A la une Interview

Bin.com : une campagne pour les enfants abandonnés au Maroc


Au Maroc, des milliers d’enfants abandonnés et de mères célibataires vivent un véritable cauchemar. Entre problèmes administratifs, financiers et discriminations, le tableau est sombre. Pour sensibiliser sur ces situations, le CDEPF a lancé fin mai la campagne Bin.com.

Chaque jour, plus de 153 enfants naissent hors mariage et au moins 24 enfants nés de ces unions sont abandonnés au Maroc, d’après l’association Insaf, sans parler des mères célibataires au nombre de 27 200 en 2009. Pour sensibiliser à ces situations, le Collectif association pour le droit de l’enfant à la protection familiale (CDEPF) a donc lancé fin mai une importante campagne en ligne, Bin.com, diffusée par le biais du site web, du blog, de la page Facebook, du compte Twitter, de spots et de capsules sur le net. Des parrains ont souhaité s’associer à cette campagne et apparaissent dans les spots comme le comédien Said Ait Baja, l’ancien footballeur et ancien entraîneur du Kawkab de Marrakech, Hassan Benabicha ou encore le tennisman handisport Lhaj Boukartacha. Un plan d’action 2.0 plus que nécessaire, selon Daniela Ciliberti, coordinatrice de l’association Amis des Enfants, chargée du secrétariat général du CDEPF. Entretien.

Pourquoi la campagne lancée par le CDEPF est-elle si importante ?
Car elle vise à faire face et à dépasser les difficultés socioculturelles ainsi que certaines représentations négatives vis-à-vis des mères cheffes de familles monoparentales et des enfants en besoin de protection de remplacement familial, c’est-à- dire des enfants qui n’ont pas de famille, ou qui risquent de la perdre (enfants nés hors mariage, issus de familles vulnérables, en situation de handicap, migrants séparés de leurs familles ou non accompagnés). C’est pour cela que cette campagne a pour slogan : « La vie d’un enfant n’est pas un jeu ». Elle est destinée à la fois à la société civile (locale, nationale et internationale) mais aussi au grand public, aux médias, ainsi qu’aux parties prenantes c’est-à-dire les politiciens, les groupes parlementaires et les ministres. Ce sont ces derniers qui sont les « plus importants », car c’est eux qui ont le pouvoir de changer ces situations en révisant ou en votant des lois.

Daniela Ciliberti

Selon vous, le Maroc ignore-t-il ces mères célibataires ?
Avant de répondre à cette question, il faut rappeler qu’il y a eu des réformes constitutionnelles qui ont permis des avancées quant à la participation des femmes au développement, ainsi que la reconnaissance partielle de certains droits. Mais malgré cela, les résultats restent insuffisants, en l’absence d’une vision claire garantissant l’égalité entre les sexes et impliquant des mesures effectives pour en assurer leur concrétisation sur le plan institutionnel, économique, social et culturel. Prenons tout simplement l’exemple du Code de la Famille modifié en 2004. Il contient toujours des dispositions discriminatoires pour les femmes en matière de succession et autres. Nous ne pouvons être que préoccupés par le fait que ces mères célibataires ne peuvent pas transmettre leur nom à leurs enfants sauf si le père (de ces femmes) y consent ! Autre exemple : à travers le plaidoyer du CDEPF, les associations ont pu mettre en évidence après enquête, qu’entre 40% et 90% des familles monoparentales (tout dépend de la ville où elles résident) ont trouvé des difficultés lors de l’enregistrement des enfants à l’état civil, et près de 80% des familles ont également été confrontées à de nombreux obstacles afin d’accéder aux soins.

Votre campagne s’accompagne d’un plaidoyer. Vous affirmez que la loi 15-01 qui régit la kafala ne protège pas assez l’enfant. Y a-t-il urgence ?
Absolument ! Au Maroc, la seule alternative à l’institutionnalisation est la kafala. Malheureusement, cette loi, qui ne permet pas de créer de liens juridiques, ni de droits de succession, sans parler des empêchements matrimoniaux entre kafil et makfoul, comporte également toute une série de contradictions et de vides juridiques qui découragent souvent les futures familles intéressées. Pour ne rien arranger, cette loi n’assure pas à l’enfant makfoul de jouir des mêmes droits qu’un enfant biologique. Et pire encore, aucune évaluation psychologique de la future famille kafile n’est obligatoire, ni aucun suivi et accompagnement avant, pendant et après la kafala.

 

 

 

Commentaires

Commentaire