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Le couple face à la maladie


À l’annonce de la maladie, votre monde a été bouleversé. Votre corps et votre mental ont été mis à rude épreuve et votre couple a été secoué. Mais comment retrouver cet équilibre à deux ?
Réponses avec Abdelilah Jarmouni Idrissi, psychologue psychothérapeute et intervenant ponctuellement à l’association Dar Zhor qui soutient les personnes atteintes d’un cancer.

J’ai récemment appris que j’étais atteinte d’un cancer. Je n’arrive pas à encaisser le choc, du coup, j’ai envie de préserver le plus longtemps possible mon mari. Selon vous, comment et quand devrais-je lui annoncer ?

Préserver votre mari ? C’est peut-être ne pas lui rendre service puisqu’il ressent tout naturellement que quelque chose a changé en vous. Souhaitez-vous qu’il se raconte des histoires ? Et en plus, le préserver de quoi et avec quels objectifs ? Car n’est-il pas le compagnon qui devrait être près de vous dans ces circonstances, comme vous dans d’autres ? Prenez garde, si c’est votre tempérament, à ne pas vouloir être trop forte. Nous ne pouvons pas être solides à tout instant. Il y a des moments où il est important de s’appuyer sur ses proches… La meilleure façon de lui annoncer est celle qui correspond à la fois à la personne que vous êtes et à celle qu’il est. Tenez éventuellement compte de sa personnalité, notamment s’il est anxieux de nature. Peut-être faut-il choisir le moment, le lieu, mais dans tous les cas, dites ce que vous savez, le plus simplement possible. S’ouvrira alors la voie à ce que vous ressentez, à ce qu’il ressent, à la façon dont vous allez gérer ensemble cette maladie.

Mon mari et moi avons toujours vécu une histoire d’amour passionnelle. Aussi, lorsque mon cancer a été diagnostiqué, mon époux a décidé de lever le pied au travail pour être à mes côtés. Le problème, c’est qu’au fil du temps, son dévouement étouffant a tué notre relation… Comment retrouver la flamme ?

Un soutien ou une inquiétude excessive peuvent effectivement être étouffants. Cela ne vous laisse pas un espace suffisant pour vivre votre maladie de la manière qui correspond à votre nature, et qui est donc la plus appropriée. Vous avez besoin de place pour votre relation avec votre cancer et il n’y a aucun mal à ce que vous l’exprimiez à votre mari. Confiez-vous en toute sincérité. Ne craignez rien. De cette manière, ce n’est pas le repousser, mais simplement signifier que vous avez besoin, en plus de son soutien, de moments à vous, peut-être d’instants de solitude car le repli sur soi est un mécanisme de défense parfois nécessaire. Il en va de même pour votre désir de revenir l’un à l’autre. Vous employez une expression forte : “Tuer la relation”. Tuer ou abîmer ? N’avez-vous pas vous-même été emportée par votre cancer dans des émotions trop fortes qui vous feraient exagérer les choses ? Relisez le début de votre question : histoire d’amour passionnelle.

À cause de la maladie, j’ai dû arrêter mon travail. Aussi, je me retrouve à la maison avec un mari qui enchaîne les reproches au point que j’ai l’impression de découvrir une autre facette de sa personnalité. Est-il possible que je me sois autant trompée sur notre relation ?

Était-il vraiment nécessaire d’arrêter de travailler ? Rester actif après quelques congés de maladie, même à un rythme ralenti, aurait été peut-être positif pour que votre vie continue sans que la maladie en prenne l’essentiel. Par ailleurs, il serait intéressant que vous vous demandiez si les reproches de votre mari ont changé de nature ou d’intensité et de comprendre avec lui pourquoi : est-il trop inquiet pour vous, pour l’avenir ? Est-ce sa peur ou son indifférence qui feraient qu’il multiplie les reproches ? Vous êtes la mieux placée pour savoir de quoi il s’agit. Des circonstances difficiles peuvent effectivement révéler une autre facette de notre personnalité, et les émotions exprimées peuvent être révélatrices d’un aspect préexistant. Mais ne vous précipitez pas sur cette “explication”. Observez et écoutez. Prenez également en considération le fait que vous pouvez vous-même être devenue trop susceptible et irritable, ce qui serait compréhensible. Nous avons toujours besoin de trouver un sens à ce qui nous arrive. Avez-vous cherché et trouvé le sens que vous donnez à votre cancer ? Il faut se poser, chacun, à soi-même et à l’autre, les bonnes questions.

Vivre avec la maladie est difficile à gérer dans le couple. À cran et fatigués, mon mari et moi, nous nous disputons souvent. Devons-nous nous inquiéter de l’ampleur des tensions ?

Si vous vous disputez plus souvent du fait de votre cancer, et seulement à cause de cela, il est important d’en parler, chacun exprimant de manière assertive et détendue, ce qu’il vit. N’oubliez pas, vous êtes désormais trois : vous, lui, et cet intrus, le cancer. Parlez librement de l’effet de cette intrusion, pour trouver ensemble les moyens de la gérer, comme vous avez pu gérer ensemble d’autres problèmes. Il est vrai que le cancer ne peut pas être vécu comme un problème anodin, ordinaire, car il peut activer ou réveiller des angoisses fortes, l’instinct de survie, étant dans ce cas-là, très énergivore, mais ça reste un problème dont il faut parler, de lui et de ses conséquences.

Je viens d’apprendre que mon mari est atteint d’un cancer… Le choc est terrible, d’autant plus que mon père est décédé suite à une longue maladie. Comment réussir à surmonter cette épreuve ?

L’annonce de la maladie est toujours un choc, autant pour la personne concernée que pour son entourage, donc vous en l’occurrence. Il est donc normal que vous soyez déstabilisée. Tout d’abord, le cancer est une maladie aujourd’hui mieux prise en charge. Il ne faut pas anticiper sur sa gravité, mieux vaut laisser la médecine faire son travail. Par ailleurs, votre mari n’est pas votre père. Aussi, ne faites ni transfert ni amalgame. Distinguez bien la perte de votre père et ses effets sur vous de ce qui est aujourd’hui- seulement et heureusement- la maladie de votre mari. Contrôlez votre angoisse par une prise de recul, pour vous comme pour lui.

Épuisée, nauséeuse, terrifiée, … Bref, faire l’amour n’est plus du tout ma priorité, ce qui afflige mon mari qui me met parfois la pression. Pour lui, je me replie sur moi. Comment pouvons-nous nous en sortir ?

La nausée et la fatigue, liés au traitement, sont parfois inévitables. Mais “terrifiée” ? Est-ce vraiment justifié, n’exagérez-vous pas le risque ? Que le désir de votre mari n’ait pas changé peut être perçu comme une chance, dans le sens que son regard sur vous n’a pas changé, malade ou pas. Et vous-même, ne pensez-vous pas que vous puissiez trouver un plaisir bienvenu dans un rapport sexuel ? Peut-être devriez-vous analyser vos émotions. Questionnez votre relation à la maladie. Vous écoutez-vous vraiment ? Si vous n’y arrivez pas seule, n’hésitez pas à consulter ou dirigez-vous vers des groupes de parole.

Depuis que j’ai subi une mastectomie, je refuse que mon mari s’approche de moi. Résultat : au fil du temps, nous nous sommes éloignés l’un de l’autre. Comment nous séduire à nouveau alors que je n’aime plus mon reflet dans le miroir ?

Vous devriez vous questionner sur le regard que vous portez sur vous-même après l’ablation du sein. Pensez-vous que vous avez perdu votre attractivité sur le plan sexuel ? Il semble que non, aux yeux de votre mari. Pensez-vous avoir perdu de votre féminité d’une façon plus générale ? Haïssez-vous votre corps, et donc, vous-même ? Est-ce que votre estime de vous-même était déjà trop basse, indépendamment de cet accident de la vie ? Une femme, surtout pour son mari, est beaucoup plus qu’un corps. Ne laissez pas cette image de vous-même altérer votre vie de femme et votre vie de couple.  De la même façon que vous avez repoussé votre mari, vous pouvez tracer le chemin qui le ramènera à vous. Il est toujours là.  Vous trouverez en vous, par la parole ou les attitudes, le moyen de gommer cette distance entre vous. Acceptez-vous et aimez-vous telle que vous êtes, le reste devrait se faire naturellement.

La maladie a abîmé mon corps et a bousillé mon mental, ce que n’arrive vraisemblablement pas à saisir mon époux. Comment lui faire comprendre l’intensité de ma souffrance ?

Le meilleur moyen d’être comprise par votre mari est dans un premier temps de vous comprendre vous-même. Aussi, questionnez votre souffrance : quels impacts sur votre fonctionnement, sur la qualité de votre vie actuelle, quelles craintes, exprimées ou pas, à vous-même, et comment mieux maîtriser vos pensées, ramener le problème, réel au demeurant, à sa juste dimension ? Votre corps est touché par la maladie, il en va de même pour les pensées et les tensions qui en découlent. Vous passez peut-être par une des phases connues dans le cadre d’une maladie chronique : pourquoi moi, déni, isolation, régression… Pour vous aider à aller mieux, plongez-vous dans des activités comme le yoga, le Reiki ou encore le Qi gong, bénéfiques pour le corps et le mental. Dans un second temps, lorsque vous aurez fait, sereinement, votre propre lecture de votre relation à la maladie, vous serez probablement plus à même de vous faire comprendre par votre mari, pour que vous trouviez, ensemble, un terrain d’entente sur ce qu’il ne comprend pas.

Une oreille et une épaule 

“Un soutien dans l’épreuve”, c’est le slogan de l’association Dar Zhor qui se démène pour aider les personnes atteintes d’un cancer ainsi que leur entourage. Aussi, pour évacuer les angoisses engendrées par la maladie, l’association a mis sur pied des groupes de parole que ce soient pour les malades ou pour les proches aidants. L’association propose également des activités (yoga, Reiki, Qi gong, etc.), pour soulager le corps et améliorer le mental. À découvrir sur www.darzhor.ma ou sur Facebook : Association Dar Zhor.

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