Edito

Nos maux, nos incohérences…

Écrit par Zineb Taïmouri

Le mois d’octobre de chaque année coïncide avec la journée nationale de la femme. Un mois qui se prête aux bilans et rétrospectives, à l’examen incisif et consciencieux de nos acquis et attentes. Mais, une fois n’est pas coutume, nous choisissons cette année de faire une exception à la règle et de jeter la lumière sur nos incohérences et ambivalences…

En effet, en dépit de nos innombrables réclamations et protestations, cris et écrits, manifestes et manifestations, nous sommes obligées de reconnaître que le mal dont souffre notre pays est profond. C’est un problème de cohérence. C’est la crise d’une société dans sa globalité. Cela ne peut en aucun cas être réduit au gap entre ce que veulent les hommes et ce que désirent les femmes.

Une vérité qu’on ne peut plus taire : dans notre pays, les hommes et les femmes se fréquentent avant le mariage. Ils sortent et voyagent ensemble, ont des rapports intimes, mais tout cela est interdit par la loi. Comment font-ils alors ? Eh bien, ils se débrouillent… Que ce soit à l’hôtel (le couple réserve deux chambres), dans l’appartement de l’un ou de l’autre ou encore dans l’antre d’un ami, les amoureux font preuve d’une incroyable ingéniosité pour se retrouver en tête-à-tête. Car le besoin et l’interdit génèrent chez nous de la créativité, dans le sens le plus tordu du terme.

Dans notre pays, des femmes se font avorter quotidiennement par centaines, mais c’est interdit par la loi. Comment font-elles ? Elles se débrouillent pour dénicher les cliniques qui pratiquent l’IVG en catimini, et tout le monde le sait, c’est normal. Les médecins qui procèdent aux avortements par militantisme ou par appât du gain ont pignon sur rue. Acculées, certaines femmes ont recours à l’avortement sauvage dit “beldi” (traditionnel) sans le moindre respect des règles d’hygiène ou de sécurité. En résulte des conséquences atroces pour la santé des femmes.

L’alcool est interdit mais on peut le consommer dans tous les bars et restaurants du royaume. Nos islamistes crient au scandale quand une affaire les touche, alors que des milliers de Marocaines en sont victimes chaque jour. Et énorme paradoxe, ces mêmes islamistes ne soutiennent ni la liberté pour la femme de disposer de son corps et encore moins les libertés individuelles. Pis encore, la plupart d’entre eux sont polygames et font tout pour réduire la femme au silence.

La majorité de nos jeunes hommes veulent épouser une femme vierge tout en fréquentant des copines “modernes” avant le mariage. Nos réseaux sociaux TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat feraient pâlir de jalousie les Kardachian, avec leurs photos de Bimbos, de beauté et de maquillage. Mais, comme par enchantement, les statuts de ces mêmes personnes se revêtent d’un manteau de pudeur et d’un air pieux pendant le mois de ramadan. Allez comprendre !

Nous faisons la promotion de notre pays, de sa beauté naturelle et irrésistible partout dans le monde, mais on n’arrive pas à trouver des trottoirs dignes de ce nom pour marcher dans la rue. On clame haut et fort notre ouverture d’esprit et notre tolérance, mais la moitié de notre population, c’est-à-dire les femmes, ne peuvent pas marcher habillées comme elles le souhaitent sans se faire harceler dans la rue.
On pourrait continuer à citer le nombre incroyable de nos incohérences tout au long de ce numéro que cela ne suffirait pas !

N’est-il pas temps de commencer à se poser les vraies questions, les yeux dans les yeux ? À appeler un chat un chat et une injustice, une injustice ? Celles qui sont commises à l’encontre des Marocaines en sont les plus criantes et les plus révoltantes.

Arrêtez de nous sacrifier sur l’autel de vos incohérences et rendez-nous notre liberté.

Donnez-nous les armes pour que les enfants de ce pays aient des mamans équilibrées qui ne souffrent pas de schizophrénie et du syndrome de bipolarité.

À bon entendeur… salut !

Bon 10 octobre, femmes marocaines… 

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