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C’est moi qui porte la culotte !


Parfois, dans un foyer, les départements législatif et exécutif sont du ressort quasi-exclusif de l’épouse. Mais si un tempérament fort de la caporal en chef “maison” peut expliquer cette donne déséquilibrée, il y a parfois d’autres raisons qui peuvent reléguer l’homme à un poste secondaire…

D’où vient l’expression “Porter la culotte” ?

Elle date de la fin du XVIIIème siècle et fait référence à celui qui détient l’autorité, et/ou prend les décisions dans le couple. À l’époque, les hommes arborant culotte (ou pantalons), la devise s’appliquait au sexe dit fort. Une tutelle du masculin naturellement instituée par le porte-monnaie et le maintien ancestral de l’épouse au sein du foyer… Aujourd’hui, la femme a investi de nouveaux territoires, et l’ancien schéma tombe en désuétude. Ironie de l’histoire : des super women à cases multiples se retrouvent maintenant à prendre le leadership dans leur couple. De la marque de la future voiture au choix de l’école des enfants en passant par les courses et la logistique du foyer, elles mettent leur grain de sel à tous les niveaux et font (presque) tout. Perchées dans leur unité de commandement, cinq femmes témoignent et nous relatent le pourquoi du comment…

Quand madame assume son étiquette…

Kenza, 38 ans revendique un côté grande gueule : “j’ai un caractère très fort et je n’aurai pas pu être en couple avec quelqu’un qui me ressemble en miroir ; cela aurait fini en guerre civile! (rires). Lui est plutôt calme, et se range généralement à mes avis, pour éviter toute polémique. Il sait aussi que je n’aime pas déléguer ; car j’ai toujours l’impression que les autres font bien moins que moi et, je vais donc repasser derrière. Dès le début, il m’a abandonné le gouvernail du bateau : je choisis la destination de vacances et son déroulé ; j’invite untel à dîner, décide de la déco du salon, manage le quotidien et les devoirs des enfants, etc.”

Meryem, 33 ans, lesté d’un mari courant d’air : “en pratique, c’est moi qui dois m’occuper de toute la paperasse administrative, être en front line avec les artisans, sur le chantier de notre future maison, jongler avec mes rendez-vous pro pour aller récupérer la petite à l’école, alimenter la maisonnée, etc. Par la force des choses, j’ai dû endosser tous les rôles car mon mari se déplace énormément dans le cadre de son travail.”

Nada, 31 ans, gère le ministère sensible des finances : “mon homme est un panier percé sur le plan des sous. Quand je l’ai rencontré, il était toujours à découvert dès la deuxième moitié du mois. Comme son rapport à l’argent est irrationnel et dangereux, j’ai arrêté les frais très vite. Il vire sur un compte joint les deux tiers de son salaire ; et c’est moi qui gère la boutique. Les dépenses du quotidien, les crédits, les fringues, les sorties ou les extras sont sous ma responsabilité. J’ai aussi accès à son compte bancaire sur internet, et je le rappelle à l’ordre quand il dérape. Évidemment, cette mainmise pécuniaire fait que j’ai mon mot à dire sur tout; mais ce n’est pas plus mal !”

Anissa, 30 ans porte la culotte par défaut : “en détournant le refrain de la chanson de Caroline Loeb (“Passif, il est pensif en pyjama de soie”, on pourrait approcher la vérité de mon cher et tendre (rires). Au début de notre mariage, j’ai bien failli m’arracher les cheveux d’être tombée sur un handicapé du quotidien. Normal : le spécimen vivait auparavant chez sa génitrice qui le maternait et le déchargeait complètement. C’est un rêveur qui attend toujours que je prenne l’initiative des évènements. La qualité de ces défauts, c’est qu’il est aussi très accommodant. J’entends beaucoup de “comme tu veux ou ce que tu veux, ma chérie” qui compensent d’une certaine manière sa nonchalance et son absence de réactivité aux problèmes du quotidien. Il est suiveur ; je suis devenue meneuse en enterrant mes rêves de compagnon protecteur. RIP.”

Fatine, 47 ans lui laisse croire que… “dans sa tête, il est persuadé d’avoir le “power” et de l’exercer. En famille, je ne manque jamais une occasion de rappeler que c’est mon mari qui a décidé de telle chose ou que j’ai besoin de son aval, pour tout ce qui concerne notre foyer. Ainsi, les apparences sont sauves, mais en réalité, je tire les ficelles dans l’ombre. Je lui souffle la marche à suivre ou l’idée ; idée qu’il s’approprie ensuite généreusement (rires). Ma tactique est de suggérer sans imposer ni brusquer. C’est un fonctionnement à l’ancienne que m’a inculqué ma propre mère et qui porte ses fruits. Dernier fait d’armes : j’ai réussi à obtenir qu’il envoie notre fille poursuivre ses études à l’étranger alors qu’il y était farouchement opposé au départ !”

Posture (in)confortable du chéri ?

Épouse toute puissante vs/ homme dominé, voire malmené dans le quotidien : le raccourci serait trop facile… Absent, effacé, pas impliqué, irresponsable ou encore radin semblent des qualificatifs plus appropriés pour dresser un portrait robot grossier du zozo. Car celui-ci est parfaitement susceptible de râler, pinailler sur les détails et au final laisser faire quand il s’agit de se retrousser les manches, agir ou même passer à la caisse ! La passionaria tout terrain ne fait donc que s’engouffrer dans le large corridor, laissé vacant par son électron libre de compagnon. Porter la culotte en pratique ne signifie alors qu’une foule de contraintes ou de corvées à gérer, sans aide concrète, nous rappelle Anissa. Ou, mais pas que… Tirer la charrue dans le couple permet également de garder le contrôle et de peser sur toutes les décisions/ projets communs. Certes, monsieur se la coule douce et se repose beaucoup sur sa moitié ; mais il est supposé aussi consentir à quelques concessions : “il sait ce qu’il me doit et j’essuie rarement un refus quand il s’agit de m’accompagner quelque part ou de me faire offrir un cadeau coûteux”, indique Meryem . Marché de dupes ?

Quand le couple dysfonctionne…

Mais attention, cette configuration n’est pas exempte de court circuit. Hériter de la chefferie sans aucune reconnaissance de la part du conjoint ou être lesté d’un bel oiseau qui vit à vos crochets (y compris pécuniaires) peut déboucher sur un ras-le-bol et un sentiment d’injustice. Le pseudo-équilibre de surface est rompu, et les reproches refoulés éclatent au grand jour. À l’opposé, Madame la marquise peut aussi prendre totalement l’ascendant, et étouffer peu à peu personnalité et liberté d’expression du coquelet. Gare à la rébellion ! Il faut donc savoir porter la culotte, avec grâce sans la serrer aux entournures et la retirer en fonction des nécessités de service ! 

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