Enquête

Détectives privés made in Morocco Surveillance sous haute tension

Écrit par admin

Ils sont peu nombreux au Maroc, où leur métier est méconnu et
non reconnu par la législation. Sous nos cieux, les détectives
privés officient dans la plus grande discrétion pour des clients
qui souhaitent garder l’anonymat. Immersion dans l’univers d’un
espion pas comme les autres.

DANS LE FEU DE L’ACTION

Il est 14 heures. Rendez-vous est pris auQ.G. d’A.L., détective privé dont l’agencese trouve en plein quartier Mers Sultan,dans un immeuble à la devanture presquebanale. Aucun interphone à l’entrée, justeun ascenseur donnant accès aux locauxde l’un des rares experts en la matière,seul diplômé du Royaume sur la dizained’agences existantes. Au troisième étagede la bâtisse se trouve le “bureau d’investigationet de recherche”. Ici, aucun néonracoleur n’interpelle le voisinage. Unesimple plaque indique le nom de l’entreprise.Derrière la porte, une salle d’attentesans artifices et son salon en cuir noir.Notre homme est âgé d’une quarantained’années et comptabilise déjà une expériencede 15 ans dans le domaine. Il opèreavec une collaboratrice, une femme chic etélégante qui se fond parfaitement dans le paysage. Objectif de la journée : suivre un mari soupçonné par sa femme d’adultère. Nom de l’opération : “Tsunami”… Des mouchards sont envoyés au front, à moto, pour talonner le suspect. Une information est communiquée toutes les vingt minutes par téléphone afin de dévoiler sa position au chef des opérations. Monsieur X a déjà été vu accompagné d’une jeune femme propriétaire d’une voiture de marque Fiat et de couleur blanche. C’est d’ailleurs la troisième fois qu’il la rencontre dans un lieu public. Et cette fois-ci, ce sera sur le parking d’une grande surface… Le mouchard annonce la couleur : la maîtresse du mari est arrivée sur le lieu de rencontre. Il faut faire vite ! Un appareil photo professionnel à la main, notre détective privé quitte son Q.G. pour se rendre sur place en voiture, en compagnie de sa collaboratrice. Quinze minutes plus tard, nous y sommes. Les suspects sont assis dans la voiture de la jeune femme et discutent. Nous quittons discrètement notre v hicule et la jeune détective s’avance dans la direction du couple, en feignant de parler au téléphone.

Pendant ce temps-là, elle effectue de rapides et discrets clichés des supposés amants avec son téléphone.Soudain, la voiture démarre. Nous courrons vers la nôtre afin de les prendre en chasse. Quelques mètres plus loin, l’homme descend du véhicule. Notre super détective en planque le mitraille et obtient enfin la photo tant attendue au moment où le suspect se penche pour embrasser fougueusement sa maîtresse… Pris la main dans le sac ! Mais un détail attire l’attention de notre expert. Il soupçonne cette femme d’être mariée. Elle est voilée et porte des lunettes de soleil qui cachent son visage… Comme si celle-ci ne voulait pas être reconnue par des proches en compagnie d’un autre homme. Si les clichés sont dans la boîte, l’opération n’est pas pour autant terminée. Le mouchard à moto va maintenant poursuivre sa mission en suivant la maîtresse pour en savoir plus sur son identité et prendre le couple la main dans le sac, en plein flagrant délit d’adultère. Une tâche qui ne s’annonce pas facile car légalement, la procédure ne peut être enclenchée que si l’avocat de la cliente en fait la demande au procureur. Ce n’est qu’une fois cette requête obtenue que les policiers pourront pénétrer dans le lieu du “crime”, et ce, à partir de 6 heures du matin…Mais pour A.L., notre détective, la journée est terminée. Demain, il devra prouver un vol de produits dans un grand magasin par une bande organisée. Un vol estimé à 4 millions de dirhams…

20.000 MAD ENMOYENNE POURSUIVRE LES INFIDÈLES…

Les affaires privées telles que les présomptions d’adultère représentent 50 % de la clientèle de notre homme. Violation du pacte conjugal, défaut de paiement de pensions, vols de biens, escroqueries…, les affaires privées se suivent mais ne se ressemblent pas. Une filature de trois jours coûte en moyenne entre 8.000 et 10.000 MAD. Le tarif varie entre 10.000 et 20.000 MAD pour deux semaines et pour un mois, le client devra débourser la coquette somme de 50.000 MAD. Mais ce n’est pas tout ! Certaines conditions doivent être réunies afin d’assurer un résultat optimum et en avoir pour son argent. Par exemple, il s’agira pour la cliente qui doute d’un mari dont le comportement est “suspect” de faire sa valise et de partir pendant deux semaines en congés, afin de mettre toutes les chances de son côté pour débusquer l’époux “volage”, et ce, dans le but de le prendre la main dans le sac et provoquer un flagrant délit. Le client aide également l’expert-détective, dans la mesure du possible, en récoltant toutes sortes d’indices susceptibles d’apporter les premières pièces du puzzle : un message oublié sur un répondeur, une note de lingerie, le ticket de réservation d’une chambre d’hôtel… “Tous les détails insignifiants pour beaucoup sont d’une importance capitale pour nous. On remonte le temps pour comprendre les habitudes, faire des regroupements de faits, emprunter le chemin dans le sens inverse pour certaines affaires… Nous travaillons dans l’urgence, souvent, mais la patience et l’aptitude à ne pas perdre les pédales dans des situations parfois compliquées sont indispensables dans l’exercice de notre profession”, conclut notre spécialiste de la traque et du suivi. Prenez garde, donc, à vous adresser aux bonnes personnes, car si la profession est bien réglementée en France et offre des formations qui permettent d’étudier les techniques policières telles que la balistique, l’anthropométrie, les filatures et tout ce qui touche à la criminologie, c’est loin d’être le cas au Maroc. “Aujourd’hui “Monsieur Tout le Monde” peut ouvrir son cabinet de détectives privés au Maroc car la profession n’est pas réglementée. Il suffit simplement de créer sa société en sécurité et surveillance, cocher la case “activité détective privé” et le tour est joué ! Mais le client ne sait pas à qui il a affaire… De plus, aucun casier judiciaire n’est demandé au moment de l’enregistrement au tribunal de commerce”, précise A.L. â—†

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