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Le couple à l’épreuve de l’expatriation


Si elle n’est pas bien préparée, l’expatriation peut être mal vécue par le couple. Une expérience à l’étranger loin de chez soi, de ses proches, de ses amis, n’est pas sans danger. Céline, Loubna et Laïla nous racontent comment elles ont réussi à préserver l’équilibre familial et ce que cela leur a coûté. Témoignages.

Même lorsqu’il s’agit d’un projet concerté, construit par les deux conjoints, l’expatriation peut s’avérer un exercice périlleux qui met le couple en danger. Mais souvent, les époux sont conscients de l’enjeu et se préparent soigneusement pour vivre cette nouvelle étape de leur vie avec le moins de dégâts possible. Tous vous diront la même chose : pour survivre à cette épreuve, il est nécessaire de se concerter, de prendre les décisions ensemble, de veiller à tout préparer à l’avance dans les moindres détails et de concéder quelques sacrifices. Car il s’agit bien d’une épreuve, aussi bien pour celui qui a une opportunité professionnelle et qui souhaite partir, que celui qui doit le suivre. Et dans la plupart des cas, ce sont les femmes qui suivent leurs maris dans un projet d’expatriation.

Cela revient à dire qu’elles vont devoir dans la plupart des cas, abandonner leur carrière, se reconvertir pour trouver un emploi ou cesser toute activité professionnelle pour s’occuper de la maison et de la famille. C’est le prix à payer pour maintenir l’équilibre familial et pour que le bateau ne coule pas.  Comment le vivent-elles ? Nous avons posé la question à Loubna, Leïla et Céline qui ont bien voulu nous raconter comment elles ont vécu “ces déplacements professionnels longue durée” qui prennent la forme d’une aventure humaine et surtout comment elles ont réussi à préserver leurs couples et leurs familles.

Loubna se reconvertit dans l’art

Licence en littérature anglaise en poche à Casablanca, Loubna choisit de poursuivre ses études en France avec des rêves plein la tête et des projets professionnels qu’elles avaient commencé à imaginer avant même de partir. Elle rencontre celui qui deviendra son mari et son destin prend un tout autre chemin. Ce dernier est affecté en Russie et elle n’a pas d’autre choix que le suivre. “Je suis tombée follement amoureuse de lui, j’ai décidé d’aller là où il ira”, raconte Loubna. Première destination : la Russie. Elle ne parle pas la langue, c’est un nouveau pays, une nouvelle culture, un nouvel environnement, elle ne peut donc pas poursuivre les études qu’elle avait commencées, ni trouver un travail pour s’occuper. “Je me suis mise à apprendre la musique sur proposition de mon mari qui ne voulait pas que je m’ennuie. À l’époque nous n’avions pas encore d’enfants, j’avais du temps et cela ne me déplaisait pas de m’initier à une activité artistique.” Loubna ne savait pas que désormais, ce serait sa voie. Dans son profil sur les réseaux sociaux elle se définit comme maman artiste à plein temps. Trois beaux enfants dont elle s’occupe merveilleusement bien, pendant qu’elle fait son bout de chemin dans la mode et le design, doucement, mais sûrement. “C’est la plus belle compensation, je ne regrette pas mon choix, ni le fait d’avoir pris la décision de suivre mon mari, en Russie, en Angleterre, en Suisse puis en Afrique du Sud. Ces voyages, ces mélanges de culture ont inspiré mes œuvres colorées, remplies d’émotions et m’ont formée. Je n’aurais pas vécu aussi bien cette aventure loin de mon pays, de mes parents, de ma culture sans l’aide de mon mari qui m’a encouragée, qui savait quel sacrifice je faisais pour la sérénité et le bien-être de mon couple et de ma famille.” Loubna a perdu ses premiers rêves mais en a construit d’autres en parfaite adéquation avec les exigences de “femme d’expat”.

Laila n’a pas coupé les liens

“Lorsque mon mari qui travaille pour le compte d’une multinationale m’a annoncé qu’il avait reçu une offre pour l’Arabie Saoudite, je n’ai pas hésité une seconde. J’ai dit allons-y !” Pourtant Laila est opticienne optométriste, elle possède son propre magasin d’optique et aime son métier. Mais pas plus que son mari. “Je m’en serais voulue de lui faire rater une si belle occasion. L’amour c’est aussi permettre à l’autre de s’épanouir.” C’est donc elle qui va ralentir sa carrière pour lui permettre d’évoluer et de progresser dans son travail. Leurs enfants étaient petits, mais elle est persuadée, au moment de prendre cette décision importante, que cette expérience leur fera du bien, à son couple et à sa famille.

Laila installe des caméras dans son magasin pour pouvoir gérer à distance, fait des déplacements réguliers au Maroc pour alimenter son stock de montures et vivre sereinement l’expatriation, que ce soit en Arabie Saoudite, en Egypte ou en Suisse, puisque son mari change de poste tous les trois ans.

“Je ne regrette absolument rien. J’ai profité de mes enfants, je les ai vus grandir. Notre couple s’est renforcé parce que nous sommes très proches quand nous sommes loin de chez nous. Et puis il y a les amis qui deviennent comme une deuxième famille. Nous vivons en communauté et cela nous fait vite oublier ces petits moments de nostalgie, des moments difficiles où on se sent seuls.” Les moments difficiles, c’est quand un des parents ou des proches restés au pays est malade, quand la gestion à distance du magasin n’est pas si évidente. Sinon, pour le reste, il n’y a rien d’insurmontable. L’entreprise se charge de tout et leur facilite l’installation à chaque fois. “Lorsque nous vivons dans un pays arabe, c’est moins dur, parce que nous avons la même culture, les mêmes fêtes, nous ne sommes pas dépaysés.” C’est peut-être cela aussi qui a rendu l’expérience moins difficile qu’elle n’aurait pu l’être pour Laila et sa petite famille.

Céline, un petit goût d’amertume

Céline et son mari ont pris la décision, tous les deux de quitter la France et d’aller vivre ailleurs, son mari pour faire une coopération à l’étranger et elle pour voir autre chose, découvrir, s’ouvrir au monde. Jeunes et pleins d’ambitions, ils vont d’abord essayer l’Angleterre, puis viendront s’installer ensuite au Maroc, l’appel du soleil étant irrésistible. “Cela fait 18 ans que nous sommes en transit, chaque année, on discute et on décide que ce sera la dernière, puis ça repart.” Son mari est militaire français détaché en entreprise, mais elle, elle peine à trouver un emploi. Elle a des offres de contrat local, très peu rémunéré. “J’ai vite vu les limites de ma progression professionnelle. En restant, je n’avais pas beaucoup de chances d’évoluer dans ma carrière. Nous avons alors décidé de faire des enfants et ce fut l’occasion pour moi de me mettre en retrait et de m’occuper de ma famille.” Céline a fait ce choix qui l’a aidé à lutter contre, non pas des regrets, mais une petite amertume qu’elle ressent de temps à autre. “Je ne pensais pas que l’expatriation durerait aussi longtemps. Maintenant, c’est plus difficile de rentrer à la maison, les enfants sont nés ici, leur vie est ici, leurs amis sont ici, je crois que ce sera difficile de les éloigner ; Et moi je sens quelquefois que je ne me suis pas accomplie sur le plan professionnel, ce n’est pas toujours facile à accepter.”

Céline pense quelquefois que leur vie aurait pu être différente. Le couple a traversé des crises liées à des considérations économiques, perte d’emploi en l’occurrence pendant quelques mois et d’autres liées à des tempéraments différents : “Tout est si simple pour lui, ce n’est pas le cas pour moi, cela nous oppose.” Mais au lieu de les séparer, ces problèmes les rapprochent, ils parviennent toujours à trouver une solution parce qu’ils n’ont pas d’autre choix et c’est mieux ainsi.

Ces histoires à la fois différentes et similaires sur de nombreux points, montrent que l’expatriation met à l’épreuve le couple qui doit faire preuve d’amour, de compréhension, de tolérance pour ne pas sombrer devant les difficultés comme le dépaysement, l’instabilité ou encore la perte de repères. Et ce sont toujours les femmes qui devront se montrer plus souples, plus compréhensives, plus généreuses, plus altruistes. On se demande combien d’hommes seraient prêts à suivre leurs épouses dans un projet d’expatriation et à accepter de s’occuper des enfants et de la famille pendant qu’elles avancent dans leurs carrières.

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