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Marocaines inspirantes : nos coups de coeur (2/4)

Écrit par FDM

La majorité d’entre elles est âgée de moins de 30 ans. Toutes ont également pour point commun l’envie de laisser une empreinte positive, d’insuffler leur énergie créative à ce monde et de booster le leadership et l’entreprenariat féminins. Certaines vivent au Maroc, et d’autres ont choisi de faire exister leur passion ailleurs. Pour le 8 mars, FDM a mis les projecteurs sur 15 battantes. Zoom avant.

Culture & Solidarité

 

Ilham Mirnezami : la culture marocaine valorisée

Ilham Mirnezami croit au pouvoir de la culture. Depuis plusieurs années, cette conceptrice et formatrice culturelle vit à Paris et enchaîne les projets dont un bon nombre au Maroc. « J’étais très proche de ma grand-mère maternelle berbère originaire de l’Atlas. Elle m’a élevée jusqu’à mes 4 ans, confie-t-elle. Ce qui m’a toujours fascinée chez elle, c’est qu’elle était la plus créatrice de nous tous alors qu’elle était autodidacte et n’avait jamais fait d’études ». Même si elle grandit en France, Ilham Mirnezami se ressource souvent au Maroc où son aïeule ne cesse de lui répéter de revenir ici mener à bien ses projets. Au décès de celle-ci, l’idée commence à faire son chemin… jusqu’à sa rencontre avec une réalisatrice qui souhaite filmer les femmes berbères. Ilham Mirnezami sera son fixeur. Au fil des récits contés, elle est bouleversée. C’est le déclic. A travers la culture, elle veut les mettre en avant, tisser des liens entre les artistes, créer de l’espoir et tenter de gommer les conflits quels qu’ils soient. La trentenaire cofonde ainsi le festival itinérant « Equations Nomades » qui était, à la base, une rencontre culturelle entre deux pays, à savoir la France et le Mali. « Nous y avons ajouté le Maroc car il nous a semblés important de valoriser la culture marocaine qui est un véritable trait d’union entre l’Afrique et l’Europe par son histoire et sa situation géographique », explique-t-elle. Mais via cet événement, c’est surtout la jeunesse qui est soutenue.

En septembre prochain, le festival  atterrit pour la première fois au Maroc et réunira à Tanger de jeunes marocains et maliens. L’objectif sera de monter une création présentée par la suite à Paris lors de l’initiative culturelle « Afrique 2020 ». Et c’est de loin le seul projet lancé. « Avec Martine Saint-Martin de la Succession Saint-Exupéry et le Bivouac Le Petit Prince, nous allons mettre en place une bibliothèque itinérante qui partira de la région de Zagora », indique la jeune femme qui travaille aussi sur un projet de formation de femmes artisanes marocaines. L’une d’entre elles sera menée en collaboration avec Cathia Dirath à Mhamid El Ghizlane à l’occasion de la Journée mondiale des femmes. « Il se déclinera autour de la femme marocaine créatrice », dévoile-t-elle. Ainsi, Ilham Mirnezami use par tous les moyens de « l’art pour marquer les esprits sans être dans la confrontation », faisant inévitablement bouger les lignes… avec subtilité.

Dina Bensaïd, la musique comme tremplin

Pianiste professionnelle et directrice générale de la Fondation Tenor pour la culture, Dina Bensaïd croit fermement en les vertus de la musique. C’est ce qui pourra sauver les enfants démunis et en décrochage scolaire, assure-t-elle. Le projet socioculturel Mazaya, lancé dès la fin de 2011, et s’adressant aux enfants âgés de 7 à 14 ans, a réussi à sauver de la rue et de la précarité des enfants démunis et en décrochage scolaire. Dina Bensaïd veille sur la mise en œuvre du programme artistique et pédagogique. “Mon rôle est de guider les professeurs, de fixer les objectifs, de veiller sur le programme musical, de les écouter régulièrement.” En effet, depuis que ce programme a été déployé au Maroc, tout ou presque était à mettre en œuvre. “Il y a une relation très particulière avec chacun de ces enfants”, explique la pianiste. L’accompagnement des enfants englobe aussi les parents qui bénéficient de soins et de conseils. Mais la musique pourra-t-elle sauver ces jeunes ? Dina Bensaïd répond par l’affirmative. “Ces enfants étaient dans la rue. La musique les a sauvés de la précarité. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont salariés de l’Orchestre Philharmonique du Maroc. Le fait de faire la musique, d’avoir un instrument qui leur appartient et qui représente leur futur influe sur leurs comportements et attitudes… C’est vrai qu’il y a des enfants perdus en chemin mais taux de conversion excellent.”


La transmission de la musique est l’autre cheval de bataille de Dina Bensaïd. La jeune femme milite pour la démocratisation de l’accès aux concerts. ”La musique classique fait partie de notre identité marocaine. Nous avons le devoir de transmettre aux autres, et je prends personnellement tout le temps nécessaire pour expliquer au public les partitions afin de briser ce fameux quatrième mur”, insiste la pianiste qui prend très au sérieux cette mission. Des projets pleins la tête tant au Maroc qu’à l’étranger, Dina exhorte les femmes à croire en leurs rêves, “à ne pas avoir peur d’être différentes, de s’écouter et d’aller au bout de ses convictions.” Et à travers sa musique et ses engagements, la jeune pianiste prouve si besoin est que ces sont ces choix-là qui lui ont permis de briller sur la scène nationale et internationale.

Aya Laraki, une créatrice de cuir de poisson éco-responsable

Un projet humain, éco-responsable et durable. Cofondée par Aya Laraki, CuiMer est une marque qui recycle et transforme la peau de poisson en cuir exotique. Cette jeune marocaine de 21 ans l’a créée en 2016 au sein d’un club d’entrepreneuriat social, en coopération avec Hiba, Hanane, Khawla et Ratiba, quatre autres étudiantes de la faculté des Sciences économiques de Casablanca. Un team 100% féminine – dont Aya est la leader- qui s’insurge contre les millions d’animaux tués… pour le commerce de cuir. Face à un tel « massacre », il fallait réagir. Après maintes recherches, elles font une découverte : la peau de poisson a les mêmes propriétés que celui des reptiles utilisés pour le cuir exotique. Les tests en laboratoire s’enchaînent jusqu’à ce que la fine équipe trouve la potion magique, à savoir la bonne formule pour stabiliser la texture et la transformer en cuir, sans la moindre émanation d’odeur. Pari gagné ! La matière est ensuite travaillée par neuf artisans marocains pour en faire des chaussures, des portefeuilles, des porte-monnaie, des bracelets de montre, des étuis à passeport ou encore des porte-clefs. “Nous avons formé les artisans et nous continuons à le faire, tient à préciser Aya Laraki. Et dans le même temps, je suis une formation en haute- maroquinerie à Paris. Et tout ce que j’apprends là-bas, je leur transmets en l’adaptant.”

Pour l’heure, les artisans ne sont que des hommes. Et à court terme, les visages vont se féminiser de plus en plus puisque Aya Laraki et ses quatre acolytes souhaitent intégrer des femmes au cœur même du processus à travers des coopératives. Car CuiMer ne cesse de se développer. Une collection de sacs à main est bientôt prévue. ”Nous sommes aussi en train de travailler avec la marque de chaussures Edem porté par la Togolaise Odile Tachou Essowè, enchaîne-t-elle, avant d’annoncer chercher une collaboration avec des stylistes pour sortir une collection de vêtements. Et ce n’est pas tout. Car CuiMer, c’est aussi des ateliers de sensibilisation dans plusieurs festivals au Maroc afin de “changer les mentalités ainsi que le mode de consommation”, comme elle le martèleEn effet, les solutions sont là et le temps presse.

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