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Femmes du djihad Les mères des futurs faux “lions de l’islam”


La mort de Hasna Ait Boulahcen lors du raid mené à Saint-Denis a relancé le débat sur la question des femmes djihadistes. Qui sont ces femmes qui rejoignent les rangs de Daesh? Qu’espèrent-elles ? à quoi rêvent-elles ? Enquête.

haque jour, deux à trois personnes quitteraient le territoire français pour aller mener la guerre sainte en Syrie. Parmi ces candidats aux djihad, on compte de nombreuses femmes. Quelquefois très jeunes, elles quittent leur foyer sans crier gare. Parfois, les proches ont droit à une lettre, comme dans le cas de cette famille du Val d’Oise dont l’adolescente de 14 ans a gagné la Syrie. Elle y dit partir “pour le pays où l’on n’est pas empêché de suivre sa religion”. Le genre d’explications qui suscite l’incompréhension dans des familles où la religion n’occupe pas le premier plan.

Mais la France n’est pas le seul pays concerné par cette vague de départs. D’avis d’experts, l’Europe, les états-Unis et l’Australie sont touchés de la même manière, avec une prédominance pour le Royaume-Uni.

Si on estime aujourd’hui à 10% le nombre de femmes parties faire le djihad en Syrie, David Thompson, journaliste et auteur de l’enquête Les Français djihadistes, estime qu’il y aurait entre 100 et 150 Françaises avec enfants en Syrie.

le mariage : clé d’entrée au paradis

D’après lui, ces femmes ne peuvent rejoindre les rangs de Daesh qu’à travers le mariage et suivant trois scénarios. Une première catégorie regroupe celles qui obtiennent la promesse de mariage d’un djihadiste français déjà parti, via Skype ou les réseaux sociaux. Une fois la femme sur place, le futur époux appelle la famille restée en France et demande l’autorisation de mariage au père. S’il refuse, les djihadistes contestent sa légitimité et le rangent dans le camp des mécréants, se passant de son accord. Dans une deuxième catégorie, on trouve celles qui étaient mariées avec un djihadiste et qui partent le rejoindre avec les enfants. Enfin, il faut aussi compter sur celles qui se marient sur le sol français dans le but de partir en Syrie.

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Le recrutement

Attirer ces femmes est un jeu d’enfant pour les recruteurs de Daesh. Une connexion et le tour est joué. C’est ainsi essentiellement via Facebook ou Skype que débute le processus de recrutement. Il commence par un échange de textes religieux et de vidéos puis, dans un deuxième temps, se poursuit par des conseils et des encouragements à partir en Syrie. Ensuite vient l’étape décisive du départ.

Par quels arguments les djihadistes parviennent-ils à convaincre ces femmes ? D’après les spécialistes de la question, les textes et les vidéos des djihadistes exercent un réel pouvoir de fascination sur ces femmes. “Une fois là-bas, elles pensent qu’elles pourront bénéficier des faveurs du martyr. Elles croient que leur mari, mort au combat, pourra les faire entrer au paradis”, explique David Thompson.

Selon lui, les “sœurs” installées en Syrie jouent également un rôle de facilitatrice entre les futures recrues en France et les djihadistes sur place. Elles se servent ainsi de Facebook pour poster des promesses de mariage sous forme de petites annonces. Mais pourquoi ne pas épouser des Syriennes ? Il faut croire que la langue constitue une réelle barrière entre djihadistes et locaux. Rares sont les combattants qui parlent arabe, ce qui les empêche de se rapprocher des Syriennes. Leur but, “constituer une communauté française en Syrie”, explique le journaliste.

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La conversion par le viol

L’idéologie perverse de Daesh et le détournement de l’islam à des fins criminelles n’ont décidément pas de limite. Après avoir instauré un commerce d’esclaves sexuelles vendues pour le prix d’un paquet de cigarettes et exécuté des femmes qui refusaient d’avoir des relations sexuelles avec des combattants, le pseudo-état islamique encourage ses djihadistes à violer les femmes en bandes organisées. Le leader du groupe terroriste, Abu Bakr Al Baghdadi, a décrété qu’une femme violée par au moins 10 combattants différents devenait automatiquement musulmane. La plupart de ces femmes sont des Yézidies, un groupe non musulman d’Irak. Nour, l’une d’elles, a révélé qu’un djihadiste fou avait brandi la lettre du chef de Daesh qui circule en ce moment, avant de la violer et de “céder” la jeune femme à onze de ses amis qui ont fait de même au nom de leur idéologie perverse. Les experts pensent qu’en réalité, Daesh est entrée dans une surenchère désespérée pour satisfaire des combattants de plus en plus sceptiques durant une phase critique. En effet, les attaques russes font des dégâts dans les rangs de Daesh et les difficultés financières amputent les soldes des combattants. Résultat: nombre de jeunes qui rejoignent les rangs des guerriers mercenaires le font davantage pour le sexe que pour une pseudo-guerre sainte.

 

Les raisons de leur enrôlement

Si la majorité des femmes partent dans l’idée de rejoindre leur mari avec leurs enfants, les motivations de certaines recrues s’avèrent plus complexes. D’après le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar, directeur de recherches à l’école des hautes études en sciences sociales, trois profils principaux se dégagent.

La majorité des converties sont des jeunes filles issues des classes moyennes à qui l’on fait miroiter une fausse idée de l’engagement humanitaire. Vulnérables et naïves, elles sont persuadées de la noblesse de leur engagement et de l’importance de leur implication dans  la lutte contre le régime sanguinaire de Bachar al-Assad.

Viennent ensuite des jeunes femmes originaires de quartiers sensibles comme Hayat Boumedienne, la compagne de l’auteur de la prise d’otage de l’Hyper Casher à Paris. “Entraînées par des proches, elles imaginent trouver là-bas l’idéal de vie qu’elles ne trouvent pas ici”, explique le sociologue, “Elles partent avec l’idée de ne jamais revenir.” Elles ont une vision romantique et fantasmée de la guerre et de leur époux djihadiste, en qui elles voient un guerrier viril, une figure patriarcale qui les rassure et les protège.

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Dans les deux cas, ce sont en général des jeunes femmes occidentales, de bonnes élèves sans problème apparent, qui ont grandi dans un entourage non pratiquant mais qui ont vraisemblablement un problème identitaire.

Enfin, le plus complexe de ces groupes de femmes est composé de combattantes qui souhaitent prendre les armes. Elles seraient obnubilées par des figures de guerrières comme Fatiha Mejjati, la Veuve noire de Daesh, ou la Belge Muriel Degauque, première Européenne à avoir perpétré, en 2005, un attentat suicide au nom de l’islam à Bagdad. Toutefois, dans la mesure où l’idéologie de Daesh ne s’appuie pas sur l’égalité des sexes, celles qui aspirent à prendre les armes au même titre que les hommes ne sont pas majoritaires.

Le rôle des femmes de Daesh

L’engagement des femmes dans le djihad ne constitue en aucun cas la preuve d’une égalité des sexes dans le pseudo-état islamique, loin de là. Elles n’occupent pas de postes importants et n’endossent aucune responsabilité, mis à part celle d’élever leurs enfants. D’ailleurs, la fonction de kamikaze ne leur a pas été accessible… pour le moment.

“Sur place, elles sont souvent cantonnées à des tâches subalternes comme l’éducation des enfants, la cuisine… Les femmes francophones sont regroupées aux mêmes endroits en raison de leur mauvais niveau d’arabe”, explique le consultant Romain Caillet, spécialiste des filières syriennes.

Outre l’entraînement de trois semaines qu’elles suivent en arrivant pour apprendre le maniement des armes, dans le but de se défendre et non de se battre, elles s’occupent de leur mari et de leurs enfants.

Toutefois, leur rôle ne doit pas pour autant être minimisé. Bien au contraire. Elles sont celles qui “élèvent les futurs lions de l’islam dans l’amour du djihad” comme aiment à le répéter les djihadistes. Elles sont actrices à part entière de cette construction idéologique et font non seulement partie du réseau, mais contribuent à le forger dans leur rôle d’épouse et de mère de la première génération de l’État islamique. Elles sont un moyen de construire un foyer et par là même de poser les fondements d’une société durable.

Quand sonne l’heure des désillusions

Dans le califat établi par le pseudo-état islamique, la propagande est soigneusement orchestrée. Pourtant, sur Twitter, les recrues occidentales, surtout les femmes, se plaignent du manque de confort, de leurs difficultés à s’intégrer, des rapports entre hommes et femmes ou de tensions avec les locaux. Le Middle East Media Research Institute (MEMRI) a fait l’inventaire des critiques émises via Twitter, rapidement censurées par Daesh. Première difficulté, la nourriture “dégoûtante”. Un Belge écrit : “Quand je suis arrivé, je leur ai tout de suite dit que je n’aimais pas la cuisine arabe. Ils m’ont forcé à manger un plat appelé “bacha”. Répugnant”. Green Bird Of Dabiq, une djihadiste russe, évoque le café imbuvable : “Quelquefois le Starbucks me manque.” Certaines font part de la difficile cohabitation entre Occidentales et Syriennes. “Si j’entends encore une muhajira occidentale critiquer les sœurs arabes, je vais perdre la tête. Si vous n’aimiez pas la culture arabe, vous n’auriez pas du venir. Vous risquez d’annuler votre hijra”, poursuit la Russe. Une Britannique appelée Oum Rayan se plaint d’une Syrienne qui la critique, elle et sa sœur australienne, en pensant qu’elles ne parlent pas l’arabe. D’autres évoquent le manque d’hygiène et le manque d’éducation des Syriens. Les Occidentales se plaignent aussi des standards de beauté dans la région. Une future djihadiste demande sur Twitter si elle peut se faire coiffer avant de partir en Syrie. Une femme déjà sur le terrain lui conseille de ne pas fréquenter les salons de beauté syriens car “leur style ici est n’est pas joli et leur maquillage les fait ressembler à des clowns.”

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