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Yasmina Khalil En attendant le mariage…

Écrit par Dina Khalil

Après un riche parcours dans les médias où elle a tour à tour été conceptrice de jeux télévisés, journaliste et rédactrice en chef, Amina Boudraâ, alias Yasmina Khalil, a choisi de se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Le mariage, chronique d une famille ordinaire, nous fait entrer dans l’intimité d’une famille à travers une galerie de personnages hauts en couleurs. Une famille où chacun cherche à s’émanciper ou à se réaliser à travers le mariage. Y parviendront-ils ?

FDM : Quel est le thème de votre roman Le mariage, chronique d une famille ordinaire ?

Yasmina Khalil : C’est une chronique familiale autour d’un thème principal : le mariage, présent en filigrane tout au long du roman, comme un fil conducteur. C’est en effet le but ultime de plusieurs personnages du roman, dans lequel chacun voit sa planche de salut, le moyen d’accéder à ses désirs, au bonheur, et pour les adolescents de cette famille, de s’émanciper et de se libérer du joug familial et du carcan social. L’autre thème central, ce sont les relations interpersonnelles, familiales, sociales ou sentimentales, et la difficulté de s’affirmer en tant qu’individu face à autrui dans le cadre de relations rendues complexes par l’absence de communication, la violence, la frustration, la jalousie, la lâcheté, la trahison…

Parlez-nous des personnages du roman.

Cette chronique familiale met en scène principalement trois générations : les grands-parents, les parents et les enfants. Au sein de cette fratrie se confrontent des personnalités complètement antagonistes. Le père charismatique et autoritaire se dresse contre son fils timoré et pleurnichard, la mère effacée et résignée s’oppose à la tante anticonformiste et fantasque, tandis que la fille aînée déterminée et impulsive est en contradiction avec sa sœur cadette réfléchie et indécise.

Qu’est-ce qui fait la particularité de ce texte ?

Probablement le procédé narratif. En effet, dans chacun des chapitres, j’ai donné la parole à l’un des personnages centraux du roman. Cela crée une sorte de jeu de miroirs, puisque l’on passe du point de vue subjectif d’un personnage à la vision globale de la narratrice principale, Sofia, la fille cadette.

Vos personnages éprouvent des difficultés dans leur vie affective. Pourquoi cette vision si pessimiste ?

Dans ce récit, les relations sentimentales sont vouées à l’échec parce qu’elles sont toutes basées sur le manque de sincérité et les calculs. Les protagonistes de ce roman choisissent des partenaires suivant des critères bien définis. L’un désire une femme pour son plaisir, l’autre recherche un mari pour accéder à une position sociale ou pour réaliser son rêve de liberté.

Ce récit véhicule-t-il un message ?

Il n’y a pas vraiment de message ou de morale. Le roman invite plutôt à la réflexion à partir de la description de la société marocaine, de ses forces et de ses faiblesses : la solidarité familiale mais aussi l’hypocrisie sociale qui donne une place inconsidérée aux apparences et au qu’en-dira-t-on. J’ai également tenu à mettre en exergue la prééminence masculine dans une société patriarcale. Dans un pays conservateur comme le Maroc, cette domination est frontale, directe, approuvée voire légitimée par la société. Il existe également une domination féminine plus discrète, plus sournoise…

Le roman met aussi en relief la difficulté de s’affirmer personnellement, notamment dans un cadre familial conservateur où règne l’autorité. J’ai voulu  démontrer à quel point il est primordial pour les femmes de prendre leur destin en main grâce à l’instruction et à l’indépendance financière, pour être libres de leurs choix et pouvoir les assumer.

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