Carriere

On change de cap!

Écrit par admin

Changer de cap professionnel, c’est décider de revoir sa carrière, de se reconvertir dans un métier auquel on n’était pas prédestiné de par sa formation. Changer de cap, c’est abandonner une carrière pour l’adrénaline de l’aventure. C’est aussi faire le grand saut dans le vide, laisser tomber la stabilité pour la péripétie ; et camper un nouveau rôle pour se retrouver, tout simplement. Une entreprise périlleuse mais qui, d’entrée de jeu, entraîne ses acteurs vers le bien-être.

En croisant cette ancienne camarade de classe, Selma s’est remémorée toutes ces années passées sur les bancs de la fac de droit, les immenses amphithéâtres, le prof de criminologie qui faisait de son cours une vraie trame de polar, l’avenir ravissant d’avocate auquel elle était promue et même cette espèce de cape noire indispensable à l’exercice de la profession offerte par sa maman à l’occasion de son obtention du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat. Tout ceci est aujourd’hui derrière elle, tout comme le badge de justice collé sur le pare-brise de sa voiture et qui avait la particularité de produire un drôle d’effet sur les agents de circulation. Ceux-ci d’ailleurs, la scrutent différemment aujourd’hui lorsqu’en examinant ses papiers, ils découvrent qu’elle est journaliste. La presse n’a été, comme pour beaucoup d’autres, que le résultat d’un long cheminement ponctué de questionnements, d’expériences, et de recherche de soi. Tout comme elle, Karim a laissé tomber son job d’ingénieur mécanicien d’avion pour s’aventurer dans le pilotage, une passion découverte lors de l’exercice de ses fonctions, au prix d’un retour à l’école et avec cela, une dépendance financière vis-à-vis de sa famille. Ils sont nombreux à décider, du jour au lendemain, de tout plaquer pour suivre un cri, un désir, cet on-ne-sait-quoi d’indéfinissable qui somme les gens de changer de vie. Un nouveau boulot, un nouveau départ… et l’aventure prend des allures de passion amoureuse, de celles qui vous emportent dans le délicieux sillage de l’interdit. Mahi Binebine l’a fait ; il a sacrifié ses cours de maths à la peinture, guidé par l’évidence qu’il n’y avait d’autre réalisation pour lui que celle de ces corps torturés aux couleurs lumineuses. Résultat : sa dernière expo a frôlé l’émeute et l’une de ses sculptures a été évaluée à un million de dollars. Si au passage, ce grand artiste qui a marqué son temps, a pris le risque d’investir le monde de l’art et de la peinture sans souffrir des affres du besoin ou de l’échec, d’autres par contre, n’ont pas rencontré une telle satisfaction financière, mais qu’importe ! Ils l’ont largement compensée par d’autres accomplissements.

Du barreau aux piges

Six années passées au milieu de valeureux prétendants au titre de juriste, professeurs zélés et codes de droit avaient pourtant réussi à convaincre Selma du prestige de l’univers sur lequel débouchait sa formation. Et à l’instar de ses compères, elle commençait même à s’en enorgueillir. En se spécialisant en droit des affaires, la jeune étudiante se projetait dans un futur frémissant de dynamisme, où le défi de rendre justice l’emporterait sur la cupidité du genre humain. Elle s’imaginait défendre des institutions, disculper des innocents et sauver des sociétés de la faillite. Mais c’est en faisant un stage dans le service juridique d’un grand cabinet d’audit de la place, qu’elle s’est heurtée aux énormes murs que sont les procédures. Un océan de règles contraignantes obéissant à une bureaucratie archaïque et ne laissant que très peu de marge de manoeuvre à Selma qui découvrait ainsi, déçue, le milieu du droit d’entreprise. Plus tard, elle décide tout de même de tenter l’expérience du barreau, histoire d’embrayer sur le projet de toute une vie. Après tout, que pouvait-elle faire après un aussi long cursus d’études ? Renoncer au droit, à six années d’études ? Pour faire quoi ? Autant de questionnements qui l’ont turlupinée sans pour autant la décourager. La jeune juriste se sentait entraînée dans un courant auquel il était impossible d’échapper. Elle se laisse embarquer, poursuit son bonhomme de chemin, mais au bout d’un an de stage en cabinet d’avocats, elle craque, sombre dans la dépression, mais se relève tout aussi vite, lorsqu’elle se rend compte de l’évidence : le monde du droit est un monde de pouvoir alors qu’elle est plus dans la relation humaine. Selma a toujours été créative dans tout ce qu’elle entreprenait et ne pouvait se départir aussi longtemps de ce besoin, elle ne pouvait se cantonner dans des situations auxquelles d’autres avant elle avaient trouvé des solutions. Elle prend le temps de débroussailler ses envies, remonte à la base, se reconnecte avec elle-même. Et aux souvenirs de remonter à la surface : le droit était en fait, juste un ultime recours, lorsqu’après son bac, son père refusant de l’envoyer étudier l’interprétariat à l’étranger, elle s’était retrouvée sans aucune inscription. Elle a toujours été sensible aux rencontres, aux gens, à l’humain. De surcroît, elle affectionne particulièrement l’écriture et a pris le temps de développer son esprit de synthèse et son sens de la critique en répondant aux épreuves de droit. Plus tard, un coach d’entreprise la félicitera pour son courage d’avoir franchi les trois étapes aussi jeune et sans l’accompagnement d’un professionnel : l’évaluation de ses compétences, la recherche de ce en quoi elle devait se reconvertir ainsi que sa réalisation. En devenant journaliste, Selma a eu la chance de ne pas trop dépenser son énergie dans une carrière qui n’était pas la sienne et a changé ainsi de cap très vite, lorsque d’autres ne le font que bien plus tard.

Sur le chemin du don de soi

Depuis toute petite, Amal s’imaginait vivre dans un pays où on s’occuperait des gens, où on en prendrait soin. Très jeune, elle savait déjà que c’est cette relation d’aide qu’elle recherchait à travers son travail. En choisissant de faire un DESS en sciences de la vie et de la terre, elle se concoctait un avenir agréable avec “Terre des Hommes” ou une organisation du genre. Seulement, elle avait un mari et des enfants et il fallait redescendre sur la planète Maroc histoire d’y glaner un métier exerçable, quelque chose qui puisse s’accommoder au conformisme ambiant de l’époque. Elle s’est posée alors la question de savoir quelle était sa vocation première. D’emblée, l’enseignement lui a tapé dans l’oeil. Son père était enseignant, ainsi que quatre de ses frères et soeurs. Le premier jalon d’un long cheminement dans les métiers du don de soi était donc posé. En devenant enseignante, elle est devenue la confidente préférée des collégiens, leur tendant l’oreille. Mais quelque chose la poussait à explorer loin, dans les tréfonds de son être, ce quelque chose qui lui manquait. Elle avance, doucement, sûrement. Elle arrive dans un établissement où il y a des enfants en difficulté. Elle se retrouve leur venant en aide, sans aucune formation, sans le moindre outil que son don inné, son amour de l’autre. En parallèle, Amal rejoint l’Association de Lutte Contre le Sida en tant que bénévole. “Une grande école”, répètet- elle à l’envi. Une grande ouverture vers de nouveaux horizons, ceux qui vous apprennent qu’en allant vers l’associatif avec l’idée de donner, vous en recevez autant sinon plus. Elle enchaîne les formations au sein de l’association, s’enrichit, s’ouvre et prend tout ce qu’on lui donne. Elle commence inconsciemment à mettre son expérience au profit de ses étudiants. Elle prend conscience de son besoin de s’outiller afin de mieux les accompagner. Une formation l’envoie vers une autre et son niveau de conscience s’élève crescendo. Elle sent qu’elle vire vers autre chose. Petit à petit, elle chemine. Elle ne savait même pas qu’elle pouvait y arriver, mais un jour, elle se retrouve en train d’animer des ateliers pour enfants en difficulté. Ceux-ci l’adoptent d’emblée et sont rapidement à l’aise. Elle se retrouve par conséquent à travailler sur le trio enfant/parent/ enseignant. Le changement est là. C’est évident : elle


 

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