Femmes du monde

Mata Hari, la belle espionne

Écrit par Fatéma Chahid

Courtisane et danseuse exotique pendant la Belle Époque, cette beauté néerlandaise aurait joué le rôle d’agent double lors de la Première Guerre mondiale. Reconnue coupable d’espionnage, elle est fusillée à 40 ans. Mata Hari devient un mythe et une figure romanesque du 20ème siècle.

Une “Mata Hari” est devenue une expression symbolisant une séductrice mystérieuse et traîtresse qui joue double jeu. Margaretha Geertruida Zelle, connue sous le nom de Mata Hari naît le 7 août 1876 à Leevarden. Fille d’un riche fabricant de chapeaux et de capes néerlandais, elle est destinée à mener une vie bourgeoise et confortable. Son père la fait vivre dans le luxe et la convainc d’être promise à un brillant avenir.

Quand sa mère meurt et que son père fait faillite, la jeune fille est placée en tutelle chez un oncle, négociant à la Haye qui la fait entrer dans le pensionnat le plus huppé de la région. Là, Margaretha commence à fantasmer et s’invente un passé glorieux auprès de ses camarades. Lors de ses études à Leyde pour devenir institutrice, elle est renvoyée de l’école, à cause du scandale de sa liaison avec le directeur.

À dix-huit ans, en réponse à une annonce matrimoniale, elle rencontre un officier de la marine néerlandaise, Rudolf Mac Leod, de vingt ans son aîné. Ils se marient et partent vivre en Asie où le capitaine Mac Leod est affecté à l’île de Java. Il se révèle alcoolique et violent. Fascinée par la culture du pays, la jeune mariée s’habille à la javanaise, parle le javanais, apprend les danses locales et s’initie à l’art des pratiques amoureuses et de la séduction des femmes asiatiques. Son couple est mal assorti, perd un enfant et finit par divorcer. En 1903, alors qu’elle est âgée de vingt-sept ans, Margaretha déménage à Paris où elle est certaine de trouver des hommes aisés pour l’entretenir. D’abord écuyère de cirque, la belle va triompher dans un autre milieu.

Une courtisane très appréciée

Dans ce Paris de la Belle Époque, la jeune femme devient une courtisane, une “grande horizontale” renommée et très appréciée d’hommes fortunés et puissants. Elle s’invente un personnage exotique, se dit danseuse javanaise et prend le nom de Mata Hari qui signifie “soleil” ou “œil du jour” en maltais.

Le 13 mars 1905, Emile Guimet, orientaliste fortuné et fondateur du Musée Guimet, l’invite à venir danser dans la bibliothèque du musée, transformé pour l’occasion en temple hindou. Habillée en princesse javanaise, entourée de quatre servantes, Mata Hari va se livrer à un striptease exotique en hommage au dieu hindou Shiva, dans une danse sensuelle où elle se dénude lentement en jetant un à un tous ses voiles. Le public est envoûté, Paris est conquis. Ce numéro d’effeuillage, sous couvert de danse orientale fait de Mata Hari une égérie de la Belle Époque. Femme de grande taille (1,75 m), élancée et bien faite, avec une peau cuivrée sous une chevelure de jais, un regard ténébreux et une bouche sensuelle, elle séduit tous les spectateurs qui viennent en foule admirer ses danses exotiques. Invitée dans toutes les capitales d’Europe, elle amasse une véritable fortune et mène grand train. Les échotiers de l’époque la suivent comme une star et parlent de ses bijoux, ses fourrures, ses chapeaux et ses chiens, tout en comptant ses nombreux amants, tous riches et célèbres, banquiers et hommes politiques ou compositeurs tels Massenet et Puccini.

L’espionne idéale

Personnalité flamboyante, elle crée autour d’elle une légende : elle serait née à Java où elle aurait été initiée par les prêtres de Shiva aux secrets de son culte et de ses danses, son père serait un baron et son mari un très haut gradé de l’armée.

La carrière de Mata Hari sera entachée par sa liaison avec un lieutenant allemand, Alfred Kiepert. Elle perd nombre de ses puissants protecteurs et se retrouve endettée, réduite à jouer dans des lieux populaires et mal famés.

En 1915, elle doit vendre son luxueux hôtel particulier de Neuilly, ses fourrures et ses bijoux et s’installe dans une modeste maison à la Haye.

La vie de Mata Hari prend un autre tournant quand elle reçoit la visite du Consul d’Allemagne, Carl H. Cramer. Il voit dans cette belle courtisane l’espionne idéale, capable d’user de ses charmes pour extorquer des informations dans les cercles du pouvoir, parlant plusieurs langues et pouvant franchir les frontières aisément, son pays d’origine les Pays-Bas étant resté neutre durant le conflit.

Il lui propose de rembourser toutes ses dettes en échange de renseignements stratégiques pour l’Allemagne et de revenir vivre à Paris.

Dans la capitale, Mata Hari rencontre, en septembre 1916, le Capitaine Georges Ladoux, chef des services du contre-espionnage français, pour un problème de laissez-passer. Comme  Cramer, il lui propose de mettre ses relations internationales et ses atouts de femme au service de la France contre une rémunération d’un million de francs, Mata Hari accepte d’aller espionner le Haut commandement allemand en Belgique. On apprendra plus tard que la belle a été bernée, n’ayant jamais obtenu l’argent promis.

Confidences sur l’oreiller

Après un séjour en Belgique où elle reçoit une formation au centre de renseignements allemand d’Anvers, elle embarque en mai 1916 pour l’Espagne, où elle fréquente à Madrid les membres des services secrets, dont la célèbre Marthe Richard, toutes deux sous le commandement du Colonel Denvignes. Mata Hari est très courtisée par de nombreux officiers alliés. Volage et imprudente, elle va commettre une erreur fatale. En janvier 1917, Mata Hari séduit l’attaché militaire allemand à Madrid, le Major Kalle, et lui confie, sur l’oreiller être l’espion allemand H-21. Il transmet alors un télégramme chiffré à Berlin sur l’existence de l’agent double H-21. Les services français interceptent le message et identifient Mata Hari. Elle se retrouve ainsi au milieu de la guerre des services secrets en pleines manœuvres de manipulation et d’intoxication de part et d’autre et forcée de rentrer à Paris.

Le contre-espionnage français fait une perquisition à son domicile et trouve des télégrammes chiffrés et un reçu de paiement de 20.000 francs versés par le Consul allemand aux Pays-Bas, “pour prix de mes faveurs”, se défend-elle. Rien de très important à charge, pourtant Mata Hari est arrêtée le 13 février 1917 par le Capitaine Pierre Bouchardon qui la soumet à un interrogatoire serré à la prison Saint-Lazare.

Condamnée à mort pour espionnage

Accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne, abandonnée de tous, la sulfureuse courtisane passe du statut d’idole à celui de coupable idéale dans une France traumatisée par les ravages de la guerre. Son affaire déchaîne les passions. Après un procès sommaire et une défense bâclée, Mata Hari est condamnée à mort pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre. Sa grâce sera rejetée par le Président Raymond Poincaré, pour exemple de fermeté face au crime de trahison.

Elle est exécutée, par fusillade, à l’aube du 15 octobre 1917, dans le bois de Vincennes. Refusant qu’on l’attache au poteau ni qu’on lui bande les yeux, elle lance au peloton d’exécution formé de douze zouaves, un ultime baiser.

Un siècle après sa mort, Mata Hari n’a pas livré tous ses secrets : traîtresse ou victime expiatoire ? Séductrice manipulée ou véritable agent double ? Son personnage continue de susciter des interrogations tout en gardant son mystère absolu.

Incarnée à l’écran par les plus grandes stars comme Greta Garbo, Jeanne Moreau ou Marlène Dietrich, Mata Hari demeure l’icône de la femme fatale qui fascine autant qu’elle intrigue.

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