Et si on en parlait

L’amour… façon contrainte !

Écrit par admin

La sexualité du couple, censée être synonyme de liberté et
d’épanouissement, revêt parfois un aspect de corvée forcée, dans
des circonstances particulières. Quand l’objectif de procréer devient
prioritaire ou que la peur d’un jugement négatif de la part de son
partenaire plane, on peine à y mettre vraiment du sien.

Il est temps de faire un bébé…

 Depuis quelque temps, en plein milieu d’un orgasme partagé, s’invite un hôte sur-prise : l’espoir de donner enfin la vie. Et, à chaque fin de cycle menstruel, on attend impatiemment le résultat concluant des ébats. Au début, sans stress excessif et en gardant une fréquence honorable de câlins, le couple laisse le hasard et la nature déci-der du moment opportun. A cette période, l’appétit pour l’amour charnel ne se dément pas, avec une qualité de galipettes toujours au rendez- vous. Puis, jeune dame, un peu anxieuse, commence à vouloir cibler au maximum les jours féconds. Peu à peu, la démarche glisse vers la médicalisation, avec l’incontournable programmation de l’acte sexuel. Monitoring de l’ovulation, insémi-nation artificielle, fécondation in vitro… la sexualité en devient assistée par la mé-decine. Le gyné-cologue suit l’actualité des réjouis-sances sous la couette, impose “les jours avec” et “les jours sans” du mois, en met-tant parfois mal à l’aise l’un des parte-naires avec sa sexualité. Houda témoigne : “Avant une insémination artificielle, le médecin nous avait conseillé au moins trois jours d’abstinence, pour avoir une bonne quantité et qualité de sperme. Mon mari, qui avait oublié la recommandation, a eu envie de moi, un soir, et il a très mal pris que je lui rap-pelle l’interdiction du docteur. Par la suite, il a manifesté de la réticence à me toucher”. Quant à Anissa, complètement immergée dans le processus de procréation médica-lement assistée, elle ne voyait plus l’intérêt d’avoir des rapports “gra-tuits” : “J’en ai complètement perdu le désir et le plaisir. Je ne pensais qu’à cibler la phase fertile de mon cycle. Le reste du mois, je me don-nais à lui, sans vraiment y mettre de la conviction ; ou je me dérobais, en mettant tout sur le dos du traite-ment hormonal qui me détraquait !”Car, ne l’oublions pas, le cerveau est notre premier organe sexuel ! Obnubilé par l’enjeu, il risque de mettre en veilleuse la libido et inhiber toute forme de tension sexuelle. Chez les messieurs, la contrainte des rapports non spontanés peut, elle, castrer les étalons à l’érection fragile. Assia se rappelle avec précision de la galère de l’heure H : “Bien mal m’en a pris de lui dire que, le soir même, trente-six heures après l’injection du produit déclencheur d’ovulation, on devait passer à la casserole. Il a eu un blocage total, m’a fait toute une scène et s’est endormi aussitôt, sacrifiant au passage tout le processus. Je lui en ai énormément voulu…”Sous le prisme de la procréation, la sensualité du corps-à-corps n’a donc plus rien de débridé et de passionnel. Faussée par les interventions extérieures et déformée par un ressenti négatif, voire de la détresse, elle rame, puis peut finir par couler, sans crier gare. Pour ne pas détruire l’édifice sacré de l’intimité du couple, il peut être alors néces-saire d’avoir recours à un thérapeute. Ce der-nier permettra de démêler la forêt des non-dits, et d’envisager cette phase provisoire de flottement comme une étape passagère.

Se forcer pour de mauvaises raisons

 Pendant que lui jouit tout son soûl, elle, feint de grimper au rideau en poussant des soupirs, pour abréger l’exercice. Oui, parce que déjà, au démarrage de la partie de plai-sir, l’un était dedans, et l’autre ailleurs… La simulatrice gémissante ou, en version plus soft, la silencieuse résignée, joue à s’envoyer en l’air mais n’a pas, en réalité, grand appétit pour la chose. Fatigue récurrente, mauvais timing, perte d’attirance après des années de mariage, ou hormones en chute libre, si la flemme libidinale féminine a ses raisons, elle n’en justifie pas pour autant la pratique, sans enthousiasme aucun, du sport en chambre ! Alors, pourquoi se forcent-elles ? “Parce que j’ai peur qu’il aille voir ailleurs…”, finit par lâ-cher Leïla, pétrie de pré-jugés socioculturels, qui n’avouerait pour rien au monde à son mari sa tendance bais-sière au lit… Amina renchérit : “Je me laisse faire pour avoir la paix. Car après, il devient très gentil, pendant au moins quarante-huit heures !”Une troisième avance que c’est pour ne pas vexer son homme, car le sexe est un passage obligé dans la vie du couple. Dans tous ces cas de figure, l’homme apparaît comme le grand loup aux pulsions incontrôlables, qu’il ne faut surtout pas contrarier en invoquant la célèbre migraine, au risque de se faire coiffer au poteau par une maîtresse, ou de rompre l’obligation tacite de “s’offrir à son mari” à chaque fois qu’il en exprime le besoin. Or, se faire violence pour le satisfaire a pour effet délétère l’instaura-tion d’un cercle vicieux dont on aura beau-coup de mal à sortir. Batifoler s’assimile à un devoir sordide, avec un potentiel érotique ré-duit à une peau de chagrin. Sans oublier que dans ce type de relation, doux chéri berné en devient, aussi, totalement materné ! Alors, mentalité un peu beldià revoir d’ur-gence ? Certes… Mais même parmi les plus modernes, l’amour sans envie peut être envisagé comme un sparadrap sur les difficultés du couple : “Si on fait encore l’amour, c’est que tout n’est pas perdu !”Or, mieux vaut encore une abstinence ponc-tuelle ou de simples caresses amoureuses que cette mascarade de rapports sans âme…

Au secours, ma femme me harcèle !

Un homme qui peine à assurer devant son officielle enceinte jusqu’au cou, débordante d’hormones et de sollicitations… la scène prête à sourire parce qu’elle paraît surréa-liste. En effet, dans l’imaginaire populaire, Hamid, le testostéroné, s’apparente beau-coup plus à une sex machineparée en toutes circonstances ! Or, si le bonhomme ne peut pas simuler le désir, il n’en reste pas moins que sa libido peut connaître quelques ratés. Mesdames, lorsqu’il vous tourne le dos ou se prête à regret à un simulacre de rapport rapide, ne prenez pas ça pour une offense personnelle. Non, il ne vous trompe pas for-cément. Oui, il vous aime encore. Essayez plutôt de vous poser avec lui, pour mettre des mots sur ses maux : fatigue, déprime, soucis professionnels… â—†

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