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Samia Gamal, la légende de la danse orientale

Écrit par Fatéma Chahid

Avec une grâce inimitable et un charme ensorceleur, un sourire ravageur et un corps sculptural, Samia Gamal a incarné l’art de la danse orientale dans ses beautés et ses sortilèges. Également actrice, elle a notamment tourné en 1954 à Taroudant, le film de Jacques Becker “Ali Baba et les 40 voleurs”.

De son vrai nom Zaynab Ibrahim Mahfoud, Samia Gamal naît le 22 février 1924, dans le village de Wana, en Haute Egypte. Son père, ouvrier aux champs, abandonne sa première femme pour épouser une jeune et jolie brune. De ce mariage naîtra Zaynab. Son père ne travaillant que de façon irrégulière, la petite fille va connaître la misère. À 7 ans, elle sera aussi privée d’amour quand sa mère décède. Le père retourne à sa première femme dont Zaynab subira la cruauté et la maltraitance.
À 14 ans, elle refuse le mariage que veut lui imposer sa belle-mère avec le chef du village, un homme fortuné mais âgé. Zaynab arrive à se procurer son extrait d’acte de naissance et le présente comme preuve de son jeune âge aux autorités. Le mariage n’aura pas lieu, mais par vengeance, la belle-mère redoublera de méchanceté envers l’adolescente.
Quand le père meurt, Zaynab à 15 ans. Elle fuit avec sa demi-sœur au Caire où elles s’installent près du bazar Khan-al-Khalili qui regorge de trésors. Zaynab est attirée par les articles de danse orientale.

Zaynab se métamorphose en Samia
Pour survivre, elle travaille chez une couturière. Zaynab découvre la musique à la radio et danse toute seule. Une voisine remarque son art de bouger et lui propose de devenir danseuse. Elle l’emmène au cinéma, une révélation pour la jeune campagnarde. Dans ce film “La reine des théâtres”, elle tombe en admiration devant la célèbre Badia Masabni, fondatrice syro-libanaise de la danse orientale moderne et grande organisatrice de spectacles ; connue également pour avoir lancé la carrière de nombreuses stars comme Farid al-Atrach, Mohammed Fawzi, Ismaël Yassine, la danseuse Tahiya Carioca et bien d’autres encore. Zaynab rêve d’être elle aussi un jour sous les feux des projecteurs.
Par chance, Zaynab est présentée à Badia Masabni qui l’accepte au sein de sa compagnie “Casino Badia” et lui donne comme nom d’artiste : Samia Gamal, jugeant que “Zaynab” faisait “vendeuse de pop-corn”. Cette rencontre va bouleverser sa vie.
Sous la direction de Badia Masabni, Samia travaille avec passion et cherche son style. Dans la troupe, c’est la grande Tahia Carioca qui tient le rôle-vedette, alors que Samia fait partie des danseuses chargées de la mettre en valeur. Tahia “Carioca”, surnommée ainsi car elle excellait dans la danse brésilienne, pouvait danser dans un mouchoir de poche à l’inverse de Samia qui aura besoin d’espace plus tard pour ses éblouissantes chorégraphies.

Une féminité à fleur de peau
L’occasion est donnée un jour à Samia Gamal de danser en solo mais, tétanisée et incapable de bouger, elle doit abandonner la scène sous les huées du public.
Dans une interview, où elle évoque ses débuts, elle avouera qu’à cette époque, elle ne distinguait pas sa gauche de sa droite.
Cet échec pousse Samia Gamal à devoir se perfectionner. Elle disparaît deux mois pour prendre des cours de ballet auprès d’Isaac Dickson qu’elle paiera avec ses maigres revenus. La danse classique va lui permettre la bonne maîtrise de son corps et de ses gestes. Elle acquiert légèreté et souplesse. Elle achète de vieux disques chez un marchand ambulant et, à la maison, s’entraîne sans cesse devant le miroir. Douée et créative, Samia apprend ainsi à interpréter différents styles de danses, comme la danse pharaonique, orientale, indienne, et toutes les danses modernes occidentales.
Quand elle se sent prête, elle se présente au Casino Masabni pour monter sur scène en solo. À force de recherche artistique, Samia a développé un style original, libre et expressif. Elle a enrichi l’art oriental en lui intégrant des mouvements de danse classique et latine. Conseillée par Ivana, sa professeure de ballet, Samia innove en dansant avec un voile, ce qui ajoute de la magie et du fantasme. On sent chez elle le bonheur de danser, tout son corps est habité par la musique, ondulant comme une liane, avec un déhanché lascif, une sensualité raffinée, une élégance innée. Une féminité à fleur de peau. Et ce sourire irrésistible qui fait son identité et ravit les cœurs.
Cette fois, c’est un triomphe absolu : le public est séduit, conquis par le style, la grâce et le charme de Samia dont la carrière est ainsi lancée comme grande danseuse professionnelle.

“Danseuse orientale nationale”
À seulement vingt ans, elle devient la vedette du spectacle et son salaire ne cesse d’augmenter jusqu’à faire d’elle la danseuse la mieux payée d’Egypte. Très demandée, elle va se produire dans les meilleurs clubs et cabarets du pays.
Le roi Farouk d’Egypte la consacre même “Danseuse orientale nationale”.
Le cinéma s’intéresse à elle, d’abord comme figurante dans deux films en 1939, avant de faire l’autre grande rencontre de sa vie avec Farid Al Atrach. Adolescente, elle était très fan du célèbre chanteur sans l’avoir jamais vu. Un jour, au Casino, Samia regarde un magazine, où un homme est en couverture et elle demande: “Qui est ce monsieur ?”. Derrière elle, une voix répond “C’est moi, Farid Al-Atrach !”. Samia se retourne, voit son idole et s’évanouit.
C’est le début d’une belle histoire d’amour. À la vie comme à l’écran, ils deviennent inséparables, un couple mythique qui affichera sa passion au grand jour. Farid Al-Atrach lui propose un rôle à ses côtés dans “Intissar acchabab” (Victoire de la jeunesse) en 1941, puis le duo enchaîne les films, surtout des comédies musicales comme “Ahebbak inta” (C’est toi que j’aime) de Ahmed Badrakhane, “Mat oulchi lhad” (Ne le dis à personne), “Habib al omr” (L’amour de ma vie), le pétillant “Afrita hanem” (Madame la diablesse) de Henry Barakat, et l’opérette culte “Bissat errih” (Le tapis volant). Quand elle danse, Samia crève l’écran et subjugue le spectateur.
En 1951, Samia Gamal rompt avec Farid Al Atrach qui refuse de se marier avec elle, car il est convaincu que “le mariage tue l’art”.

Des danses glamour
Au cours d’un voyage, elle rencontre le milliardaire texan Sheppard King. Ils se marient et vont vivre à Houston. Pour elle, il se convertit à l’Islam et devient son manager pour une tournée dans les meilleurs théâtres des États-Unis. Samia gagne des fortunes mais quand elle se rend compte que son mari lui vole tous ses revenus, elle divorce et rentre en Egypte en 1953.
Samia ramène avec elle un nouveau style de danse inspiré de l’art chorégraphique américain dont elle fera des arabesques orientales. Elle ajoute du glamour en dansant avec de talons hauts.
Elle tourne dans une quarantaine de films avec les plus grands acteurs de l’époque comme Abdelwahab, Farid Chawqi, Anwar Wagdi.
Sollicitée par le cinéma international, Samia joue dans “La Vallée des rois” avec Robert Taylor, et au Maroc “Ali Baba et les 40 voleurs” de Jacques Becker avec Fernandel, dans la ville de Taroudant, en 1954.
Après une liaison avec un riche député, Abdel Fatouh, puis avec le jeune compositeur Baligh Hamdi, Samia Gamal va se stabiliser en se mariant en 1960 avec le grand acteur Roshdi Abada, le Don Juan du cinéma égyptien. Il lui donne le premier rôle féminin dans tous ses films. Au bout de dix-huit ans, Samia ne supporte plus les excès de son mari et le quitte en 1978.
Elle jouera et dansera encore dans quelques films avant de se retirer complètement au début des années 80.
Elle décède le 1er décembre 1994, d’un cancer, après un coma de six jours. Elle avait 72 ans.
Comme Marylin Monroe, Samia était femme-enfant, sexy et lumineuse, incomprise et vulnérable, avec ce splendide sourire qui cache les blessures de l’âme et les écorchures du cœur.
Surnommée “le papillon dansant”, Samia Gamal continue de virevolter dans nos mémoires éblouies, à jamais marquées par celle qui incarne la grande légende de la danse orientale.

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