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Tseu Hi, dernière impératrice de Chine

Écrit par Fatéma Chahid

C’est l’extraordinaire ascension d’une concubine, belle, cultivée et puissante intrigante qui va devenir Impératrice de la Chine du 19ème siècle. Surnommée “Le Dragon”, Tseu Hi règnera d’une main de fer sur “L’Empire céleste” dans le tumulte et le sang durant près de cinquante ans. La Révolution de Mao mettra fin à la dynastie Qing et à la Chine traditionnelle.

La future Cixi ou Tseu Hi se nomme Yehonala quand elle naît à Pékin le 29 novembre 1835 dans une noble famille mandchoue. Orpheline dès l’enfance, elle est éduquée par son oncle. Très belle et intelligente, elle devient cultivée, sachant lire et surtout écrire, fait rare pour cette époque en Chine où les filles étaient juste bonnes à marier. Elle connaît les classiques fondamentaux en littérature et en politique et excelle dans l’art de la calligraphie.

Yehonala était destinée à épouser le capitaine des Gardes de l’Empereur, Jung Lu, à l’âge de dix-sept ans mais le destin en décida autrement. En 1852, l’empereur Xianfeng monte sur le trône à la mort de son père et se met en quête d’une épouse et de concubines parmi les jeunes filles de la noblesse mandchoue.

Soixante jeunes filles vont pénétrer quelques jours plus tard dans la salle du Trône du Dragon, à l’intérieur de la Cité Interdite de Pékin et, parmi elles, figure Yehonala. Alignées les unes derrière les autres, les jeunes filles devaient avancer à l’appel de leur nom vers le trône avec interdiction absolue de lever les yeux vers l’empereur.

Le soir, le verdict tombe : c’est Sakota, cousine de Yehonala qui  est choisie comme épouse de l’empereur sous le nom de Ci’an , alors qu’elle-même n’était prise que comme cinquième concubine.

L’ascension vers le sommet du pouvoir

Orgueilleuse et ambitieuse, Yehonala  refuse son sort et met en marche son ascension vers le sommet du pouvoir. Au même moment, un enfant des rues, Li Lin Ying, rêve à chaque fois devant la magnificence du cortège du Grand Eunuque de la Cour impériale. Prêt à tous les sacrifices pour changer son sort misérable, il se fait castrer afin de se faire engager comme eunuque dans la Cité Interdite. Leur rencontre va sceller une alliance à vie.

Li enseigne à la jeune femme les arts du corps et de la séduction. Elle lui inculque la culture et les belles manières. Tous deux ambitieux, ils vont former un duo pervers, rusé et puissant qui accèdera au pouvoir au prix de compromissions, de complots et de massacres.

Voyant que l’empereur consacre tout son temps à son épouse Ci’an, l’eunuque Li va lui vanter en aparté les charmes irrésistibles de sa concubine oubliée, Yehonala. Intéressé et intrigué, l’empereur la fait demander la nuit suivante. Si la belle est fort déçue de découvrir un jeune souverain chétif, malingre et ravagé par l’opium, elle n’en laisse rien paraître et déploie tous ses charmes et les subtilités d’une sexualité savante et raffinée.

Très vite, la faveur de Yeonola est éclatante : la courtisane devient indispensable à l’empereur qui délaisse alors épouse et autres concubines. L’orgueil de la jeune femme est au sommet quand elle tombe enceinte et donne le jour le 27 avril 1856 à un garçon, Zaichun, le futur empereur Tongzhi, alors que l’épouse Ci’an  n’a enfanté qu’une fille, naissance sans valeur dans la Chine de l’époque.

Juste après cet accouchement qui fait d’elle la mère du seul héritier du trône de Chine, Yehonala est nommée Impératrice du Palais d’Occident et prend le nom de Tseu Hi (Cixi en chinois).

Forte de son statut d’épouse officielle, Tseu Hi entreprend de compléter ses connaissances, notamment dans les stratégies du pouvoir. La jeune femme devient la conseillère de l’empereur dans la gestion des affaires de l’Empire et se mêle de politique et de gouvernance, d’autant que la Chine est objet de convoitises de la part des Occidentaux et victime de leurs nombreux assauts.

En 1860, pendant la Seconde guerre de l’opium, Français et Anglais attaquent Pékin, obligeant la cour à fuir un temps à Rehe en Mandchourie.

L’empereur Xianfeng sombre dans la dépression, l’alcool et l’opium. Il meurt presque fou le 22 août 1861. Aidé du fidèle Li, promu Chef des Ennuques, Tseu Hi s’empare du Grand Sceau Impérial et fait introniser son fils Zaichun, âgé de six ans, comme Empereur de Chine sous le nom de Tongzhi.

L’Impératrice Dragon

Tseu Hi devient impératrice douairière, et s’arrange pour détenir seule les pleins pouvoirs de la régence. Même quand son fils atteint la majorité, c’est elle qui règne dans l’ombre. Empereur incompétent, Tongzhi tombe malade en 1874 et meurt, officiellement de la syphilis.

Tseu Hi intrigue alors pour que soit désigné comme héritier du trône, le fils d’un de ses frères, un enfant de trois ans, dont elle fera l’empereur Guangxu, tout en gardant pour elle seule tout le pouvoir.

En 1898, devant l’affaiblissement de la Chine face au grondement du peuple et aux assauts occidentaux, le jeune empereur prend peur et lance seul la Réforme des Cent Jours, un mouvement de mesures sociales. Pour contrer cette tentative d’émancipation de son neveu, Tseu Hi, organise un coup d’État. Elle fait exécuter tous les conseillers de l’empereur, le décrète incapable de gouverner et le fait enfermer dans son palais. Cruelle et sanguinaire, elle n’hésite pas à faire assassiner ou jeter dans un puits, des gens de la cour impériale, parfois pour des raisons insignifiantes. Ses colères sont soudaines et terrifiantes. En secret, on l’appelle “L’Impératrice Dragon”.

En tant que femme, la belle Tseu Hi adore la mode de l’époque, arbore un maquillage pâle sur une peau de porcelaine et se laisse pousser les ongles jusqu’à ce qu’ils se recourbent comme des serres et deviennent des armes pour griffer ses servantes. Mesurant à peine un mètre cinquante mais bien faite, elle possède un charisme et une aura qui suscitent crainte et respect.

Elle  aime le luxe et organise des banquets somptueux, mange avec des baguettes en or et boit dans des coupes de jade. Insensible à la pauvreté de ses quatre cents millions de sujets, Tseu Hi mène le pays à la ruine.

En secret, elle vit une liaison passionnée avec son ancien fiancé le capitaine Jung Lu qu’elle hissera au rang de Grand Conseiller. Quand elle apprend qu’il la trompe avec une concubine du palais, elle exile son amant et fait jeter sa rivale au fond d’un puits.

Fine stratège MAIS sanguinaire

En 1900, elle lance la Chine contre les occidentaux en s’alliant au chef d’une secte fanatique, “Les Boxers”, qu’elle incite à  “massacrer tous les chiens étrangers, à manger leur chair et à s’asseoir sur leur peau.” Réfugiés dans le quartier des Légations, les ambassadeurs étrangers subissent un siège terrible dont Nicolas Ray fera un film “Les 55 jours de Pékin”. Les soldats de l’Alliance de huit nations occidentales délivrent les diplomates assiégés. Tseu Hi fuit à Xi’an, déguisée en paysanne.

Quand en 1901, un traité de paix est signé, elle revient à Pékin. Fine stratège, elle invite à une cérémonie de thé les épouses des ambassadeurs et offre à chacune une bague ornée de perles. 

Ayant pris conscience que les paysans mouraient de faim, mangeant de l’herbe et des racines, elle s’emploie à ramener au pays une certaine prospérité dans l’agriculture et le commerce.

En 1908, l’empereur Guangxu meurt empoisonné à l’arsenic, probablement sur ordre de Tseu Hi. Elle-même meurt le lendemain, d’une maladie subite du foie, mais on parle d’empoisonnement. À 73 ans, l’Impératrice laisse la Chine dans le chaos. La veille, elle avait désigné pour successeur, le petit-fils de son ancien amant, un enfant de deux ans, Puyi  dont Bertolucci portera à l’écran la vie tragique dans “Le dernier empereur”.

En effet, balayée par la révolution de Mao, la dynastie de Qing s’éteint avec Puyi qui sera détrôné, humilié et emprisonné avant de finir comme jardinier.

Dans la Cité Interdite, un fantôme continue de hanter les couloirs et les jardins du Palais, Yehonala, concubine ensorceleuse devenue Tseu Hi, la dernière impératrice de la Chine Céleste.

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