ton sérieux, et il s’éclipse.

Je devais me rendre à l’évidence : j’étais tombée de nouveau amoureuse. J’ai donc décidé d’en parler à mes filles et à ma famille qui m’ont donné leur bénédiction. Je sais au fond de moi que Salim aurait été heureux en me voyant heureuse, et que Dieu dans son immense mansuétude m’accordait une nouvelle fois le droit au bonheur. 

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