Couple

Ça y est, on s’installe !

Écrit par admin

Finie la vie en solitaire ou chez papa et maman ! Finies aussi les visites en cachette chez lui, les vendredis soir, et le DVD qui s’arrête et le “à demain” triste sur le pas de la porte.

La vie à deux commence lorsque les êtres s’unissent dans l’espace. Une belle aventure qui vire au vinaigre lorsque les partenaires se marchent sur les pieds, manquent de disponibilité pour être avec l’autre ou n’arrivent pas à s’adapter à leur nouvelle vie de couple. Pour réussir l’arrimage des conjoints, il faut une bonne dose de générosité et de chat intranet. Entre les couples kibboutz qui se partagent tout et les couples matrix qui se croisent une heure par jour, il faut penser à deux, tenir compte des envies de l’autre, faire des compromis, apprendre à vivre en clone avec des hauts et des bas. Contrairement à ce que l’on croit, partager, faire des compromis, aimer sans condition, savoir écouter l’autre ne sont pas des attributs qui viennent naturellement. Si les premières semaines, tout est enivrant, et qu’on s’extasie sur plein de petits détails, au fil des mois le plaisir ressenti peut se muer en agacement : “C’est encore moi qui débarrasse la table” ou “Il a plus de place que moi dans le placard !”. Les couples se retrouvent face à cette réalité redoutée comme un raz-de-marée : le quotidien, le train-train du “on est là !”, le désir qui s’effrite, le trou noir qui sépare deux mondes. Le but dans un couple est de maintenir la béatitude initiale de l’amour au fil du temps en instaurant, dès les premiers jours, les bonnes habitudes du petit foyer qui deviendra grand !

La guerre des Rose’s

Souvenez-vous de ces scènes finales inoubliables dans la belle demeure des Rose’s, de Michaël Douglas qui livrent une guerre territoriale à sa femme (qui s’est avérée excellente stratège militaire !) et des frontières à chacun peinturlurées de rouge ! Images cocasses qui rappellent que chaque conjoint a besoin d’un espace vital propre à lui et que ce cadre de vie doit être défini ensemble avant le jour J. Attention aux désirs démesurés, genre : “Je veux une pièce de muscu perso”, “Je choisis l’emplacement de chaque vase” ou “Tu ne manges que ce que je mange !”. Cet espace à deux doit satisfaire les besoins à chacun et apporter la sérénité et un sentiment de bien-être. Les besoins individuels peuvent très bien se différencier, se combiner ou s’exclure sans s’entrechoquer. L’intimité du couple commence dans les choix et les détails du cadre formel : les meubles et les objets, la déco et les couleurs, la disposition et l’usage des pièces. A quoi il faudrait ajouter la gestion domestique qu’on aborde amoureusement au début et qu’on met de côté en cours de route : comment s’organiser dans la nouvelle maison, qui fait quoi, quels loisirs payants sont indispensables pour vos équilibres personnels, comment varier les soirées et leurs programmes ? Bref, échafauder un véritable carnet de route qui apporte une meilleure visibilité à chacun en permettant de satisfaire au mieux les doléances des deux conjoints. Celles-ci ne resteront plus à l’état gazeux et personne ne ruminera sa revanche, genre : je m’installe avec ma propre télé pour voir mes émissions préférées, ou je me tape le mois prochain un habit à 5.000 balles ! La création d’un nouveau foyer doit apporter une sérénité et une joie de vivre aux deux conjoints.

Votre vie intime… zapping

Le couple, parce qu’il vit ensemble, a apparemment du temps à la maison… mais ce n’est pas si simple ! Entre le travail, les amis, la famille, la fatigue… on a vite fait de ne pas voir les jours passer et de se retrouver débordés sous peine de ne plus savoir à quoi ressemble l’autre ! Il est essentiel de se réserver, dès le départ, des petits moments privilégiés, où chaque partenaire est totalement présent et disponible intellectuellement pour l’autre, où il oublie ses soucis professionnels et matériels. L’intimité est à double tranchant… chut, il faut la vivre et la préserver. On s’installe avec nos grains de beauté et nos points de côté, alors… plus de rewing possible pour retoucher le décor. S’installer, c’est une rencontre du troisième type qui fait remonter les tares, les défauts et les vices cachés. L’installation s’apparente souvent à une expédition dans un no man’ land où l’on fait des rencontres saugrenues : “Ah, bon, je ne croyais pas que tu étais ainsi”, ou plus opaque encore : “Ah, c’est toi ça !” Coucou, dis-moi qui tu es et je te dirai qui je suis. Il faut aussi faire avec les manies du conjoint, renoncer à pas mal de petites choses agréables du passé… dont il faut, soit dit au passage, sagement faire le deuil ! Et oui, on s’habitue à voir superman malade, au fond du lit, le gros carton de kleenex à portée de main et appelant à l’aide sa maman ! Sortez, trouvez des activités communes, cultivez vos centres d’intérêt, alimentez votre intimité. C’est le socle de tous les foyers. Pour que l’installation à deux ne tourne pas à la simple cohabitation, les conjoints doivent être animés du désir de prendre soin de l’autre, de lui faire plaisir. Les baisers, compliments et autres témoignages d’affection sont de bonnes habitudes d’attention. Les petits gestes, les caresses poussent à asseoir la communication émotionnelle sur de bons rails. Consacrez du temps à l’autre, partagez des moments ensemble.

Un point de départ satellitaire

Le jour J, on oublie d'urgence les comparaisons avec la maison paternelle. S’installer ensemble prend un sens aigu dans une société qui retient le plus longtemps possible les adultes dans le giron des parents. Devenir autonome, c’est bâtir une nouvelle existence où l’on s’essaie à l’algèbre divine : 1+1= 1, où chacun évoluera pour l’harmonie d’une union ! Beaucoup vivent mal cette adaptation, notamment lorsque le petit foyer est un chouia arrangé et que la femme est livrée à l’inconnu (tout comme l’homme d’ailleurs !). Sombre description ? Non ! Juste une réalité qu’il est largement possible de transcender, à deux, si le couple est capable de faire des compromis et de communiquer. Cette vie commune joyeuse, tendre, et heureusement le plus souvent complice, ne va pas sans un formatage et un profond rapprochement des idées. Tout en harmonisant ses désirs, il faut accepter de changer. Cela fait partie du contrat du parfait installator qui vous lie les douces moitiés et non moins colocataires à vie. Quand on aime, on ne compte plus… les sacrifices, devrait dire le bon vieux dicton ! Mariage des contraires, polissage des nuances, installation des systèmes de reconnaissance et d’exploration en apnée, antennes téléguidées de l’extérieur (du côté des familles !!), je te veux comme ci, je te veux comme ça… Une bizarre alchimie qui fait pourtant tourner le monde et a ses éternel(le)s satisfait(e)s. Alors pas de chichi, il faut prendre le taureau par la douceur et la voie royale de la diplomatie et du “avançons ensemble pour ne point couler ensemble aussi !”

Rester soi tout en changeant

Vivre à deux n’est pas se fondre dans la vie de l’autre, ou absorber son partenaire dans sa propre vie. Un couple dans un nouvel appart, c’est de nouveaux repères avec lesquels il faut jongler. Mais l’installation, finalement, permet de renforcer le couple. Si chacun est capable de se remettre en question et d’être à l’écoute du partenaire, ces moments cruciaux d’adaptation psychologique sont constructifs. L’important est de ne pas s’oublier soi-même tout en tenant compte de l’avis de l’autre. Difficile ? Enfin, lorsqu’on aime, rien n’est impossible (un troisième dicton à épingler sur la porte du frigidaire).

Témoignages

Rachida, 32 ans, architecte
Le plus important est d’apprendre à composer. Quand je suis partie de chez mes parents, à 26 ans, je voyais ma vie matrimoniale comme un eden !
Je m’imaginais toujours belle, ne quittant pas mon époux d’une semelle et disposant de beaucoup de temps pour notre vie à deux. En m’installant, j’ai été confrontée peu à peu à la réalité : le gagne-pain, les humeurs versatiles de chacun, les soucis professionnels qui faisaient irruption jusqu’à notre chambre intime… Entre rêve et réalité, je me suis adaptée à cette nouvelle vie dès les premiers jours, profitant pleinement de mon bonheur et acceptant les petits moments difficiles. Le plus important, c’est de vouloir que les choses se passent bien.

Sanae, 27 ans, assistante de direction
J’ai fréquenté Adil pendant trois mois avant notre union. J’avoue que j’avais peur de m’installer loin de ma famille, dans une autre ville, avec lui. Mais tout s’est bien passé. Je crois que notre secret, c’est le respect mutuel. Beaucoup de couples finissent par s’entredéchirer s’ils ne préservent pas ce respect. Et cela vient des bonnes résolutions à adopter lorsqu’on s’installe. Cela commence le premier jour.
 n Amal, 29 ans, pharmacienne
Le plus dur, c’est de perdre son identité et ses habitudes du passé. Il faut jongler avec les privations et nouveaux besoins nés de la vie en couple. Quand je me sens déprimée, je vois tous les bons côtés de ma nouvelle vie et je suis tout de suite rassurée. Je crois que l’être humain a une chance inouïe : il peut progresser dans la vie et c’est cette ligne de mire qu’il faut avoir en tête au sein d’un couple. Autrement dit, il faut être dans un projet.
 
Ahlam, 28 ans, ingénieur
Il faut entrer dans la vie et gérer tout ce qui se présente. Nous avons fait la vaisselle et le ménage à deux, pendant des années, avant de pouvoir engager du personnel. Parfois, c’était moi qui descendais la poubelle, lorsqu’il ne pouvait pas le faire… Et alors ? La vie à deux demande un compromis général.
 
Zineb, 33 ans, commerçante
Je vis avec mon mari depuis deux mois. Je suis en phase de découverte. C’est vrai que c’est fatigant, un foyer ! Et puis, il reste si peu de temps pour penser à soi. Mais j’ai vite compris qu’il fallait donner du temps à chaque chose et être attentive à tout ce qui fait le train-train de la vie. Mon mari ne m’aide pas pour le ménage, mais depuis deux semaines, il s’y met, à son rythme, et commence à donner un coup de main par ci, un autre par là ! Lui, de son côté, m’initie petit à petit à Internet car il veut partager ses hobbies à la maison avec moi…

Bathoul, 29 ans, esthéticienne
L’adage dit qu’on se marie pour le meilleur et pour le pire ! Il y a, à côté des bonnes choses de la vie, des devoirs qu’il faut accepter dans une vie à deux. Ces devoirs, on ne les choisit pas avant le mariage, mais ils s’imposent d’eux-mêmes lorsqu’on pratique la réalité au jour le jour et que le couple s’installe. On ne vient pas avec son trousseau de désirs : ça oui !, ça non ! Un couple ne peut pas marcher comme ça. Les conjoints doivent se dire : Voilà ce qui nous attend, fonçons et soyons heureux.

L’avis du spécialiste

Interview de Amal Chabach, psychologue à Casablanca.

“Chacun ramène avec lui son éducation, ses préjugés, ses expériences, ses déceptions et sa famille”

Pourquoi est-ce si difficile, sur un plan psychologique, de se mettre en couple ?
Quand deux personnes décident de s’unir pour la vie, plusieurs facteurs entrent en jeu. En effet, chacun d’entre eux, amène avec lui son éducation, ses préjugés, ses expériences, ses déceptions, ses joies, ses attentes, sa famille… Deux mondes complètement différents qui s’unissent du jour au lendemain, pour le meilleur et le pire. Chacun d’entre eux s’est construit un château dans le pays des merveilles, la jeune mariée croyant trouver le prince charmant, son sauveur, et le jeune marié pensant choisir la belle au bois dormant qui réaliserait tous ses rêves… Le problème, c’est la réalité de tous les jours, la vérité de tout un chacun, le fait que personne n’est parfait et que tolérance, adaptation et respect mutuels sont les maîtres mots de toute union aussi idyllique soit elle. L’imaginaire idéaliste leur joue des tours, aidé par les sentiments d’amour et de désir.

Dans quels domaines de la vie surgissent généralement les premiers conflits du couple ?
Vous savez, grandir avec des habitudes précises, des perceptions précises, des comportements précis, c’est tellement difficile et parfois impossible à changer sauf avec un très bon vouloir de la personne et malgré cette condition, cela demande énormément de temps et beaucoup d’efforts. Du jour au lendemain, fréquenter jour et nuit un autre être différent de soi est réellement un challenge pour tout être humain. Ne plus penser en individuel et penser “en couple”, décider à deux, s’adapter aux besoins de l’autre sans oublier ses propres besoins… Tout cela crée souvent des tensions, des déceptions et sauf si les partenaires ont conscience de tout ce phénomène, la vie à deux deviendra bientôt infernale. Les premiers conflits surgissent donc dans tout ce qui concerne la vie de tous les jours, les frictions d’adaptation, et parmi eux tout ce qui est en relation avec les dépenses et les choix du couple et du foyer.
 
Les femmes qui ont pris le temps de fréquenter leur fiancé avant la vie de couple, ont-elles davantage de chances de vivre sereinement la transition ?
Le fait de fréquenter plus longtemps une personne nous permet de la connaître un peu plus, mais jamais totalement. C’est clair que c’est fortement recommandé de connaître son futur mari ou sa future femme, sa vision de la vie, ses préférences, ses attentes du couple. C’est très important de s’approcher de l’autre et de sa famille, de voir et de décider si compatibilité il y a.

Quelles sont les bonnes résolutions à prendre lorsqu’on s’installe ?
D’abord et avant tout la sincérité et le respect de l’autre, de ses convictions et de ses besoins. Il ne faudrait surtout pas essayer de changer l’autre car vous n’y arriveriez jamais. Le changement, s’il doit se faire, viendra de la personne elle-même, et elle le fera par amour. Vous êtes deux entités différentes qui ont décidé de s’unir et de construire un foyer, une famille. Aimez-vous, respectez-vous et donnez à l’autre ce que vous avez en mieux en vous, vous ne serez pas déçu du résultat. L’ego a détruit tellement de couples, il ne faut pas l’écouter ni le laisser prendre les rênes de votre personnalité. Il faut l’utiliser pour aimer, servir, tolérer et construire.

Comment faire pour accepter l’autre dans sa différence ?
Il n’y a pas de secret. Accepter l’autre tel qu’il est se fait dans l’amour et la tolérance. Chaque être humain est particulier. Cette différence fait de lui sa richesse, son individualité créatrice et son moi original. Quand on a choisi notre partenaire de la vie, c’est pour sa différence par rapport à nous et aux autres, c’est ce qui a fait de lui ou d’elle l’Elu(e) de votre cœur. Essayer de changer l’autre créera des problèmes et des frustrations. Le mot clé d’une relation équilibrée est la tolérance, l’acceptation, le respect et l’amour. Imaginez la relation comme un équilibriste sur un fil tendu : une fois, il s’équilibre avec son bras droit, une fois avec son bras gauche. S’il persiste sur un seul côté, il rate son numéro.

A quel moment peut-on dire que la vie en couple est bien arrimée dans son satellite ?
La vie est changement. Rien n’est jamais acquis. Pour avoir une relation de couple équilibrée, un effort mutuel permanent est nécessaire pour maintenir la barque sur l’océan de la vie. Quand il fait beau, le couple profitera ensemble de la richesse de la nature et leurs sentiments sincères, et quand il y a un orage, ils uniront leurs deux forces pour s’en sortir et continuer leur vie à deux, savourant leurs apprentissages et leur développement grâce aux difficultés résolues et dépassées. En tous les cas, si des problèmes surgissent et que sur un coup de colère, l’un d’eux décide de changer de barque, il ne faudra pas qu’il oublie que ça sera toujours avec un autre être différent que lui, et que les conditions seront toujours les mêmes.

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