Edito

La femme de l’année 2018

Écrit par Zineb Taïmouri

À chaque fin d’année, comme le veut la tradition dans les rédactions des magazines féminins à travers le monde, notre rédaction a porté son choix sur “La femme de l’année 2018”. Elles seront peut-être 50 femmes ou même 100 femmes à être célébrées en 2019, c’est selon la panoplie de ces marronniers journalistiques d’usage en ce mois de décembre. C’est en tout cas un choix délibéré qui pose nettement la question féminine dans notre pays.

En effet, des femmes créent au Maroc, elles sont chefs d’entreprises ou gérantes de coopératives, médecins, architectes, policières, avocates, journalistes, ministres, mais aussi militantes ou encore mamans au foyer. Elles mènent leur combat au quotidien sur tous les fronts pour essayer de réaliser leur rêve : trouver une place de choix dans un monde façonné par les hommes, c’est-à-dire bénéficier de tous les droits, être l’égal de l’homme ; être une femme libre, libre de s’exprimer, libre de circuler et libre de choisir. C’est un combat continu contre la précarité, la dépendance et contre toutes les croyances limitantes, tant il est vrai que les verrous demeurent encore multiples. 

Souvent, c’est l’hésitation. Il y a une voix intérieure qui parle à la femme pour la dissuader de prendre conscience de sa valeur, de renoncer à ses idéaux, de se soumettre tout simplement. Oui, parfois, il n’y a pire ennemi de la femme que la femme elle-même. Ce sont toujours ces mêmes barrières psychologiques, mais aussi d’ordre économiques, qui l’empêchent de prendre son destin en main.

Parfois, elle se dit : je ne peux pas y arriver, notre société telle qu’elle est structurée, misogyne et machiste, ne tolérerait pas que je m’insurge contre mon statut de femme soumise et passive. De plus, la mentalité des hommes peine toujours à s’adapter à la réalité, à s’ouvrir au monde moderne. Le nouveau code de la famille est venu pour faire bouger les choses, mais le machisme a la peau dure.

S’habiller librement, sortir ou vivre seule, ne pas avoir toujours besoin d’un homme pour se sentir en sécurité est pour beaucoup de nos compatriotes de sexe féminin une gageure.

Pourtant, il suffit de surmonter cette appréhension, de combattre cette peur. Car, en définitive, lutter contre le conservatisme n’est pas ce long fleuve tranquille, c’est un combat de longue haleine qui se gagne sur le terrain générationnel.

Il est vrai qu’en dépit du poids des traditions, du déni de dignité et de l’oppression des hommes, nos arrières grands-mères et nos mères ont dû consentir beaucoup de sacrifices pour que leur progéniture ait l’éducation adéquate et la formation appropriée à même de leur assurer l’épanouissement culturel et peut-être l’indépendance et des conditions de vie meilleures.

Certes, le Maroc a fait des avancées importantes en matière de législation pour l’émancipation de la femme, mais compte tenu de la résistance des mentalités et du poids des archaïsmes, ce n’est pas demain la veille !

Voilà pourquoi nous avons décidé à l’unanimité des membres de notre rédaction d’élire la femme marocaine Femme de l’année 2018. C’est notre manière de mettre en exergue la question féminine, l’importance de ce combat et la nécessité de le continuer.

La femme marocaine, qu’elle soit connue ou anonyme, diplômée-cadre ou inculte et ouvrière manuelle, mère ou célibataire, elle mérite toute notre considération. Son combat ne peut être dissocié du combat contre la misère, l’analphabétisme et l’injustice. C’est une question sociale globale qui nous interpelle tous, femmes et hommes.

Alors, soyez fières de vous, mesdames, éduquez vos sœurs, vos filles pour que l’on puisse gagner cette bataille du genre. Rendons un grand hommage à nos mères et nos grands-mères d’avoir réussi à faire abattre autant de murs et d’obstacles pour que notre génération et celle qui viendra après puissent bénéficier de tous les droits.

Vous êtes toutes nos héroïnes mesdames. Bravo et bonne année 2019.

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