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Marocaines du monde: Parcours inspirants

Écrit par Khadija Alaoui

En politique ou dans les affaires, dans le social ou le leadership, les Marocaines du Monde constituent une mine d’or de compétences, d’expertise et de savoirs. Et même si elles ont choisi d’évoluer sous d’autres cieux, elles tissent toujours des liens avec leur pays d’origine.

millions de Marocains vivent à travers le monde. Leur valeur est indéniable tant pour le pays d’accueil que la terre d’origine, car loin des clichés véhiculés par certains médias, ces hommes et femmes sont un véritable vivier de compétences. “Pour le CCME, tout Marocain à l’étranger est une compétence et a une compétence à apporter au Maroc, qu’il soit ingénieur de recherche, artisan, footballer, chanteur d’opéra ou assistant social”, confirme Ghislaine Elabid, elle-même Marocaine du Monde, née en Normandie et travaillant actuellement au sein du conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME). Cet organisme qui analyse et évalue les politiques publiques adoptées au Maroc du point de vue des Marocains vivant hors de leur pays, publie régulièrement des rapports pour défendre les intérêts des expatriés marocains, tout en œuvrant à renforcer leur contribution au développement économique, social et humain du pays. “Une politique nationale intégrée de mobilisation des compétences et d’accompagnement de la mobilité, cohérente, associant l’ensemble des acteurs publics et privés, apparaît comme une impérieuse nécessité. Régulièrement évaluée et mise à jour, elle devrait se donner comme objectif d’aboutir à terme à une dynamique positive des flux nets de mobilité des compétences pour le Maroc”, insiste le CCME dans une étude intitulée “Les compétences marocaines de l’étranger : 25 ans de politiques de mobilisation”.

Najat Azmy, actions politiques et engagement associatif

Quand elle pense à ses premières années en France, Najat Azmy évoque d’emblée un climat rude et un cadre hostile. Pourtant, à force de courage et de volonté, elle trace son chemin, décroche son Baccalauréat et entame des études de droit. Le sport est fortement présent dans sa vie estudiantine, et la gymnastique l’aidera à réussir son intégration. Elle fait ses premiers pas dans l’administration publique et gravit doucement mais sûrement tous les échelons, jusqu’à occuper la fonction de Chargée de mission, politiques publiques au Commissariat Général à l’Egalité des Territoires à Paris.

L’engagement associatif de Najat Azmy en faveur de l’orientation des jeunes et le droit des femmes n’a jamais faibli pendant ses années de carrière dans la fonction publique. Bien au contraire. En 2001, c’est tout naturellement qu’elle s’engage sur la scène politique. Élue à la ville de Roubaix, elle devient adjointe à l’Education en charge de “L’Éducation citoyenne”. En 2007, Najat Azmy est la première femme d’origine marocaine à obtenir une investiture pour porter les couleurs du PS  dans sa région d’adoption (10ème circonscription du Nord de la France). Au cours de cette même année, elle est nommée par le Roi Mohammed VI en tant que conseillère de la communauté marocaine de l’étranger (CCME), et est identifiée par l’ambassade des États-Unis en tant que personnalité politique leadership…

Le parcours de Najat Azmy est parsemé d’initiatives audacieuses et innovantes. C’est ainsi qu’en 2005, elle collabore avec l’association Coexister à Paris composée de jeunes de toutes confessions, croyants ou non, au service du bien vivre ensemble dans le but de transmettre les valeurs de fraternité, de lutter contre le racisme et l’antisémitisme. Dans la foulée, elle participe à la création du Conseil National de la diversité afin de favoriser l’accès aux postes politiques des personnes issues de la diversité, et co-fonde l’association Les Mariannes de la diversité pour l’accès égal des femmes aux postes politiques et aux responsabilités… Les projets pleins la tête, Najat continue à œuvrer avec un rare engagement pour des thèmes liées  aux droits des femmes, la laïcité, l’École, l’inter-religieux, la culture etc. “Nous débattons pour faire avancer ces sujets notamment auprès des décideurs”, précise-t-elle.

Najat compte organiser au cours de cette année 2019, des rencontres “de jeunes marocaines et marocains du monde à la découverte des marocains du Maroc au sein de l’université, des institutions marocaines, de personnalités marocaines tant dans l’administration centrale que dans les grands groupes.” Vaste programme !

Hanane Benkhallouk, une femme d’affaires qui mise sur le capital humain

Formée à l’école publique marocaine (Lycée Chawki et l’ISCAE), Hanane Benkhallouk est partie aux États-Unis en 1996 pour y décrocher un MBA en marketing et finances. “L’idée était de revenir au pays une fois le diplôme en poche, mais je pense que je me suis habituée à la vie new yorkaise, et j’y ai démarré ma carrière dans la finance, au sein d’institutions bancaires et dans l’assurance”. Des rencontres vont pourtant la faire changer de cap. La première est celle faite avec une jeune marocaine de 19 ans venue rejoindre son mari, mais rapidement abandonnée par ce dernier. Appelée à la rescousse pour servir de traductrice, Hanane découvre que sa jeune compatriote avait une passion pour les bijoux, et l’encourage dans cette voie. “Au bout de 2 ans, l’affaire de cette femme a pris forme et elle est devenue une entrepreneure”, se rappelle Hanane. Sa vocation est née. Aider les femmes vers plus d’autonomisation sera sa mission. Elle fonde alors C2C (Concept to Completion), un cabinet de conseil tourné vers les micro-entrepreneurs et les petites entreprises. En 2005, et après avoir obtenu un diplôme en franchises internationales, Hanane s’installe à Dubaï où elle donne un nouveau tournant à sa carrière. Elle assume alors des postes de direction en vente et marketing, communication et développement commercial. Sa passion pour l’entreprenariat toujours intacte, Hanane rejoint l’équipe de direction du “Human Capital Challenge” lancé par la fondation Mohammed bin Rashid Al Maktoum. Elle est nommée directrice des projets d’entreprenariat et d’innovation dans le monde arabe. “J’ai réalisé que j’avais une mission dans la vie”,  dit-elle. Ce nouveau challenge permet en effet à Hanane de contribuer à “à aider au développement du leadership, du savoir et des compétences humaines du monde arabe.” Hanane se rend compte qu’il y avait “un fossé entre nos institutions et les compétences dans le monde du travail. Ce constat m’a changée et j’ai réalisé que je ne voulais pas être là en tant que partie du problème, mais comme solution.” Elle monte alors son cabinet “Sustain Leadership consultancy”, spécialisé dans “la création de stratégies commerciales mesurables et percutantes qui résolvent les problèmes organisationnels, maximisent les profits et renforcent l’impact social.”

Fortement impliquée dans le mentorat et le leadership en faveur des femmes, Hanane Benkhallouk a été récompensée à plusieurs reprises pour son action. Ainsi, elle a reçu le prix “Woman in Leadership of the year award” à Sharjah en août 2018, et le prix “Woman leader in knowledge management” décerné par le Middle East Excellence Institute à Dubaï.

Au Maroc, Hanane aimerait développer des outils de crowdfunding des microentreprises, impliquant également la diaspora dans une belle action de solidarité agissante.

Nadia El Yousfi, l’assistante sociale devenue sénatrice

Née à Casablanca, Nadia El Youfsi a rejoint en 1975 avec sa famille son père en Belgique. Elle avait alors 9 ans, et avait déjà démarré sa scolarité au Maroc. Elle se révèle une élève studieuse et brillante. Ses toutes premières années à Bruxelles sont empreintes de solidarité et de chaleur familiale et humaine dans un quartier où plusieurs communautés cohabitaient pacifiquement. Mais très vite, son quartier devient presque exclusivement arabe, avec une connotation négative. Stigmatisation, discrimination, racisme, injustice, harcèlement de la part des forces de l’ordre… “Ma famille a subi le racisme de la police et nous avons été la première famille à déposer une plainte contre les autorités”, se souvient Nadia. Et elle qui se destinait à une carrière de médecin décide de changer de voie et de s’impliquer davantage dans la vie de son quartier,  en devenant porte-parole des jeunes de sa commune. Elle exerce le métier d’assistance sociale et de médiatrice communale pendant 14 ans. Une fonction qui n’a pas été de tout repos, mais qui a permis à Nadia de s’impliquer pour “améliorer l’accès à la naturalisation tant au niveau des frais que des procédures”, mais aussi d’être à l’origine, par exemple, de de la création des maisons de quartiers. Confrontée sur le terrain à de multiples problèmes et tracasseries du fait de sa fonction d’intermédiaire entre le citoyen et le politique local, elle décide en 2004 de se jeter dans l’arène politique. Elle est élue. Elle devient déléguée à la Communauté française de Belgique en 2013 et sénateur de la communauté française en 2014. Travaillant toujours sur le terrain, Nadia continue à œuvrer pour instaurer plus d’équité et de justice entre tous les citoyens.

“En tant que femme, d’origine étrangère et musulmane, c’est un cheminement qui n’est pas évident du tout. J’ai puisé ma force et mon engagement des injustices subies par mes parents, mais aussi de l’attitude de mon père qui a toujours été digne. Face aux humiliations, il a toujours gardé son sourire”, aime-t-elle se rappeler. Et c’est ce sourire sublime qui a aidé Nadia à cheminer dans la vie. “Si on veut avancer, il ne faut jamais baisser la tête. Si on veut battre son adversaire, il ne faut pas crier, mais opter pour des méthodes pacifiques.” C’est cette philosophie de vie que Nadia El Yousfi a fait sienne qui lui donne le courage nécessaire pour combattre les stéréotypes, les inégalités et le racisme. 

Entretien avec Ghislaine El Abid 

Née à Rouen, Ghislaine El Abid elle est diplômée de la Rouen Business School et de l’ESC Idrac Paris en marketing et titulaire d’un DEA en sociologie politique à l’université Paris Vincennes. Après des expériences réussies dans le marketing et la communication dans le privé et le semi public (résonnance, PTV, EDF) et après une thèse sur le triptyque migrations /tourisme/développement en sciences politiques et géographie à l’université Paris 1 Sorbonne et au CERI Sciences po Paris, elle rejoint l’équipe du CCME en 2008.

Vous avez contribué à l’ouvrage les compétences marocaines à l’étranger. Que pourriez-vous nous en dire ?

Cette étude publiée par le CCME, inédite en la matière s’est penchée sur 25 ans de politiques de mobilisations des compétences marocaines à l’étranger. Nous avons retracé l’histoire des initiatives enclenchées par le Maroc en direction de sa diaspora marocaine à l’étranger. Nous nous sommes rendu compte, que nous ne pouvions finalement pas parler de politiques mais plus d’initiatives, qui se sont succédées chronologiquement mais que nous ne pouvons définir aujourd’hui comme politique et stratégie politique de mobilisation des compétences. Une des principales recommandations de cette étude est d’ailleurs la création d’une agence de mobilisation et de mobilité des compétences. Enfin, dans cet ouvrage, nous avons montré que les Marocains à l’étranger, sont de réels acteurs de développement du territoire, aussi bien au Maroc que dans leur pays de résidence.

Nous avons également montré que les actions de développement peuvent aussi bien passer par des actions humanitaires que par le transferts de compétences ou technologiques, les investissements et bien d’autres domaines encore.

Cet ouvrage s’est basé sur nos recherches, mais également des entretiens et consultations des différents acteurs concernés : qu’ils soient institutionnels marocains, internationaux, académiques ou issus de la société civile.

Les compétences qui brillent à l’international gardent-elles des liens d’attachement avec le pays d’origine ?

Le CCME avait mené une étude qui démontrait que les Marocains à l’étranger sont attachés au pays d’origine mais sont également très enracinés dans leur pays de résidence. Cela vaut pour les différentes générations.

Les activités menées par le CCME ont également pu mettre en lumière que malgré les kilomètres et les années qui séparent parfois ces Marocains et le Maroc, le lien est indéfectible. Plus encore, une marocaine à l’étranger me disait que l’image du Maroc avait été cristallisée dans la mémoire des anciens, et confiée presque comme un héritage à leur descendance. C’est ce que Bourdieu appelle l’habitus.

Quels sont leurs domaines d’expertise ?

Les domaines d’expertise sont vraiment divers et variés : Cela va de la médecine, aux nanotechnologies, la physique quantique, les énergies renouvelables, l’enseignement, l’art, le chant, la danse,  la poésie, l’aéronautique, l’humanitaire, le juridique, la politique, le journalisme, l’audiovisuel, le cinéma… Bref, tous les champs de compétences sont couverts par nos compatriotes.

Enfin, j’aimerai aussi préciser que le CCME s’est toujours attaché à faire travailler, ensemble, les Marocains d’ici et d’ailleurs. C’est la marque de fabrique du Conseil. 

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