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“L’Étreinte des chenilles” : le roman qui ose le système matriarcal


Ne vous êtes-vous jamais demandé comment serait notre société si les femmes prenaient le pouvoir ? L’auteure et psychothérapeute Ghizlaine Chraïbi * l’a fait pour nous. Dans son deuxième roman “L’Étreinte des chenilles ” sorti à la mi-octobre, elle dépeint un système matriarcal qui a destitué la gent masculine jusqu’à l’écraser. En clair, une vengeance terrible !

Les femmes ont enfin le pouvoir. Pas qu’un peu mais totalement ! C’est ce que s’est amusée à imaginer l’auteure et psychothérapeute Ghizlaine Chraïbi dans son deuxième roman “L’Étreinte des chenilles”. Telle George Orwell avec 1984, elle nous embarque dans le futur, plus précisément “50 ans plus tard”, comme elle l’indique lors d’une rencontre. Nous voici donc en 2068, en Fractalie, un pays qui ressemble au Maroc et qui est dirigé par des femmes. Uniquement des femmes. Elles gèrent tout, de la maison aux administrations en passant par les business et jusqu’à l’Etat. Quant aux hommes, ils sont persona non grata au sein des entreprises et restent à se morfondre dans leur foyer. Pire encore, dans ce monde-là, les femmes n’ont même plus besoin d’avoir de contact avec eux pour concevoir des enfants. Elles n’ont qu’à passer à la banque du sperme… La gent masculine n’a rien vu venir et a perdu tous ses repères, à l’instar de Monsieur Gris Anthracite, sans emploi, marié et avec une passion envolée. Son épouse le rejette. Muselé et privé de paternité, il se sent littéralement seul comme la plupart de ses compatriotes. Le bonheur ne semble alors qu’un vague souvenir. Mais, ne vous méprenez pas, les femmes ne sont pas plus heureuses qu’eux, comme le prouve Mademoiselle Phtalo Turquoise. Certes, elle a un très bon poste de responsable, et par ricochet, un excellent salaire, se payant ainsi le luxe d’obtenir ce qu’elle veut ou presque. Il lui manque le plus important : l’amour !

L’amour interdit

En Fractalie, l’amour est prohibé. Une milice a même été mise sur pied. Ces snipers chassent les couples qui ont le béguin. La raison ? L’amour est la seule arme capable de mettre à mal le système bâti après des siècles de luttes féministes. Vous comprenez bien que pour les anti-love, l’amour semble une faiblesse, ou au contraire, une force qui pourrait tout faire capoter. Cela ne serait pas sans rappeler les phrases lâchées encore aujourd’hui par certains hommes affirmant que les femmes sont trop sensibles, “confondant ainsi la sensiblerie à la sensibilité”, rétorque à juste raison l’auteure. Bref, l’amour est banni, puni, mais existe qu’on le veuille ou non. Monsieur Gris Anthracite et Mademoiselle Phtalo Turquoise en ont fait l’expérience. Ils se sont croisés un soir dans les escaliers de l’immeuble de leur psychothérapeute Monsieur Vert Gazon. Sans rien comprendre, ils sont tombés sous le charme. Sans rien contrôler, ils ont commencé à se laisser aller jusqu’à s’exiler dans un autre pays pour vivre enfin pleinement leur relation, en tout cas, pendant quelques jours. Mais la réalité les rattrape. C’est la claque. Mademoiselle Phtalo Turquoise stoppe la relation. “Elle a tenté de résister, mais le système est trop fort”, insiste Ghizlaine Chraïbi. Elle préfère renier ses sentiments et rester dans la frustration que de ne pas respecter l’ordre édicté. En Fractalie, les femmes soi-disant libres, ne disposent pourtant pas librement de leur corps… “L’ennemie de la femme, c’est la femme !”, souligne l’auteure. Le cœur déchiré, Mademoiselle Phtalo Turquoise se convainc par tous les moyens que c’était la seule solution, alors que Monsieur Gris Anthracite s’écroule.

L’amour résiste

Tout au long de son livre, Ghizlaine Chraïbi réussit à captiver le lecteur grâce à son ton et son phrasé. “Je l’ai écrit en écoutant les morceaux de musique que j’ai mentionnés à la fin de mon ouvrage”, précise-t-elle. Des titres souvent jazzy et surtout puissants. Un rythme que l’on pourrait associer à ceux des battements du cœur qui s’emballent ou ralentissent. En Fractalie, l’amour va renaître. “La nature finit toujours par reprendre ses droits…”, rassure l’auteure. Le réveil d’une humanité brimée est donc possible. Mais encore faut-il faire tomber le masque ? Mademoiselle Phtalo Turquoise réussira à lâcher prise et se battra pour son amour perdu, mais aussi pour renverser le système tenu d’une poigne de fer par la Cheffe des milices, Jaune Canari. Une dictatrice habillée d’une burqa cachant dessous un lourd secret ! “Saviez-vous que Staline était fou amoureux d’une femme ?, explique l’écrivain. Il a écrit un magnifique livre sur cette histoire qu’il a fait publier en seulement deux exemplaires : l’un pour elle et l’autre pour lui. Impossible de dévoiler cet amour extraordinaire qui était en contradiction avec ses paroles proclamées au peuple. J’ai pensé à lui quand j’ai écrit ce passage sur Jaune Canari.” Et d’ajouter que ce livre est destiné à l’amour qui dépend de la survie de tous. “D’un côté, les hommes doivent impérativement arrêter de brandir les armes pour conserver ce pouvoir de petit roitelet sur sa famille et le système, argumente-t-elle. Et d’un autre côté, les femmes ne doivent surtout pas se laisser aller à la vengeance. L’apaisement est indispensable pour construire un monde meilleur”.

“L’Étreinte des chenilles” est ainsi une sorte de présage ou un avertissement poussé à l’extrême sur le devenir d’une société si les deux sexes s’opposent jusqu’à se haïr… Mais ne dit-on pas qu’il n’y a qu’un pas entre la haine et l’amour ?

“L’Étreinte des chenilles” de Ghizlaine Chraïbi aux éditions ImprFiction, 200 DH.

(*) Ghizlaine Chraïbi est fondatrice de l’Institut Marocain de Psychothérapie Relationnelle et auteure des romans “Un Amour fractal” et “L’Étreinte des chenilles”.

Ce que vous n’auriez jamais su sur le roman

“Mes personnages ont des noms de couleurs car je suis une artiste peintre depuis 24 ans, confie l’auteure et psychothérapeute Ghizlaine Chraïbi. Lorsque j’ai commencé le livre, j’ai aussi démarré une série de toiles. C’était assez bizarre puisque quand j’essayais de peindre, je n’arrivais plus à écrire, et lorsque j’écrivais, je n’arrivais plus à peindre. À un moment donné, l’appel de l’écriture a été plus fort.” L’autre curiosité du livre ? Finir par le mot “cacahuètes”. “C’est un clin d’œil à ma fille de 12 ans. L’an dernier quand elle me voyait bloquée dans l’écriture du roman, elle m’a soufflé : “Regarde cette cacahuète, dis-toi que tu vas terminer par ce mot, et retrace par conséquent la route pour y parvenir !”” Conseil respecté jusqu’au bout…

Dates des dédicaces :

 Mardi 13 novembre : Librairie Carrefour des livres à Casablanca

 Jeudi 06 décembre : Kalila wa dimna à Rabat

 Lundi 10 décembre : Librairie porte d’Anfa à Casablanca

 Vendredi 11 janvier 2019 : Institut français de Fès

 Vendredi 18 janvier 2019 : Institut français de Marrakech

 Jeudi 24 janvier2019 : Institut français de Kénitra

 Vendredi 08 février 2019 : Institut français d’Oudja

 Vendredi 15 février 2019 : Institut français d’Agadir

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