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Meriem Borja

Écrit par admin

La trentaine, dynamique, rieuse, Meriem Borja a une joie de vivre contagieuse et une motivation à toute épreuve. Sa passion, c’est la montagne, et dès qu’elle en a l’occasion, elle s’échappe de sa vie casablancaise pour partir à l’assaut des sept plus hauts sommets du monde. Dans son palmarès, le Mont Elbrous, plus haut sommet d’Europe, et le Kosciuszko, le plus élevé d’Australie… Meriem Borja peut être fière, car c’est la première Marocaine a avoir atteint leur sommet !

FDM : Comment vous est venue pour la première fois l’envie d’escalader des sommets ?

Meriem : Depuis que je suis jeune, je rêve de grands espaces, de voyages, de découvertes…

Mais à l’époque, partir en vadrouille n’était pas chose simple. Puis, quand j’ai eu 18 ans, une sortie a été organisée par mon école pour faire l’ascension du Toubkal. Pour la jeune citadine que j’étais à l’époque, et pour qui les vacances se résumaient essentiellement à aller à la plage, c’était incroyable. J’ai découvert la culture de l’effort, les paysages, l’esprit d’équipe, j’ai fait de belles rencontres… Et tout cela m’a beaucoup plu.

Après le Toubkal, vous vous êtes lancé le défi des “sept sommets”. Comment vous vient cette idée ?

Dix ans après ma première ascension, et après avoir sillonné toutes les montagnes du Maroc, j’ai entendu parler d’un projet sportif : “Les sept sommets”. Son but est d’escalader les sept plus hauts sommets du monde, et je me suis dit : “Pourquoi pas ?”. J’ai commencé cette aventure en 2008 en partant pour la Tanzanie où j’ai escaladé le Kilimandjaro (5.895 m), puis j’ai fait l’ascension du Mont Elbrous (5.642 m), le plus haut sommet de Russie et d’Europe ; et je suis d’ailleurs la première Marocaine à avoir atteint son sommet ! Dernièrement, j’ai escaladé le Kosciuszko (2.228 m) en Australie, et je suis également la première Marocaine à avoir accompli ce challenge.

Votre passion représente-t-elle un investissement financier important ?

Depuis que j’ai débuté, je ne compte que sur mes propres économies et je puise dans mes jours de congés. A titre d’exemple, escalader le Kilimandjaro représente un investissement d’environ 40.000 dirhams tout compris, et c’est le moins cher. En revanche, je n’ai absolument pas les moyens pour le moment de gravir l’Everest, car il faut compter dans les 500.000 dirhams pour en faire l’ascension.

Impossible à faire sans sponsoring.

Que ressentez-vous quand vous atteignez un sommet ?

Ce sont des sensations indescriptibles… C’est un aboutissement, la réalisation d’un rêve qui me motive toute l’année et qui enfin s’accomplit. Quand on arrive tout en haut, c’est bizarre de se dire qu’on est l’être humain le plus haut de tout le continent. Et puis, avec le manque d’oxygène, on se sent léger, stone ! On plane complètement… Avis à ceux qui veulent des sensations sympas, allez-y (rires) ! La notion de dépassement de soi compte elle aussi beaucoup dans la satisfaction que l’on ressent quand on atteint son but. On croit toujours avoir des barrières infranchissables, que ce soit dans la vie ou dans le cadre d’un projet sportif, mais on se rend compte que quand le physique lâche, le mental prend le relais et nous permet de dépasser nos limites.

Racontez-nous votre plus grosse frayeur…

C’est arrivé alors que j’escaladais le Mont-Blanc. Nous étions trois en comptant le guide. La personne derrière moi a glissé et s’est retrouvée suspendue dans les airs. Comme nous étions tous encordés, elle m’a entraînée et je me suis à mon tour retrouvée dans le vide. Heureusement pour nous, notre guide a réussi à éviter la chute et nous a remontées. Quand je raconte cette histoire, on me demande si j’ai vu ma vie défiler, mais je peux vous assurer qu’à ce moment précis, je n’ai pensé qu’à une chose : m’agripper de toutes mes forces à la roche et à sauver ma peau (rires) ! Donc non, désolée de vous décevoir, on ne voit pas sa vie défiler. Il n’y a pas non plus de lumière blanche et on ne voit pas son grand-père mort venir vous faire coucou… (rires).

Et le souvenir le plus grisant ?

C’est à chaque fois grisant et chaque ascension est une explosion de joie et de satisfaction. C’est un sentiment que je ne ressens que quand j’escalade un sommet… et à aucun autre moment.

Qu’est-ce qui est le plus dur à gérer quand on grimpe ?

Le manque d’oxygène et le MAM (Mal Aigu des Montagnes). On peut être champion du monde, mais si on a le mal des montagnes, on ne peut rien faire. On ne se sent pas bien, on a le vertige, des maux de tête, des nausées, et puis ça dégénère en oedème pulmonaire ou cérébral pouvant entraîner la mort. Dès l’apparition des premiers signes, il faut faire demitour et redescendre rapidement.

Et les hommes ? Ça leur fait peur ou pas une femme sous l’emprise d’une telle passion ?

Ils ont tous pris leurs jambes à leur cou (rires) ! Ça n’engage que moi, mais je pense que les femmes qui font des choses un peu particulières font peur aux hommes. Ceci dit, j’ai beaucoup d’amis hommes qui m’encouragent et me soutiennent.

Que ressentez-vous en rentrant chez vous après un tel exploit ?

C’est difficile de retrouver ses repères, de se reconnecter à la réalité après deux ou trois semaines en montagne. Beaucoup de choses nous paraissent futiles. Nous vivons malheureusement dans une société du paraître. J’ai l’impression que pas mal de personnes lient leur bonheur aux choses  matérielles. Le bonheur, dans notre culture, est indissociable des étapes du parcours classique : études, diplôme, travail, appartement, mariage, enfants… Surtout pour une femme au Maroc, le mariage est primordial ! Moi je dis que le bonheur est relatif, la vie est courte et ça passe tellement vite ! L’essentiel est d’être en bonne santé et en adéquation avec son esprit, vivre pleinement sa vie selon ses moyens, croire en soi, en ses rêves et surtout, positiver ! Le prince charmant finira bien par débarquer un jour, il est juste bloqué dans les embouteillages (rires). â– 

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