Chroniques

Lookbook du viol

Écrit par Dounia Filali

« Qu’est-ce que tu portais ? » La photographe Katherine Cambareri a osé répondre en images à cette question offensante pour les femmes violées. Une exposition qui vous glace le cœur.

La photographe a pris un contrepied osé. Pour un projet de thèse, Katherine Cambareri a décidé d’exposer ce que portaient des victimes le jour de leur agression sexuelle. Un coup de vitriol visuel.

«Je trouve insensé que les survivantes du viol aient droit à ce genre de questions et soient blâmées avant de pouvoir raconter leurs histoire. J’ai voulu montrer à quel point ce type de questions est inutile et blessante pour la victime. » raconte l’artiste.  Et pour cause, ce genre d’assertions, en plus de dénaturer un crime, est un réel fardeau. L’interlocuteur d’une femme violée tente de justifier un viol, consciemment ou non, par la tenue de la victime qu’il jugera ou non provocante. Mais le viol ne se provoque pas. Il se subit au détour d’une rue, dans un lit conjugal ou en pleine journée. Il n’appartient à personne sauf à l’incommensurable haine et cruauté des prédateurs. Ce n’est pas la faute de votre t-shirt, de votre djellaba ou encore d’une mini-jupe. Surtout pas d’une mini-jupe. « Tu l’avais bien cherché, tu n’avais pas à t’habiller comme ça », disent les badauds ou vos amis. C’est un deuxième viol. C’est le mépris de votre intégrité physique sous couvert de bonne conscience. Crime psychologique organisé par la société qui vous avait promis que l’espace public était à vous. Que vous pouviez sentir le vent sur vos cheveux et ignorer les pas derrière vous. Maintenant, votre souffle est court et cette fatale étreinte vous hante à jamais. « Mais, sans indiscrétion, vraiment, c’est pas pour dire mais qu’est-ce que tu portais ? », te décoche ton amie. Et ça recommence. Tu te mure dans ton silence et n’en parle à personne. La noirceur s’empare de ton âme et l’atmosphère a une odeur de soufre. Comme cette nuit, comme ce jour, comme en janvier, comme en décembre. Tu te regardes dans le miroir mais tu n’es plus la même, c’est une lumière de vie qui s’est éteinte dans ton regard. Ce jean slim bleu marine, tu l’avais acheté en soldes dans une vielle boutique de ton quartier… Tu te mets à penser qu’il était peut-être un peu moulant finalement.

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