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Nadine Labaki, sa nomination aux Golden Globes et les femmes dans le cinéma arabe (Interview)

Écrit par FDM

Film réaliste, poignant et engagé, le troisième long métrage de Nadine Labaki, “Capernaüm” aborde la maltraitance d’enfants et l’exclusion avec intelligence et cœur. La réalisatrice décrit, avec finesse, les difficultés rencontrées par les enfants des bidonvilles de Beyrouth dans une histoire qui a valu au film une nomination au Golden Globes. Nadine Labaki se livre à nous à cœur ouvert.

Que représente pour vous la nomination de votre film aux Golden Globe Award dans la section Meilleur Film en Langue étrangère ?
C’est une grande victoire pour nous, surtout lorsqu’on sait que le film est “fait maison”. Il a été fait collectivement avec mon équipe que je considère comme ma famille. Cela a pris beaucoup de temps et a exigé énormément de travail. C’est donc un exploit que le film puisse concurrencer d’autres grands films dans cette catégorie. Je suis très fière de faire partie de cette sélection.

Qu’est-ce qui a inspiré ce film? 
Plusieurs choses. La vue des enfants dans les rues fait désormais partie de notre quotidien, en particulier au Liban, où se trouvent de nombreux réfugiés syriens ainsi que les problèmes économiques auxquels le pays est en train de faire face. Aussi, beaucoup d’images sur les réseaux sociaux, notamment l’image du garçon syrien âgé de trois ans qui a été retrouvé, il y a quelques années noyé sur une plage de la Méditerranée. Cette image particulière a été un tournant dans ma vie. Je me suis demandée comment on en était arrivé là. Ainsi, tout cela a donné naissance à ce film, à cette envie d’être un véhicule à travers lequel ces enfants peuvent  exprimer  leur  colère.

“Capernaüm” a connu un vif succès lors du Festival de Cannes 2018, où il a remporté le prix du jury. Selon vous, quels sont les éléments qui rendent votre film si attachant ? 
Travailler avec des personnes qui vivent dans les mêmes circonstances joue un rôle très important, car vous savez que vous ne regardez pas seulement des acteurs qui incarnent un rôle, mais vous avez conscience que lorsque vous quittez la salle, ils restent avec leurs combats quotidiens. Je pense que cela a un impact complètement différent sur le spectateur. Et aussi le fait que nous avons essayé de rendre cette histoire aussi proche que possible de la réalité, en faisant le choix de devenir presque invisible afin que les acteurs puissent réellement s’exprimer. C’est quelque chose qui se détecte lorsque on regarde le film. Le réalisme est marquant, c’est presque un documentaire.

Le mouvement #MeToo a ébranlé le monde du cinéma au niveau international, mais son impact ne s’est pas particulièrement ressenti dans les pays arabes. Quelle en est la raison à votre avis ? 
Je pense que parce que dans le monde arabe, assez étonnamment, les femmes sont capables de s’exprimer plus que partout ailleurs dans le monde. Au Liban, par exemple, le milieu du cinéma compte plus de femmes que d’hommes. Je ne sais pas si c’est le cas au Maroc, mais je suis sûre que beaucoup de femmes arabes ne ressentent pas la même frustration qu’à Hollywood. Je n’ai pas encore analysé les raisons derrière cela. C’est très surprenant, cependant, et très étonnant à voir.

“Capernaüm” sort dans les salles de cinéma au Maroc le 12 décembre.

 

Propos recueillis par Amal ASEBRIY

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