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Quand Bébé est agité…

Écrit par Khadija Alaoui

Mon bébé de 18 mois ne tient pas en place. L’éducatrice de sa crèche s’en plaint fréquemment et me laisse entendre qu’ils pourraient le refuser au prochain trimestre. Est-ce normal qu’il soit autant agité ? La réponse de Mme Stéphanie Francomme, neuropsychologue, psychologue clinicienne.

Entre 1 an et 2 ans, le jeune enfant peut être surnommé « le petit explorateur ». Dans son développement psychomoteur, cela coïncide avec le début de l’acquisition de la marche. D’explorateur occasionnel, l’enfant devient explorateur professionnel et téméraire. La marche lui donne du pouvoir, celui d’attraper tout ce qui est à sa portée. Il a de grandes ambitions, il veut découvrir le monde et au cours de ses péripéties, il découvre qu’il y a la loi de ses désirs, et celle de l’adulte qui limite son champ d’action afin de le protéger.Entre 12 et 24 mois, le taux d’agitation physique atteint son maximum. Il n’est pas rare qu’aux alentours de 18 mois, un enfant peut être amené à en bousculer un autre, ou même le frapper.

L’explorateur fonctionne d’abord par essai et erreur. C’est une boule d’énergie qui jouit de sa récente mobilité et découvre l’autonomie qu’elle lui procure. Il répète ses gestes pour voir comment son entourage réagit à ses actions. Il observe ces réactions avant de faire des déductions, des liens de cause à effet, pour comprendre par exemple, que lorsqu’il bouge trop, ses parents ou la maîtresse sont mécontents. Quand les conséquences demeurent stables, l’enfant âgé de 18 mois à 2 ans intègre l’information grâce à la maturation cognitive.

Vers 18 mois, la pensée symbolique aide l’enfant à anticiper les réactions de la personne ayant autorité sur lui. C’est ce mode de pensée qui permet la représentation mentale, c’est à dire d’avoir accès à des images mentales. Ainsi l’enfant est capable de se souvenir d’une scène au cours de laquelle, il a provoqué la colère de l’enseignante ou des parents, s’est vu confisquer le jouet ou encore mis à l’écart des autres enfants. Il peut donc associer tel comportement avec telle conséquence. Ces associations et ces liens de causalité aident l’enfant à intégrer progressivement les limites. C’est pourquoi la discipline, bien que déjà présente dans les félicitations et les interdictions de la première année, doit s’exercer dès cet âge, à défaut de quoi l’enfant se sent omnipotent et peut devenir tyrannique et centré sur la satisfaction de ses seuls désirs au détriment des autres.

Un des moyens d’action pour contrer cette toute puissance va être de mettre la priorité sur le langage. Le langage permet à l’enfant de communiquer, d’entrer en contact, de se socialiser. Il donne des mots à ses émotions. L’enfant soutient l’écoute, jette des bases pour développer sa sensibilité à l’autre. Les enfants parviennent à respecter les consignes des adultes selon leur degré de compréhension du langage. Il existe un lien entre le comportement perturbateur et le retard de langage chez les enfants. L’enfant qui éprouve de la difficulté à s’exprimer éprouve aussi de la difficulté à créer et à maintenir des amitiés. En effet le langage sert l’autorégulation affective et soutient ainsi le contrôle de soi. L’enfant qui réussit à montrer qu’il est fâché ou que tel objet lui appartient, se distance de l’urgence du moment, réfléchit puis s’exprime. Cette distanciation freine le geste et lui permet d’agir de façon positive, sans être dans l’agitation.

L’enfant est une boule d’énergie, il n’est ni bon ni mauvais. Demander à un enfant d’être immobile et sage, c’est nier son besoin d’activité motrice et exutoire qui lui est nécessaire. C’est oublier l’enfant pour répondre au besoin de tranquillité des adultes. L’éducation consiste donc à canaliser cette énergie vers des activités ou des gestes acceptables. Les besoins moteurs des enfants de 1 an à 2 ans sont grand. Ils doivent trouver satisfaction dans les jeux d’exploration et les jeux purement moteurs, tels que grimper, courir, sauter, pousser, tirer, lancer.

Nos remerciements à Mme Stéphanie Francomme, neuropsychologue, psychologue clinicienne.

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