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Tala Hadid : Visions d’une cinéaste cosmopolite

Écrit par FDM

Installée à Marrakech depuis 5 ans, Tala Hadid est à la fois cinéaste, productrice, écrivaine et photographe. Ses documentaires, à l’instar de “House in the fields” interrogent la condition des femmes et leurs combats pour une vie digne. Elle prépare actuellement un documentaire sur les nomades. Entretien.

Vous êtes écrivaine et photographe, mais principalement cinéaste. Qu’est-ce qui vous a incité à faire du cinéma ?
J’ai commencé très jeune à faire des films. Je pense que le cinéma entretient une relation privilégiée avec le temps et l’immédiateté du monde qui nous entoure. C’est très différent du langage. La pensée, l’écriture ou même la philosophie ne sont pour moi que des outils qui démontrent un acte créatif. J’ai un faible pour le cinéma et la photographie, mais la poésie est également très importante dans ma vie.

En tant que maroco-irakienne née à Londres, comment ce contexte multiculturel a-t-il impacté votre vision de cinéaste et d’artiste ?
Parler différentes langues a eu un impact sur ma vie et sur ma façon de me comporter. Je me sens profondément marocaine car c’est la famille de ma mère qui m’a élevée, et elle fait partie de moi. La famille de mon père aussi, mais d’une autre manière. J’ai grandi à Londres, mais c’est en Amérique que j’ai été éduquée et passé la plus longue partie de ma vie. Nous vivons dans un monde de nationalisme extrême et il me semble que les personnes originaires de nombreux pays et de sociétés ouvertes et diverses sont menacées. Une personne qui vient de nulle part et de partout est bénéfique pour toute société qui veut progresser…

Vous avez passé la plus grande partie de votre vie à Londres et à New York, mais la plupart de vos travaux se concentrent sur la région MENA…
J’ai des amis américains et anglais qui contribuent à la production culturelle et intellectuelle de leur pays. Ma solidarité profonde est dirigée vers ma région d’origine car pour le moment, c’est là où je me sens le plus chez moi. Et bien que j’aie choisi de vivre au Maroc, que j’aime profondément, je suis aussi une personne cosmopolite,  composée de beaucoup de choses différentes.

Le fait d’être une femme d’origine ethnique dans le secteur vous a-t-il servi ou desservi ?
Oublions le cinéma. Sur le marché du travail, les femmes ne reçoivent pas un salaire égal, elles sont agressées dans différentes sociétés… Mais les masques sont tombés. C’est toujours aussi difficile pour les femmes, mais on remarque une certaine progression, au niveau politique dans beaucoup de pays.

Vous avez été membre de plusieurs jurys, dont celui du dernier Festival du film de Marrakech. Pour vous, qu’est-ce qui distingue un film ou une performance ?
Simplement une forme de vérité. Un peu de vie et de réalisme. C’est un film qui projette quelque honnêteté dans un monde malhonnête.

Quels sont vos prochains projets ?
Je travaille sur trois projets : un documentaire, une fiction et enfin un hybride fiction/documentaire. J’ai voyagé toute l’année 2018 avec mon film Tigmi Nigren (Maison dans les champs) et je pense qu’il est temps pour moi de me concentrer sur le tournage. Ce sont tous des portraits, dont l’un est celui d’une ville marocaine.  Je trouve que le Maroc est une source d’inspiration infini… 

Bio express

Née à Londres d’une mère marocaine et d’un père irakien, Tala Hadid est une réalisatrice et productrice primée. Ses films, Tigmi Nigren (2017), “House in the fields” (2016) Your Dark Hair Ihsan (2005) et Itar el-layl (2014) ont été projetés dans plusieurs festivals de films du monde entier, notamment à Berlin et à Venise. Également photographe, Tala Hadid a exposé au Museum of Modern Art de New York, à l’Institut du Monde Arabe de Paris et dans plusieurs autres lieux.  Depuis 5 ans, Tala Hadid est installée à Marrakech.

Par Amal Asebriy

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