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Marocaines inspirantes : nos coups de coeur (1/4)

Écrit par FDM

La majorité d’entre elles est âgée de moins de 30 ans. Toutes ont également pour point commun l’envie de laisser une empreinte positive, d’insuffler leur énergie créative à ce monde et de booster le leadership et l’entreprenariat féminins. Certaines vivent au Maroc, et d’autres ont choisi de faire exister leur passion ailleurs. Pour le 8 mars, FDM a mis les projecteurs sur 15 battantes. Zoom avant.

LEADERSHIP FÉMININ

Sana Afouaiz, à la tête de Womenpreneur Initiative

À 25 ans à peine, Sana Afouaiz est la fondatrice de Womenpreneur Initiative, une organisation à but non lucratif créée en 2016. Sa mission ? Venir en aide aux femmes entrepreneuses en leur offrant des espaces d’échange et des solutions pour renforcer leurs compétences, palliant ainsi aux inégalités. Dès son enfance, la jeune marocaine a pris conscience de l’injustice infligée aux femmes. La lutte contre le poids du patriarcat deviendra son combat. Après avoir lancé Womenpreneur Initiative dont le siège est à Bruxelles, elle cofonde, en 2017, Womenquake, un mouvement mondial qui examine de manière critique les mythes autour du genre. L’expertise et le franc-parler de Sana Afouaiz attirent l’attention. Elle intervient ainsi dans différents événements mondiaux comme dernièrement à la Commission européenne lors de la session “Women in Local Politics”.

Au Maroc, elle promeut le leadership féminin en invitant des femmes inspirantes comme Manal Elattir, fondatrice et PDG d’Anarouz, une entreprise sociale dont l’objectif est d’autonomiser les femmes par le biais de l’entrepreneuriat, venue au forum de Womenpreneur le 7 février au Technopark de Casablanca aux côtés de six autres Superwomen. “Au Maroc, malgré les actions de la société civile et la volonté du pouvoir, les femmes sont toujours victimes d’inégalités, souffle-t-elle. Elles ont des entreprises avec des chiffres d’affaires moins élevés que les hommes et elles sont trop peu à des postes à responsabilité. Le problème reste, encore et toujours, les mentalités et les préjugés.” Et développe : “Dans les pays arabes, la femme n’a pas d’identité propre car elle est absorbée par celui de la famille.” Pour remédier à ce non-sens, Sana Afouaiz compte multiplier les forums et les discussions autour du genre. Outre Casablanca, elle cible désormais Agadir, Marrakech ou encore Nador où les femmes font face à davantage d’obstacles. Et ce n’est pas fini. “Nous venons de créer le Womenpreneur Hub en Egypte destiné aux femmes, entrepreneuses et non entrepreneuses, dans lequel les hommes sont aussi les bienvenus pour briser les tabous”, appuie-t-elle, avant d’annoncer qu’elle est en discussion avec des partenaires pour installer ce même espace au Maroc.

Sofia Salmi, Houa_Li_Hiya au service de la Cause des femmes

Sofia Slami n’est jamais à court d’idées pour faire avancer la Cause des femmes ou sensibiliser à la nécessité de la scolarisation des petites filles. En octobre 2015, alors qu’elle étudiante à Rabat, elle lance Houa_Li_Hiya (Lui pour elle), mouvement inspiré par la campagne onusienne HeForShe invitant les hommes à agir en faveur des droits des femmes. Ce projet trouve son essence dans un constat amer : le Maroc est classé 134ème sur 142 pays au niveau des droits des femmes. La lutte contre toutes les formes d’inégalité passe par la sensibilisation, estime Sofia qui met tous les atouts de son côté pour faire adhérer le maximum de personnes à cette vision. “Il est simple de critiquer ou se plaindre mais cela n’apporte finalement aucune valeur ajoutée à la problématique des droits des femmes au Maroc”, explique la jeune femme. Et si les réseaux sociaux ont servi de point de ralliement au départ, c’est une tournée universitaire avec plus de 3500 étudiants qui a été montée pour expliquer et sensibiliser. “L’idée est d’inclure tout le monde, hommes et femmes pour construire un pays plus juste et équilibré”, soutient-elle avec force.

Plus tard, c’est le site internet Houwalihiya qui a servi de relais pour mettre en avant des figures inspirantes, des parcours riches et des actions en faveur des femmes. “Agir en tant que femme mais surtout en tant que citoyenne”, comme se plaît à préciser Sofia. La jeune femme qui vient de représenter le Maroc au Africa Youth Conference organisé par l’ONU au Kenya continue ses combats et son engagement pour l’égalité à partir de Paris où elle travaille actuellement. “De nos jours, la distance n’est pas un frein pour un engagement”, assure-t-elle. “Cette année nous avons pour objectif d’utiliser notre plateforme pour développer une communauté de jeunes qui contribueront à la promotion des valeurs du mouvement.” C’est le cas de l’émission Web qui aspire à toucher un public plus large, car pour Sofia, il y a urgence. Agir au quotidien tout en incitant d’autres femmes et hommes à s’engager pour des causes humaines, voilà le leitmotiv de Sofia qui aspire à donner une dimension panarabe à son mouvement.

Asmae El Hajji, les voies de la conscience citoyenne

À 26 ans à peine, Asmae El Hajji est la nouvelle présidente du réseau associatif Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI). C’est aussi la plus jeune jamais portée à la tête de cette instance qui milite pour l’amélioration de la conscience citoyenne des jeunes marocains. Le parcours de cette native de Mohammédia est riche en enseignements. Le Bac en poche, elle se résout à fréquenter la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de sa ville natale, presque malgré elle. Ce n’était pas son premier choix, mais elle arrive à faire d’une “désorientation” des atouts dans son futur parcours. “Au lieu de faire une année blanche, j’ai préféré intégrer la fac, et m’occuper en exerçant différents petits boulots, car je disposais de beaucoup de temps libre”, explique Asmae. Et à sa grande surprise, elle valide l’ensemble de ses modules et décide par la même occasion de continuer sur la même voie, et finit par décrocher son master en RH en 2014. “J’ai eu 3 déclics au début de mes études universitaires, et c’est ce qui m’a amené à embrasser la voie du militantisme. Le premier est relatif à la note obtenue au baccalauréat, et qui pousse beaucoup de jeunes au décrochage. Le second déclic a eu lieu au moment du master. Sur 4000 candidats, 400 ont été sélectionnés et seulement 40 ont été retenus. Je trouvais aberrant que notre système éducatif ne parvenait pas à absorber toutes ces compétences… Le 3ème déclic, je l’ai ressenti suite à ma participation à des actions caritatives et à des caravanes dans les zones reculées pour distribuer des denrées alimentaires ou rénover des écoles. J’ai remarqué alors qu’en dépit de l’aide apportée, la situation se dégradait d’année en année…

Asmae trouve un début de réponse à ces constats lorsqu’elle participe à un atelier sur le leadership, et comprend que c’est ce qui “permettra de changer les choses durablement.” Elle adhère à Tizi en 2015, et depuis ne cesse de militer pour inciter d’autres jeunes à adopter cette approche tout en les sensibilisant à la chose politique. “Pour construire un Maroc meilleur, nous avons besoin de leaders. Les jeunes se doivent d’être actifs dans l’arène politique, que ce soit au sein d’un parti ou dans un syndicat”, affirme avec force la jeune femme. Son enthousiasme est presque contagieux. À Marrakech où elle occupe la fonction de RH dans un grand groupe hôtelier, elle poursuit des études doctorales en RSE à l’université Cadi Ayyad, tout en continuant son combat pour implémenter les bonnes graines et améliorer la conscience politique. Les jeunes de TIZI sont entre de bonnes mains.

Loubna Bensalah, la guide de l’égalité

On pourrait facilement imaginer Loubna Bensalah avec un bâton de pèlerin arpentant les moindres recoins du royaume. Cette Marocaine de 27 ans s’est donnée pour mission d’aider les femmes à reconquérir l’espace public…en marchant. C’est à la suite de son projet baptisé “I walk with her” que l’idée a émergé. Loubna Bensalah a gravi 1 000 km à pied au Maroc en 2016, puis 1 000 km en Tunisie en 2017, avant de revenir sur les routes marocaines à la fin de la même année. Durant son périple, elle a rencontré un bon nombre d’habitantes qui lui ont parlé de leur quotidien, de leurs envies et de leurs peurs. Leur point commun ? Toutes trouvent que l’espace public est hostile aux femmes à cause des regards, du harcèlement et du manque de liberté. En effet, impossible pour elles de sortir seule, à n’importe quelle heure ou de s’habiller comme elles le souhaitent. Résultat : en avril 2018,

Loubna Bensalah décide de lancer l’initiative Kayna pour dénoncer et amener à réfléchir autour de l’espace public. Comment ? En organisant une marche de 15 km suivie d’une séance de yoga et d’un échange entre femmes, les hommes étant persona non grata. “Lors de mon projet I walk with her, j’ai remarqué que le discours des femmes changeait complètement en présence d’un seul homme, explique-t-elle. Elles s’expriment avec plus de sincérité, plus de liberté, et, on peut dire, plus d’activisme lorsqu’elles sont seules. » Pour l’heure, trois éditions ont été concoctées à Safi, Moqrisset et Rabat. Mais Loubna Bensalah compte déjà mettre les bouchées doubles. Lors de sa prochaine édition prévue au printemps prochain à Essaouira, l’initiative va se décliner en trois volets : Kayna marche, Kayna kids permettant de sensibiliser les élèves des écoles lors d’ateliers, et Kayna civil society où les associations locales auront une formation ciblée sur l’Objectif de développement durable (ODD) 5 autour de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. “Notre équipe est de passage et nous devons transmettre le relais, notamment à nos partenaires locaux qui perpétuent les marches”, appuie celle qui compte rendre l’espace public aux femmes.

Sofia Kacim, cofondatrice de la communauté féminine mondiale Her global network

Née en Suède, Sofia Kacim s’est engagée dès l’âge de 19 ans dans la politique. “je voulais réaliser des choses, changer le monde”, dit-elle simplement. Pendant 4 ans, elle met tout son cœur dans l’action politique, mais finit par jeter l’éponge, car ne s’y retrouvant plus. Elle constitue alors avec d’autres jeunes femmes un réseau de networking dédié aux jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans. C’est un espace où elles peuvent échanger autour de leurs carrières, évolutions tout en réfléchissant aux meilleurs moyens pour s’entraider. Le réseau s’implante rapidement à Londres, New York, Stokholm, Hongkong, Sydney, etc. En tout, ce sont une vingtaine de capitales dans le monde qui voient émerger ce mouvement visant l’encouragement de l’entreprenariat féminin, le leadership et la croissance personnelle. Chaque mois, ces jeunes femmes se retrouvent dans une capitale différente pour discuter, et surtout écouter une invitée de marque qui partage avec elles ses secrets de réussite et ses challenges. C’est également une occasion de se retrouver et de trouver le meilleur moyen de s’entraider.

Consultante, conférencière, animatrice d’atelier et modératrice, Sofia porte le Maroc dans son cœur. « En Suède, généralement, les orateurs sont d’un certain âge, blonds aux yeux bleus. J’ai voulu casser cette image. Et à chaque fois que je veux m’exprimer dans les réseaux sociaux ou dans les médias, je commence par dire que je suis Marocaine parce que pour moi c’est enrichissant et c’est un avantage d’avoir plus d’une culture et plus d’une seule identité ». Experte en art oratoire dans “tidningen chef”, le plus grand magazine sur le leadership des pays nordiques, Sofia est une oratrice hors pair. Elle a été classée en 2017 parmi les 101 talents suédois.
Sofia caresse l’espoir de voir Her global network s’implanter au Maroc. ”J’espère dénicher à Casablanca une personne capable de porter ce réseau à partir de Casablanca, car il est important pour les femmes de se connecter.”

 

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Femmes inspirantes : nos coups de coeur  (Culture & Solidarité)

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