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Abdelkader Retnani : « si le Marocain ne lit pas, c’est faute de moyens »

Écrit par FDM

Abdelkader Retnani, président de l’Union Professionnelle des Éditeurs du Maroc (UPEM), est un éditeur militant et un passionné du livre. Nous l’avons rencontré au Salon International du LIvre et de l’édition de Casablanca pour une interview express.

Depuis le lancement du Salon du livre, vous êtes toujours là, fidèle au poste. Mais le public est-il toujours au rendez-vous ?
Le public est là, mais a-t-on le bon public ? Le Salon s’améliore-t-il au fil des ans ? À mon sens, s’il y a une meilleure compréhension entre les vrais professionnels et la direction du livre, nous obtiendrons un excellent salon. Les remèdes sont très simples, évitons la présence au Salon de certains éditeurs en provenance de pays frères et qui sont dépourvus d’une vraie déontologie de l’édition… Si ce problème est réglé, nous aurons réglé 70% des problèmes inhérents au Salon.

Une enquête récente affirme que les Marocains lisent 30 minutes par jour. Qu’en pensez-vous ?
Je n’accepte pas cela, et je conteste ces résultats. J’aimerais bien savoir comment ils sont parvenus à cette conclusion. Nous ne devons pas lancer des chiffres en l’air, et ceux qui l’ont fait, devraient nous en convaincre.
En fait, pour que les Marocains lisent, il devrait y avoir deux choses indispensables et incontournables : il faudrait que le livre soit présent dans les écoles, qu’il y ait des bibliothèques publiques dans les établissements scolaires. Les librairies ont diminué de 40% en l’espace de 15 ans. Le ministère de l’éducation doit veiller à ce qu’il y ait une bibliothèque dans chaque école, et les communes doivent assurer des bibliothèques dans tous les quartiers. Malheureusement, nous ne disposons pas de tout cela.
Rêvons un instant : si nous avons tous ces éléments essentiels, en une année, les Marocains liront 4 fois plus. Je peux le prouver chiffres à l’appui. Quand on dit que les Marocains ne lisent pas, c’est qu’on ne leur donne pas les moyens.

Le métier d’éditeur a-t-il toujours de l’avenir ?
Il y a deux sortes d’éditeur. Il faudra qu’il y ait un éditeur militant, car à la base de tout changement dans plusieurs pays, c’est l’éditeur, l’auteur et libraire qui y contribuent. Nous avons besoin de 80 ou même 100 nouveaux éditeurs. Il y a de la place pour tout le monde. Mais il faudra que chacun remplisse les conditions nécessaires pour exercer ce métier … Et je souhaite qu’on puisse y arriver. Je reste toutefois sceptique, alors que ce n’est pas dans ma nature.

Qu’en est-il du livre audio ? Ne serait-ce pas là l’avenir du livre au Maroc ?

L’avenir du livre au Maroc, c’est le papier, l’audio, le numérique, tout cela à la fois… L’Amérique qui est à la pointe de toutes ces technologies accorde une grande place au livre imprimé. À titre d’exemple, « Becoming », le livre de mémoires de Michelle Obama a été tiré à plus de 2 millions d’exemplaires, et le livre numérique continue à marcher. Les gens ont besoin de livres qu’on touche, qu’on emporte avec soi, un peu partout, qu’on peut lire, reposer et reprendre au gré de ses envies… Au Maroc, nous avons une chance immense. C’est un  pays jeune, et il faudra encourager les jeunes à lire en leur donnant les moyens essentiels et nécessaires pour le faire.

 

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