Fdm en coulisses

Une journée avec… la commissaire Meriem Rabiai

Écrit par Fedwa Misk

À 27 ans seulement, Meriem Rabiai est la plus jeune commissaire de l’aéroport de Casablanca.

S'il y a bien une chose qui saute aux yeux dès l’arrivée à l’aéroport, c’est la grande popularité de la commissaire Meriem Rabiai. Ses collègues la saluent avec une chaleur non feinte qu’elle leur rend généreusement avant de prendre place derrière son bureau.

La paperasse n’est pas son passe-temps favori, mais Meriem prend le temps de lire avec grande attention toutes les notes de la direction, ainsi que le rapport du commissaire de permanence qui ne tarde pas à faire son apparition. Après quelques échanges amicaux, les consignes sont passées et notre jeune commissaire prend les rênes du plus grand aéroport du pays.

Avant de vaquer à ses tâches, Meriem reçoit des femmes de ménage afin de régler à l’amiable quelques conflits mineurs. “Non, cela ne fait pas partie de mes fonctions, mais je veille à préserver une bonne ambiance de travail pour tous”, explique-t-elle avec le sourire.
Nous commençons la tournée quotidienne par les départs. Le terminal 2 est archi-comble en cette journée du samedi. Une file de 250 personnes est desservie par moins de huit agents au contrôle des passeports. Meriem demande du renfort aux arrivées, plutôt calmes en début de journée.

Dans la grande foule qui s’achemine difficilement vers le contrôle, il ne fait pas bon traîner, et encore moins griller la file. C’est ainsi que lorsque trois ressortissants du golfe se présentent in extremis pour embarquer, la commissaire les enjoint fermement de regagner la fin de la file… avant de leur permettre de passer pour ne pas rater leur vol. “Les délais d’embarquement ne sont pas exigés pour rien. Il est facile de prétexter le retard pour éviter la foule, mais c’est injuste pour tous les autres qui attendent depuis des heures”, commente la commissaire.

Les entorses du genre sont légion. Lorsqu’on accorde la priorité à une dame malade sur chaise roulante, ses trois filles estiment avoir le droit au même traitement, n’hésitant pas à manquer de respect aux voyageurs qui osent protester. Mais Meriem les remarque et les renvoie avec tout juste la dose d’autorité qu’il faut pour se faire entendre.

Nous suivons, au bureau de la police, un jeune adolescent essoufflé qui a oublié de convertir ses dirhams. Normal pour un premier voyage en avion et le stress qui précède sa participation à “Arabs’ Got Talent” ! Meriem lui souhaite bonne chance et une meilleure concentration.

À l’intérieur du bureau, face à la chef de brigade en permanence, une jeune femme se ronge les ongles. Elle est arrêtée pour un chèque sans provision. Son mari et elle se creusent les méninges pour se rappeler de l’objet du forfait. Pour les aider, on leur dévoile le montant : 900 dirhams ! Le mari, agacé, veut payer de suite et prendre l’avion. Hélas, “cela ne dépend pas de nous, mais de la police judiciaire et du procureur du roi”, répond Meriem. Et d’ajouter : “On a déjà arrêté des voyageurs pour 200 dirhams !” Et non, on ne joue pas avec la banque…

Entre une voyageuse atteinte d’Alzheimer, qui ne retrouve pas sa carte de séjour, et un ex-moniteur des F.A.R. qui doit prouver sa démission, un état d’alerte interpelle la commissaire. Un voyageur s’effondre et perd conscience. Il s’agit d’un ressortissant coréen, tout en sueur. On le sort de la file pour éviter la panique générale, en attendant le médecin. De longues minutes s’écoulent, glaçant l’ensemble du personnel et des voyageurs qui, depuis l’alerte Ebola, deviennent de plus en plus suspicieux… Après l’interrogatoire et un examen rapide, le diagnostic est établi : une bouteille de vodka ingurgitée le ventre vide !

La longue file ne désemplit pas. On note sans étonnement des regards séduits par la présence de la jeune femme, mais sans écart au respect qui lui est dû.

Un scanner dans les yeux, Meriem scrute les voyageurs un à un. “Avec l’expérience, nous apprenons à reconnaître des signes d’angoisse qui peuvent dénoncer des actes illégaux”, nous dit-elle. En effet, des doutes émis au sujet d’une Congolaise incitent à des fouilles poussées. Sans grande surprise, on découvre un faux passeport français avec une carte d’embarquement pour Paris, bien enroulés dans un préservatif et cachés… dans son vagin !

Du côté des arrivées, nous suivons la commissaire Meriem Rabiai pour observer les avions en provenance d’Afrique noire ou d’Orient. Les risques d’Ebola et de menaces terroristes sont les principales sources d’inquiétude actuelles. Tous les corps de la police sont engagés dans ces luttes.

C’est en fin d’après-midi que le déjeuner est possible pour Meriem. “C’est une journée qu’on peut qualifier de tranquille. Certaines sont beaucoup plus longues ou plus conflictuelles”, confie-t-elle avec le sourire en laissant enfin respirer ses pieds ! .

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