A la une Interview

Le point sur la migration féminine


Plus de 150 États étaient à Marrakech pour approuver le Pacte Mondial de la migration, un texte hautement symbolique. Ana Fonseca, représentante au Maroc de l’Organisation internationale de la migration (OIM) revient sur le volet de la migration féminine.

Que représente la migration féminine au Maroc ?

On constate une proportion significative du flux migratoire via le Maroc, représenté par un nombre de plus en plus croissant de femmes et de filles. La migration féminine est une question très importante notamment au Maroc où on comptabilise plus de 30 nationalités différentes en majorité des Subsahariens – tout sexe confondu- qui ont pu être victimes d’abus ou d’autres violences sur la route migratoire.

Quel en est l’impact ?

Les femmes migrantes jouent un vrai rôle. Certaines sont des mères qui ont montré une résilience spectaculaire pour se protéger et protéger leurs enfants sur les routes périlleuses empruntées. Ces femmes ont aussi des compétences. Attention, la migration ne se résume pas à la migration irrégulière. Il y a aussi des femmes marocaines qui ont quitté le royaume et contribuent au développement du pays. Pour les migrantes au Maroc, c’est pareil. La migration peut être un facteur clé du développement local.

Pensez-vous qu’avoir une approche genre de la migration est un tort ?

La question est importante. Aujourd’hui, il est vrai qu’on parle de plus en plus de questions genrées au niveau culturel, religieux et autres, mais pour moi, le fondement du genre, c’est l’égalité. Prenons l’exemple du travail, c’est bien le meilleur candidat qui doit être embauché, qu’il soit femme ou homme, migrante ou migrant. Le monde que je vous décris peut vous sembler idéal mais il faut travailler sur ce monde idéal pour aller dans la bonne direction. Vous savez, la politique du genre n’existe pas pour promouvoir les femmes mais pour reconnaître de façon égale les capacités des uns et des autres.

Selon  vous, de quelle manière est perçue la migration féminine dans le royaume ?

Les deux phases de l’opération de régularisation exceptionnelle démontrent que le Maroc est un pays ouvert qui a une vision intégrée. Je pense que c’est un pays qui fait de son mieux pour promouvoir les droits des migrants, femmes comme hommes. J’insiste à nouveau sur ce point d’égalité car il est important. Ainsi, lors du lancement, le 25 novembre à Rabat, de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles menées par l’ONU Femmes, je suis venue dire “stop” aux violences. Mais à mes yeux, c’était également une célébration pour l’égalité puisque la base de tout, c’est le respect des personnes, hommes et femmes.

Comment le Pacte mondial signé à Marrakech peut-il aider à améliorer la situation des migrantes ?

L’ensemble du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières a été écrit dans un esprit de contre-discrimination. Ainsi, la question du genre y est intégrée. Le Pacte est un texte non contraignant recensant des principes acceptés par les Etats l’ayant approuvé le 10 décembre à Marrakech, mais le plus important, ce seront les initiatives que prendront ces pays sur le terrain. C’est donc à ce niveau que l’on pourra observer comment les acteurs vont évaluer la question du genre dans leur politique et leurs actions.

Mais êtes-vous confiante ?

Il y a encore du travail à faire et j’y inclus le Maroc même si je salue ses efforts montrant une réelle volonté de sa part notamment à travers la Stratégie nationale d’immigration et d’asile. Ce que je peux aussi vous assurer, c’est que je n’ai jamais entendu qui que ce soit me dire ici que la question du genre n’était pas importante. Je ne vois pas également, dans ce pays, des blocages qui empêcheraient des avancées via des initiatives concrètes impulsées après le Pacte mondial pour les migrations. 

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