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Culture : La jeunesse brille au festival Equations Nomades (Interview)


Aux côtés d’Elsa Vautrain et Ali Daou Kola, la Marocaine Ilham Mirnezami porte le festival itinérant Equations Nomades qui s’est déroulé du 15 au 20 janvier à Bamako. Cet événement qui se veut un bouillon de culture entre le Maroc, la France et le Mali, prône, avec force, l’échange et la transmission. Interview avec Ilham Mirnezami.

Comment a jailli l’idée de monter un tel festival ?

Comme dans tout projet, une rencontre impulse l’élan général d’une inspiration. J’ai rencontré Elsa Vautrain et Ali Daou Kola à Paris. Et tous les trois, nous avions l’ambition de développer des liens entre la France, notre pays d’accueil, et le Maroc ainsi que le Mali, nos pays d’origines. Car notre première ouverture sur le monde nous a été offerte par cette double culture. Il nous a semblé, tout naturel, d’exploiter nos liens culturels et de les confronter pour en laisser émerger l’unité qui nous rassemble, grâce à la voie la plus porteuse qu’est aujourd’hui la culture. Ainsi, à travers la culture, nous souhaitons contribuer au rapprochement entre les peuples et impulser des élans fédérateurs entre les jeunes puisqu’ils seront les garants de la paix de demain. 

Dans cette trois édition, quelle place a le Maroc?

Le Maroc opère vraiment tel qu’il apparaît géographiquement dans ce triangle, à savoir comme un trait d’union entre la France et l’Afrique. A travers ce projet, nous aspirons à redonner vie aux liens séculaires qui unissaient ces trois pays à l’époque des grandes caravanes commerciales qui sillonnaient le sud.  Cette page de l’histoire a mis en lumière les grands liens culturels formés au fil de ces étapes d’échange jusqu’à leur genèse économiques. Le Maroc est une étape intermédiaire du voyage mais aussi un grand axe. Il a un lien de réconciliation et d’union. Il a un rôle clef.

 

 

 

Quel bilan faites-vous de cette édition ?

Il est très positif. Cette année, nous avons accueilli une centaine d’enfants contre une cinquantaine, il y a deux ans. Nous avons fait venir des enfants de toutes les régions du Mali (Kidal, Ségou, Tombouctou, Mopti, Gao, etc.), en leur donnant accès à des formations artistiques avec de grands artistes afin de leur prouver que dans l’art et la culture, tout est une question de PARTAGE. Nous voulions aussi qu’ils se rendent comptent que nous sommes tous semblables. L’échange entre ces jeunes et les artistes a été un moment très émouvant et une grande victoire pour nous. Aussi, nous avons voulu le dupliquer, cette fois-ci, entre des musiciens, des danseurs et d’autres artistes maliens. L’atelier a été tout autant intense. Ces rencontres n’auraient su se faire si nous n’avions pas choisi de rendre inexistantes les frontières qui nous séparent.

Cette année, le thème choisi est « l’entreprenariat culturel et la création contemporaine, des défis majeurs pour la jeunesse ». Pensez-vous qu’on ne se rend toujours pas compte de l’importance de cette jeunesse ?

Nous pensons que cette jeunesse doit être davantage entendue à travers ses propres inspirations et ses expressions singulières. N’oublions pas que ce sont eux qui transmettront ce qu’ils ont appris et qui sont les garants de la paix de demain. C’est pour cela que le festival cible principalement cette population. Nous sommes en pleine innovation culturelle. L’Afrique se positionne plus que jamais sur la scène de la création contemporaine et de l’entreprenariat culturel. Les jeunes doivent s’armer pour apprendre à puiser dans leur richesse ancestrale tout en les modernisant via des techniques contemporaines qui nous ouvrent les champs du possible et en sortant des sentiers battus et de leur zone de confort. L’entreprenariat est un moteur pour le développement de l’Afrique. C’est ce que nos souhaitons démontrer. Les enjeux majeurs sont la formation puisqu’il en manque pour mener à bien les projets portés par cette jeunesse talentueuse. Ainsi, cette année, nous répondons non seulement par une thématique mise à l’honneur, mais aussi par une formation complète à l’issue de laquelle 10 projets professionnels seront parrainés et accompagnés.

Quel regard portez-vous sur la jeunesse féminine ?

La jeunesse féminine est très présente. Par exemple, les filles sont nombreuses à participer au festival. Je me souviens, lors de la première édition, d’une création (théâtre et danse) de François Stemmer, dans laquelle de jeunes femmes ont pris la parole. Lorsqu’on m’a traduit le texte, j’ai été bouleversée. Elles réclamaient d’avoir plus de poids dans les décisions phares du pays et rappelaient leur rôle dans la consolidation de la paix. Elles osent dire les choses même si leurs pas restent encore timides. Je souhaiterais ajouter que cette année, la programmation a été très féminine. En plus d’Elsa Vautrain et moi-même, nous avons reçu des artistes femmes comme la photographe Aurore Vinot, l’auteure Ahlem.B, la chorégraphe Kawtar Kel, la spécialiste en culture et stratégie digitale Cathia Dirath ou encore la musicienne Anne Gravoin. Autant de femmes qui ont profondément inspiré nos jeunes.

Copyright photos : Ilyace Triaoui, Aurore Vinot et Studio Sidibé

 

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