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Mort tragique de l’écrivaine maroco-néerlandaise Naïma El Bezaz

Écrit par FDM

Connue pour ses positions féministes, ses écrits audacieux sur la religion et son franc parler, l’écrivaine néerlandaise d’origine marocaine Naima El Bezaz, 46 ans, s’est donné la mort le 7 août 2020. Sa mort a provoqué un choc dans l’univers de la littérature et des défenseurs de la liberté d’expression.

L’annonce de la mort de Naima El Bezaz a été faite par un autre écrivain d’origine marocaine Abdelkader Benali. Sur son compte twitter, il a rendu hommage à celle qui l’a « immédiatement impressionné. Intelligente et pleine d’esprit. Elle m’a dit ce que je devais faire en tant qu’écrivain pour réussir”. Le journal néerlandais Hart van Nederland a également rapporté que Naïma El Bezaz, se serait donné la mort.

Originaire de Tighssalin dans la région de Khénifra, Naïma El Bezaz émigre avec sa famille aux Pays Bas à l’âge de 4 ans. Objet de moqueries et quolibets du fait de ses origines nord-africaines, elle a eu très jeune envie d’écrire un livre. Mais écrivait-elle « même mes professeurs ne me prenaient pas au sérieux. Les gens me regardaient et se disaient constamment: celle-ci ne va jamais réussir ! ». Elle va démentir tous les mauvais pronostics et écrire son premier roman à l’âge de 21 ans « De weg naar het noorden » (La Route du Nord). Le roman qui raconte l’histoire d’une Marocaine qui  aspire à une vie meilleure en Europe remporte le prix Jenny Smelik-IBBY en 1996. Le livre se classe d’ailleurs dans le top 10 des livres les plus achetés aux Pays-Bas. En 2008, elle publie Het gelukssyndroom  (Le syndrome du bonheur) De Verstotene  (La paria) dans lesquels elle écrit sur sa lutte contre la dépression. La notoriété de Naïma El Bezazse se confirme avec son livre Vinex Women, baptisé du nom de son quartier de résidence Vinex à Zaandam, une ville néerlandaise. Publié en 2010, l’ouvrage est non seulement une plongée impitoyable dans l’univers de la sexualité, mais aussi une description détaillée de sa vie dans ce quartier. Son troisième livre dérange tout autant puisqu’elle y parle de double culture, de l’identité et de l’impossible intégration, faisant référence à sa propre enfance et son émigration vers les Pays-Bas. « Au service du diable » publié en 2013 est son dernier ouvrage.
Les écrits de Naïma El Bezzaz qui évoquent sans tabous la condition féminine, la sexualité, l’immigration, l’identité, l’Islam et la dépression ont été vivement critiqués par certains membres de la communauté marocaine et des  extrémistes. Insultée et agressée dans la rue, elle reçoit même des menaces de mort. Plongée dans une grave dépression, elle est internée pendant de longues périodes entre 2013 et 2020. Sa mort tragique survient un mois à peine après qu’elle ait annoncé son retour sur Twitter. Naïma El Bezaz était mariée et maman de deux enfants.

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