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Amal Hihi : Et si on osait enfin se réaliser ? (Interview)


Sentiment de stagnation au travail ou perte de sens ? C’est une sensation partagée par beaucoup d’entre nous à un moment donné de sa vie. Amal Hihi, experte en management et en leadership a conçu une méthode pour enfin s’épanouir. Elle l’a baptisée S.O.L.A.I.R.E. et la décline dans son récent livre “Osez rayonner”.

Il existe une multitude de méthodes de coaching. En quoi la vôtre est-elle différente ?

Elle est novatrice dans le sens où j’ai développé une méthode d’auto-coaching intitulée S.O.L.A.I.R.E. qui se présente sous forme d’acronyme où chaque lettre correspond à une étape. Ainsi S comme Situation initiale, O comme Objectif, L comme Leadership, A comme plan d’Action, I comme Innovation, R comme Résultats et E comme Extension. Je l’ai pensée en prenant le meilleur de chaque outil, déjà existant, avec lequel je me suis moi-même formée. J’en ai fait un mix, facilement appropriable et surtout utilisable. Elle permet de réaliser un auto-diagnostic et de lancer sa propre feuille de route.

À qui est-elle destinée ?

Elle a l’avantage d’être destinée à toute personne qui n’est pas forcément familiarisée avec les outils de développement. Car grâce à cette méthode, on peut arriver à mettre le doigt sur l’objectif vers lequel on a envie d’avancer que ce soit au niveau professionnel mais aussi personnel.

Dans votre livre, on découvre qu’un bon leader doit posséder 12 qualités. Quelle est votre technique pour les développer ?

Selon la recherche menée sur 20.000 cas de leaders et réalisée par Zenger et Foldman, il existe 12 qualités qui sont l’intégrité, la capacité d’entraînement, l’adaptabilité, l’ouverture d’esprit, la responsabilité, l’apprenant efficace, l’esprit de décision, les qualités relationnelles, l’organisation, le bon communicant, la détermination et l’esprit d’analyse. Quand on y réfléchit, c’est assez logique. Mais ce qui est important d’avoir en tête, c’est que nous ne les avons pas toutes. On doit les développer tout au long de notre parcours. Il faut ainsi identifier celle qui va être un levier pour atteindre le but fixé, et se focaliser dessus. D’après moi, on ne doit pas parler de technique mais d’actions. Ainsi, je vais mettre en place celles nécessaires pour pouvoir améliorer la qualité comportementale identifiée. Par exemple, si j’ai un problème de communication, je peux suivre une formation me donnant les astuces à mettre en œuvre.

Parmi les qualités citées, quelles sont celles indispensables à vos yeux ?

J’en citerai deux. La première, la communication efficace, à savoir être dans l’écoute de l’autre et l’adapter à l’autre. La seconde, c’est la détermination. Car sans cela, vous n’irez pas bien loin d’autant plus que rien n’est facile dans la vie professionnelle comme personnelle. C’est à travers la persévérance qu’on y arrive.

Dans tous les cas, acquérir les 12 qualités requises n’est pas la clé automatique (ou suffisante) de la réussite. Car à la lecture de votre livre, il semble qu’oser entreprendre n’est pas si facile que cela…

Effectivement, oser entreprendre, c’est un ensemble de détails dont chacun a son importance. D’ailleurs, c’est pour cette raison que la méthode S.O.L.A.I.R.E. repose sur un processus à suivre. En effet, les trois premières étapes de ladite méthode (Situation, Objectif, Leadership) ne sont qu’un préambule vers le chemin de la réussite. Car ce qui va transformer les objectifs en réalité, ce sont les actions et l’innovation. Vous savez, beaucoup aujourd’hui laissent très vite tomber un projet qui ne fonctionne pas comme voulu, alors qu’il faut apprendre de ses échecs, innover, et se remettre en permanence en question.

Oser s’affirmer, c’est aussi apprendre à dire “non”. Quelle est votre technique pour s’imposer avec tact sans froisser personne ?

S’affirmer vient avec la détermination. Ayez toujours en tête que lorsque vous dites “non” aux autres, à une demande ou à une sollicitation, vous dites “oui” à vous-même, à votre objectif et à vos priorités. On peut dire “non” de différentes manières. L’idée est de le dire avec bienveillance, et non dans l’agressivité. Proposez ainsi des alternatives, sans pour autant vous justifier. Par exemple, si vous n’êtes pas disponible tel jour pour réaliser tel projet, vous pouvez le faire les jours suivants. Face à votre supérieur hiérarchique, cherchez à comprendre la demande et ayez le courage et l’audace de poser vos contraintes. Par exemple, si vous travaillez sur un projet qui vous accapare tout votre temps, et qu’on vous en donne un autre, ayez une conversation avec votre chef afin de clarifier la situation et demandez-lui de trancher, en déterminant la priorité.

Les croyances limitantes sont un véritable frein à notre épanouissement professionnel ou personnel. Vous dites qu’elles nous bloquent souvent de manière inconsciente. Comment les identifier pour mieux s’en défaire ?

Les croyances limitantes, ce sont tous les freins mentaux qui nous bloquent. Et le problème, c’est qu’ils nous font rentrer dans un cercle vicieux, se déclinant de la manière suivante : je crois que je ne vais pas y arriver, donc je ne le fais pas, puis je suis déçue de ne pas l’avoir fait, confirmant ainsi ma croyance limitante qui est je ne suis pas capable. Résultat : il faut arriver à l’opposé du message négatif qui vous empêche d’y aller.

Tout au long de votre bouquin, il y a un mot qui revient sans arrêt : la peur. Comment en finir avec cet obstacle qui touche principalement les femmes ?

La peur est une émotion instinctive qui peut être un frein. La solution ? L’apprivoiser et se dire qu’au lieu de la hisser devant soi, questionnez-vous. Quel message envoie-t-elle ? Comment se rassurer ? L’un des exercices que je propose dans le livre permet de résoudre le conflit intérieur entre notre envie et notre réticence. Pour cela, on écrit dans un tableau “qu’est-ce qui se passerait au pire?” et “qu’est-ce que je peux faire pour éviter que ça arrive ?”. Autre technique : imaginez le pire scenario. Car au final, il n’y a pas mort d’homme. Vous pouvez vous relancer après. Savez-vous que 95% de nos peurs ne se réalisent jamais ! C’est dans nos têtes. So what? Et si on essayait de les dépasser ?

Dans l’essai “Happycratie”, les auteurs Eva Illouz et Edgar Cabanas dénoncent les méfaits de la “psychologie positive”, cette quête sans cesse du bonheur devenue omniprésente au XXIème siècle. Selon vous, ce “mal” est-il aussi présent dans le développement professionnel ?

Pour moi, on ne peut pas passer sa vie à la recherche du bonheur car on risque de se perdre. La clef du développement se trouve chez la personne elle-même. Ce que je partage dans le livre n’est pas une recette. Au contraire, j’invite le lecteur à réfléchir et à faire une introspection, en définissant lui-même ce qu’il pourrait le rendre heureux. Chacun va définir sa propre méthode. C’est vrai que nous sommes dans une ère où tout bouge très vite, donnant l’impression que nous devons courir aussi pour nous développer rapidement sans prendre forcément le temps de savourer les petites réussites que nous sommes en train de réaliser. La vie est pourtant cette somme de petits instants qu’il faut savourer à leur juste valeur aussi bien personnellement que professionnellement. 

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