Interview

Nezha Alaoui Capteur d’émotions

Écrit par admin

Sourire d’ange, sincérité à fleur de peau, talent inné, Nezha Alaoui est un jeune prodige de la photo. Après de brillantes études en hôtellerie et en business en Espagne, puis à Londres, et une solide expérience en affaires entre le Maroc et les Etats-Unis, son destin bascule. Elle fait le choix de suivre sa passion et devient photographe. Un rêve qui se réalise.

FDM : De l’hôtellerie à la photographie, comment s’est opérée cette reconversion ?
Nezha Alaoui : J’ai découvert la photographie à l’âge de 11 ans, dans un atelier extra-scolaire où j’ai appris à développer
les clichés en noir et blanc. Depuis, j’ai toujours eu mon petit appareil sur moi. Déjà à cette époque, j’avais un rapport différent  avec l’image. La photo touristique avec un monument et deux visages qu’on arrive à peine à reconnaître ne m’intéressait pas. J’étais plus à la recherche d’émotions. C’était donc des gros plans sur une bouche, un sourire, un regard… j’ai fait mon  apprentissage comme ça, tout doucement, sauvagement et discrètement. A 18 ans, j’ai pourtant été confrontée à un choix. A  cette période, devenir photographe n’était pas envisageable. Je ne savais même pas si des études existaient. C’est ainsi que  j’ai choisi l’hôtellerie, tout simplement parce que je voulais partir à la découverte du monde. Je ne voulais pas passer trois ans ou plus dans  un même endroit. J’ai alors trouvé cette alternative qui m’offrait la possibilité d’être en cours pendant six mois en Espagne, et de  partir dans un pays de mon choix pour le reste de l’année. Je suis donc allée en Italie, en France puis en Angleterre, où j’ai fait un  stage de six mois, puis un bachelor en business.

Gardiez-vous à l’esprit qu’il y aurait un retour possible vers la photo ?
Ce n’était pas aussi simple. Après avoir terminé mes études, je suis partie aux Etats-Unis où je me suis lancée dans le monde du business. J’importais des marques américaines que je développais au Maroc. Cela dit, ces affaires avaient toujours un petit  volet artistique, comme le choix des collections ou la décoration des boutiques… Je ne dirais pas que j’étais devenue une femme  d’affaires, mais j’aimais entreprendre de nouveaux projets et les développer. J’ai pourtant fini par me lasser parce  qu’au final, tous les métiers ont une limite. Et c’est là que j’ai recommencé à m’intéresser de plus près à la photo. Ce qu’il faut  savoir, c’est que je n’ai jamais délaissé cet art. A chaque fois que je le pouvais, je m’inscrivais à des formations, notamment à New York.
Votre passion pour la photo n’a donc jamais disparu…
Non, jamais. La photo était toujours là, mais en sourdine. Personne n’aurait jamais pensé que j’aurais un jour le courage de tout  lâcher pour me consacrer à ma passion. J’avais construit une petite vie confortable et je prenais un risque en faisant ce revirement. Mais un jour, ça m’a prise. Ça devenait inévitable ! Cet appel artistique devenait de plus en plus fort. Gagner de  l’argent ne m’enrichissait plus. J’avais besoin de plus, de suivre ma passion. Il fallait faire un choix parce que je n’aime pas faire les choses à moitié ! Et puis, la décision est survenue à un moment particulier de ma vie, où j’avais entamé d’autres  changements.

Quel était votre premier projet en tant que photographe ?
J’ai commencé par un ouvrage intitulé “Carnet de voyage”. C’est le fruit d’un périple au Moyen Atlas, lors d’une mission  humanitaire qui avait pour but de remettre des couvertures, des vêtements et de la nourriture aux habitants de villages coupés  du monde. En arrivant là-bas, et au lieu de venir en aide à ces gens-là, ce sont eux qui m’ont aidée. Ils étaient d’une grande humilité, gardaient leur dignité, vivaient simplement et étaient heureux. C’est ce message que j’ai voulu véhiculer à travers mes  photos : des portraits sur lesquels j’étais à l’affût de la moindre émotion. C’était mon premier challenge, couronné par un livre et une exposition. Après, étant donné que je me suis lancée corps et âme dans la photo, les choses se sont enchaînées  très rapidement. J’ai ensuite eu la chance de décrocher un contrat avec le Programme Alimentaire Mondial, qui est une agence  e  ’ONU. Ils recherchaient un photographe pour réaliser un reportage sur leurs missions. J’ai donc postulé et je pense que j’ai dû  tre prise parce que je n’avais pas forcément envie de photographier la misère des enfants, comme on l’a fait si souvent. Je voulais saisir des émotions positives pour montrer que l’aide a porté ses fruits. Je décroche donc ce contrat et me retrouve à devoir partir.
Comment avez-vous vécu cette aventure ?
C’était une bouffée d’oxygène ! Cette mission est arrivée à un moment où je m’apprêtais à entreprendre un nouveau départ  dans ma vie. Je me suis alors retrouvée à parcourir des pays comme l’Ethiopie,le Mozambique, Haïti, la Mauritanie et le Sénégal.
Pendant plusieurs mois, d’août jusqu’en décembre 2011, les missions se sont succédées. Les photos ont ensuite été exposées  dans les sièges de l’ONU à travers le monde : à Genève, Viennes, New York… En marge de ces expositions pour le Programme Alimentaire, j’en ai aussi monté une, personnelle, que j’ai appelée “Simplement humain”, et qui mettait en avant des instants de vie : le cliché d’une petite fille entre deux branches d’un arbre en forme de “V” que j’ai appelé “Victoire” ; celui d’un enfant  qui tient chaleureusement la tête d’un autre enfant que j’ai intitulé “Affection”…

Y a-t-il eu d’autres expositions depuis ?
Quand je suis rentrée de ce périple, j’étais tellement pleine de toutes ces émotions que mon projet artistique suivant s’inspirait  d’un besoin de vide, d’un besoin architectural. Je me suis donc lancée dans un projet d’exposition intitulé “Quartier dévêtu”. Un challenge qui consistait à photographier la Kasbah des Oudayas autrement. J’ai décidé de le faire en noir et blanc, et de mettre en avant des perspectives architecturales. J’ai exposé le fruit de ce travail au Maroc, dans la Galerie de l’hôtel Sofitel à Rabat ;  puis j’ai voyagé avec mon expo un peu partout dans le monde, à Washington, à Genève et à Viennes.

Avez-vous d’autres projets ?
Je suis sur un projet de livre sur le désert qui sera édité par La Martinière, qui a édité Yann Arthus-Bertrand, le célèbre  photographe qui a fait “La Terre vue du ciel”. J’aimerais dire que ce n’est pas par chance que je me retrouve chez un éditeur  d’une telle renommée. Je fais preuve d’audace et quand j’ai quelque chose derrière la tête, je vais me battre pour l’avoir. Pour  revenir à mon idée de photographier le désert marocain, j’avais en fait la volonté de faire un ouvrage qui soit une carte de visite  supplémentaire pour la diplomatie marocaine. Mais comment défendre ce sujet sans avoir une étiquette de propagande ? Après des mois de réflexion, j’en arrive, enfaisant contribuer l’ex-ministre Driss Alaoui Mdaghri qui est un grand oncle à moi et  qui est aussi artiste et écrivain, à aborder ce sujet en faisant parler le désert à la première personne. C’est le désert qui s’exprime de manière poétique et qui raconte son histoire. La barre est placée très haut en ce qui concerne le volet  photographique. Là, je viens d’effectuer un long voyage dans le sud où j’ai visité Dakhla, Smara, Laâyoune et Tantan en  repérage. J’y retourne en octobre pour prendre mes photos.

Etes-vous en train de réaliser le rêve de votre vie ?
Effectivement, et il a fallu chambouler beaucoup de choses dans ma vie pour pouvoir réaliser ce rêve. Mais quels que soient mes  choix, je peux vous dire que grâce à la photo, je suis bien la femme la plus épanouie au monde ! La photo et l’art de  manière générale m’ont donné une liberté inconditionnelle.

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