A la une Interview

Sarah Belkziz Miss(térieuse) et précieuse

Écrit par Sabel Da Costa

Très discrète après sa victoire, Sarah Belkziz, Miss Maroc 2016, nous revient en force, le sourire aux lèvres et des ambitions plein la tête. Entre deux prises photos, elle nous dit tout de ses rêves et de ses passions.

Suisse depuis l’âge de 7 ans, puis à San Diego pour poursuivre des études en gémologie, Sarah Belkziz n’a pourtant jamais rompu avec son pays d’origine. Le Maroc, elle l’a emporté dans ses valises, entretenant un rapport quasi-fusionnel avec lui.  Lorsque ses parents décident de rentrer, la jeune fille ne peut pas les suivre mais se promet de le faire une fois son cursus achevé. De retour, elle est incitée par une amie à participer au casting de Miss Maroc 2016.  Sarah s’y rend pour le fun, sans maquillage, bain d’huile dans les cheveux et espadrilles. Son aisance séduit, elle est retenue pour le concours avant d’être couronnée dix jours plus tard.

Qu’est-ce que cette élection a changé dans votre vie ?

À vrai dire pas grand chose, hormis le fait d’être sortie de l’anonymat et d’avoir beaucoup plus d’abonnés sur les réseaux sociaux. Mais pour le reste, les gagnantes de Miss Maroc ne bénéficient d’aucun suivi. Une fois le titre gagné, je me suis retrouvée livrée à moi-même, sans équipe pour m’aider ou me coacher. Je tiens à être honnête avec toutes les jeunes filles qui voudront tenter l’expérience, qu’elles sachent à quoi s’en tenir. Certes, on devient “célèbre”, mais ça s’arrête là. Ce n’est pas Miss France ou Miss America. Ce qui est dommage, parce que c’est une bonne initiative à la base.

Beaucoup de gens critiquent ce type de concours, parce qu’ils contribuent selon eux à l’hypersexualisation des femmes. Qu’en pensez-vous ?

Sarah-Belkziz-Miss4Vous savez, les candidates ne sont pas uniquement évaluées sur leur physique. D’autres paramètres entrent en jeu : la culture générale, la personnalité, les expériences vécues. Je pense que le fait d’être belle est un atout pour une femme mais elle ne doit pas être réduite à sa plastique. J’ose espérer que l’on va enfin faire table rase de ces préjugés.

Beaucoup de concours de beauté coexistent au Maroc et cela prête à confusion. Quel est votre avis ?

Le concept reconnu partout dans le monde est celui de Miss accolé au pays d’origine de la femme qui a été élue, exception faite de Miss Monde et Miss Univers. Quand une idée marche, il y a toujours des gens qui essaient de l’exploiter d’une manière ou d’une autre. En ce moment, la presse et les réseaux sociaux parlent de Miss Maroc 2017 alors que le concours aura lieu en mai. Soyons clairs et précis. Lorsque de fausses informations sont véhiculées de la sorte, non seulement le public n’y comprend plus rien, mais le concours d’origine perd lui-même de sa substance.

Pensez-vous  qu’une fois sur le marché du travail,  le fait d’avoir été Miss Maroc jouera en votre faveur ou le contraire ?

Je ne me pose pas la question car j’ai l’intention de me mettre à mon propre compte. Cela dit, encore une fois, ce serait bien d’aller au-delà de cette image de Miss. En plus, de nos jours, il y a tellement de femmes magnifiques qui occupent des postes importants. C’est la preuve que l’on est en train de dépasser le stéréotype de “belle et tarte”.

Sur certaines de vos photos, vous paraissez intéressée par le bénévolat. Avez -vous profité de votre nouvelle notoriété pour vous lancer ?

Je me sens concernée par toutes les causes: les enfants, l’environnement, les femmes en situation précaire, les sans-abris. J’ai dernièrement eu l’occasion de rencontrer un couple de philanthropes suisses qui a construit un village d’enfants près de Marrakech, baptisé Dar Aboudiar. Ils m’ont demandé d’en devenir la marraine, ce que je me suis empressée d’accepter. L’endroit comprend des maisons de vie, une clinique avec un pédiatre à plein temps, une école et toute une logistique visant l’épanouissement des petits déshérités. Un  orphelinat  et des habitations supplémentaires sont en cours d’édification. J’interviens sur plusieurs missions, dont la collecte de fonds car nous ambitionnons de créer une dizaine de projets similaires dans le pays. 

Vous dites avoir gagné en followers sur les réseaux sociaux. Ça doit être chronophage, non ?

Trop ! J’ai d’ailleurs décidé de m’en éloigner un peu, histoire de respirer un coup. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir. Par contre, j’essaie de me rester informée de l’actualité en gardant une certaine distance. Je suis toujours étonnée de voir avec quelle virulence les gens réagissent par écrans interposés sans connaître la globalité des faits.

À propos d’actualité, une étude menée au Canada et en France a démontré que 30% des hommes pourraient violer une femme s’ils étaient certains qu’elle ne porte pas plainte. Qu’en pensez-vous ?

Sarah-Belkziz-Miss2Ces résultats montrent à quel point on a tendance à banaliser les crimes sexuels. C’est choquant de voir qu’un tiers des sondés sont de potentiels violeurs. Il y a des choses à faire pour remédier à cette situation comme sensibiliser et éduquer les jeunes. Personnellement, je ne me sens pas moins en sécurité au Maroc qu’ailleurs. Peut-être parce que je m’isole beaucoup. Je suis quelqu’un de très casanier. Il n’empêche que la législation devrait veiller à défendre davantage les femmes victimes d’abus.

On vous a très peu vue dans les médias après Miss Maroc 2016, c’était voulu ?

J’ai fait une interview le premier jour et comme je l’ai déjà dit, je me suis retrouvée à devoir gérer seule ma communication. Je n’étais pas très à l’aise avec ça, je ne bénéficiais d’aucun encadrement de la part de l’organisation, je me faisais attaquer sur les réseaux sociaux. Bonjour l’ambiance (rires). Donc oui, j’ai préféré calmer le jeu et éviter les sorties médiatiques. Si les choses ne sont pas faites de manière positive ou dans la bonne humeur, ce n’est pas la peine.

On s’est laissé dire que vous aviez pas mal de projets sur le feu ?

Effectivement. Des projets liés à mon domaine initial, le design de bijoux, d’autres qui concernent la beauté, l’esthétique et en dernier lieu des projets qui vont toucher à la femme. Je ne vais pas trop m’étaler dessus, je préfère en parler une fois prête.

La tendance aujourd’hui est aux mannequins healthy, comparé aux années 80 où être cool, c’était verser dans tous les excès. Vous êtes aussi adepte d’un mode de vie zen et épuré ?

Totalement. J’adore ce qui est naturel, je suis une fan d’huile de coco, de jus détox, du zéro café et du manger sain. Je ne me refuse pas un petit gâteau de temps en temps mais dans l’ensemble, j’adhère pleinement à cette philosophie. J’ai vécu en Californie et là-bas, c’est assez mal vu de ne pas prendre soin de son corps ou de consommer n’importe quoi.

Et quels sont vos rituels cosmétiques ?

Sarah-Belkziz-Miss3Limiter leur usage justement, ne pas trop en faire, hydrater et nourrir ma peau de l’intérieur plutôt que de lui appliquer des produits chimiques. Jamais sans mon écran solaire en revanche. Sinon, je suis une grande amatrice d’huile de figues de barbarie. Quand je suis obligée de me maquiller, je joue sur les tons nude et j’applique une poudre très légère. Quand je prends des risques, ce n’est jamais avec les yeux, plutôt avec les lèvres en choisissant des couleurs plus sombres ou du rouge carmin.

Comment vous préparez-vous pour

un shooting ?

J’évite le maquillage pendant quelques jours pour laisser respirer ma peau, je fais des masques exfoliants, je bois énormément d’eau et la veille, je dors tôt. Le jour J, je fais une bonne séance de sport avant le shooting pour transpirer et évacuer les toxines par les pores. J’aime aussi être prête mentalement. On a tendance à penser que ce qui fait un bon shooting, c’est le  maquillage et l’éclairage alors que tout est une question de “mood”. La bonne humeur est le meilleur filtre qui soit.

Vous avez beaucoup bougé entre la Suisse, les USA et le Maroc. Comment s’est passé “l’atterrissage” ?

En douceur. Trois mondes cohabitent en moi ou plutôt quatre, puisque je suis aussi Française par mon père et c’est une richesse. J’ai vécu à l’étranger la majeure partie de ma vie. Aujourd’hui, je suis installée à Casablanca et être le témoin d’un Maroc qui bouge me rend heureuse. Bien sûr, il y a des points à améliorer socialement mais on ne stagne pas. C’est le plus important à mon sens.

Commentaires

Commentaire