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Mohamed Amine Zariat : « il n’y a pas de stratégie nationale développant l’accès des filles aux sports » (Interview)


L’entrepreneuriat sportif et l’employabilité des jeunes issus des milieux défavorisés, c’est le pari ambitieux choisi par l’ONG TIBU Maroc à travers son initiative Intilaqa, un programme complet de formation qui offre un autre avenir à cette jeunesse. Entretien avec Mohamed Amine Zariat, président fondateur de TIBU Maroc.

D’où vous est venue l’idée de l’initiative Intilaqa ?

L’ADN de l’association TIBU Maroc, fondée en 2010, est 100% basket. Au fil des années, afin de faire découvrir ce sport et ses valeurs aux enfants, nous avons développé de nombreux projets. Parmi eux, le lancement des centres TIBU Maroc axés sur la pratique régulière du basketball, l’apprentissage des langues étrangères ou encore l’initiation au STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Ainsi que des sessions destinées aux enfants issus notamment du milieu populaire, qui sont, par la suite, devenus eux-mêmes des modèles pour la jeunesse. De toutes ces initiatives, une réflexion a pris sens : pourquoi ne pas lancer un programme visant l’employabilité des jeunes en précarité et l’entrepreneuriat sportif, sans se focaliser pour autant sur le basket ? Ainsi est née l’initiative Intilaqa qui mêle opportunités, insertion professionnelle et connexions avec les employeurs sportifs.

Dans quel état est le secteur du sport notamment féminin ?

Aujourd’hui, le secteur du sport féminin n’est pas encore assez développé. Il n’y a pas de stratégie nationale développant l’accès des filles aux sports même s’il existe des initiatives portées par divers acteurs, étatiques, médiatiques, institutionnelles ou privées. Il est pourtant important que la fille soit “sur le terrain” car demain, elle deviendra une femme, responsable de famille, qui sera automatiquement un exemple pour ses enfants. Et, à TIBU Maroc, nous sommes convaincus que, avec la pratique du sport, nous aurons une génération meilleure. Aussi, c’est pour cette raison que nous visons, dans chacun de nos programmes, un quota minimum de 50% de filles et/ou de femmes.

Le secteur du sport est un secteur stratégique pour le développement du Maroc. Aussi, comment féminiser un domaine historiquement masculin ?

Partons d’abord de deux constats. Le premier, la Lettre Royale de 2008. Elle fait du sport un droit fondamental pour tous. Le deuxième, le rapport du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) qui met en avant le sport comme devant être un nouveau modèle de développement dans le pays. Mais comment faire concrètement ? À travers des initiatives et des formations, il est important de démontrer le besoin du sport comme une nécessité institutionnelle et identitaire, respectant les 17 objectifs du Développement Durable notamment celui d’égalité. Aussi, l’association TIBU Maroc est en train de préparer le premier sommet d’éducation par le sport en Afrique sous le thème “Libérer le potentiel de la jeunesse africaine à travers la force du sport”, prévu du 3 au 6 avril 2021 à Casablanca. Car, aujourd’hui, grâce au sport, nous pouvons innover socialement et créer une société inclusive. 

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