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Aziza Ghallam : Le droit à la procréation (Interview)

Écrit par Khadija Alaoui

Aziza Ghallam a levé le voile sur l’omerta de l’infertilité en 2012, en créant l’association Marocaine des Aspirants à la Maternité et à la Paternité (MAPA). Après le vote de la loi 14-47 sur la PMA, le combat n’est toujours pas gagné. Elle nous en parle.

La loi encadrant la PMA a été votée en avril dernier. Qu’est-ce que cela a pu changer pour les parents infertiles ?

La reconnaissance juridique de l’infertilité en tant que maladie légitime notre revendication à une prise en charge médicale par les caisses d’assurances maladie, et brise par ailleurs le tabou social entourant cette pathologie. Mais si le vote a mis fin à un débat législatif qui n’a que trop duré, son application reste tributaire des décrets d’application. Le texte de loi propose de mettre en place une commission consultative, et notre association aimerait en faire partie afin de défendre les intérêts des parents infertiles et aider les autorités sanitaires à prendre les mesures adéquates pour mieux répondre aux besoins de la population en termes de procréation.

Que faites-vous à votre niveau pour informer et sensibiliser les couples infertiles ?

L’association marocaine des aspirants à la maternité et à la paternité (MAPA) n’a jamais ménagé ses efforts pour apporter un éclairage sur la situation des couples qui souffrent d’infertilité, que ce soit par le biais d’événements ou d’actions concrètes. À cet égard,  je rappelle les mémorandums adressés aux responsables ainsi que l’organisation des campagnes nationales de solidarité sous forme d’une pétition pour soutenir les revendications des personnes en mal de procréation. Il y a également nos conférences et séminaires nationaux, ainsi que nos rendez-vous annuels pour débattre de l’état des lieux de la fertilité au Maroc. Ces rencontres, enrichies par les témoignages des personnes infertiles, sont organisées en présence des représentants du ministère de la santé, de l’ANAM, des CHU et des médecins du secteur privé, des associations scientifiques, etc.

Nos actions nous ont permis de prendre part à l’élaboration des rapports qui vont servir de base pour les textes de lois et d’une stratégie nationale de l’infertilité en concertation avec le département concerné au ministère de la santé. Notre association a par ailleurs présenté, plusieurs dossiers revendicatifs auprès de différents départements ministériels et autres acteurs du secteur…

Parmi les principales revendications, on citera entre autres, la garantie de l’accès aux traitements et aux techniques de la PMA à tous les couples infertiles au Maroc, la mise en place d’une stratégie nationale pour la prise en charge de l’infertilité et la prévention de la stérilité. Une place doit être consacrée à l’infertilité dans les programmes de planification familiale dans le cadre des mesures et actions visant le bien-être familial. Nous recommandons la réalisation de la PMA au sein de tous les hôpitaux publics.

L’infertilité étant une maladie, sa prise en charge était-elle assurée par les assurances ?

Les couples en mal de procréation sont obligés de supporter les charges engendrées par les actes médicaux dont le coût varie entre 30.000 et 45.000 DH, pour un seul cycle de procréation. Ce budget varie selon la nature de l’infertilité, la technique scientifique utilisée : insémination artificielle ou fécondation in vitro, l’âge du couple, et le type d’infertilité.

Les couples infertiles vivent de grandes difficultés et une souffrance à cause de l’absence d’une couverture médicale de ces actes médicaux. Nous espérons que la décision de l’ANAM sera prise le plus tôt possible.

Nous avons le droit à l’accès aux méthodes de procréation à l’instar du droit à la contraception octroyé aux couples qui désirent planifier les naissances de leurs enfants.

Nous le proclamons haut et fort : l’infertilité est une pathologie qui doit être soignée et remboursée par les institutions de prévoyances sociales. Les organismes de sécurité sociale et d’assurances maladie privées et publiques doivent assurer une couverture sociale, rembourser les frais de traitement médical liés à l’infertilité et à la PMA et garantir l’accès aux traitements et aux techniques de la procréation médicalement assistée à tous les couples infertiles au Maroc.

Les responsables doivent se pencher sur cette réalité et prendre des mesures urgentes pour améliorer l’accessibilité aux PMA afin d’augmenter les chances du couple à concevoir…

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