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Michel Ocelot, un féministe engagé


Michel Ocelot nous a habitués dans ses films à un travail visuel et esthétique exceptionnel. Dans “Dilili à Paris”, il ne déroge pas à la règle. Mais cette fois, il prend un ton plus engagé pour dénoncer les violences faites aux femmes et aux filles.

Tout comme Kirikou, Dilili est petite mais vaillante. De passage à Paris qu’elle meurt d’envie de découvrir, elle tombe sur une affaire de kidnapping. Des petites filles disparaissent mystérieusement et, sensible à leur sort, elle décide de mener l’enquête. Avec l’aide de son nouvel ami Orel, elle va suivre cette affaire. En cours de route, elle fait de très belles rencontres. En majorité des femmes de lettres, d’art et de sciences, parsemées tout au long du film, même si quelquefois il n’y a pas de lien logique avec l’histoire du film. On s’aperçoit alors que Michel Ocelot veut rendre hommage à la ville, à la belle époque et à ses personnages.

L’histoire se déroule à Paris en 1900. Lorsque Dilili, petite kanake courageuse et déterminée, découvre que les petites filles disparues sont maltraitées et soumises à des violences et des humiliations, elle décide de les libérer. Aidée dans cette mission par ses amis, elle y parviendra. “Courez debout, plus jamais à quatre pattes”, lancera-t-on lorsque les filles auront quitté leur geôle. Une phrase symbolique puissante qui laisse entendre que les filles et les femmes doivent garder la tête haute et refuser de se soumettre à la violence.

Tonnerre d’applaudissements dans la salle du théâtre de l’Institut Français. Les enfants sont heureux de voir que toutes les filles disparues sont maintenant sauvées. La symbolique est forte, au point d’émouvoir Michel Ocelot qui retient difficilement ses larmes.

L’auteur de Kirikou et d’Azur et Asmar, a signé avec Dilili à Paris un conte à la fois doux et puissant, beau et violent pour dénoncer le mal et célébrer les valeurs de l’amour et du vivre-ensemble. 

Interview de Michel Ocelot

Le film dénonce les violences faites aux femmes et aux filles. Qu’est ce qui a dicté ce choix ?

Les faits. Les chiffres. Il y a trop de morts parmi les femmes et les filles victimes de violence. Des vies entières sont détruites à cause de cela. J’ai senti le besoin de réagir, à mon niveau, comme je sais le faire.

Ne craignez-vous pas que le jeune public ne saisisse pas le message véhiculé dans le film ?

Le message est très clair. Je fais des films pour tout le monde, je les fais de manière simple et tout le monde comprend, je peux vous le garantir. J’en veux pour preuve la réaction des enfants quand Dilili libère les petites filles. Ils applaudissent très fort à cet instant précis du film.

Justement à ce moment de la projection, que ressentez-vous ?

J’avoue que j’ai pleuré quand la salle a applaudi lorsque les petites filles sont libérées, c’est beau, c’est très émouvant et c’est mieux qu’un César. Cela veut dire que les fillettes se méfieront et que les petits garçons ne voudront pas s’identifier aux mâles maîtres, mais plutôt à Orel et à LeBeuf qui est maladroit, mais pas méchant.

Les fillettes disparues sont enveloppées dans un tissu noir. Pourquoi ?

Ce sont des victimes de violences, je ne pouvais pas les montrer dans du tissu coloré et fleuri. Le noir c’est dire non à la vie, c’est le rejet. Libérées, elles vont se débarrasser du noir.

Et cette balade dans Paris, c’est un hommage à votre ville ?

J’ai exploré tous les pays du monde avec mes films. On m’a demandé si je ne songeais pas à faire un film sur ma ville, sur Paris. Je me suis donc penché sur cette période et je me suis aperçu qu’il y avait un talent à tous les coins de rue. Une mine d’or qui contrebalance les horreurs. J’ai voulu montrer tout ça.

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